Le Carrefour sous le signe du conte

Le Carrefour international de théâtre tente d’attirer Joël Pommerat depuis quatre ans. Cette année, il viendra présenter son «Cendrillon».
Photo: Pierre Verdy Agence France-Presse Le Carrefour international de théâtre tente d’attirer Joël Pommerat depuis quatre ans. Cette année, il viendra présenter son «Cendrillon».

Le Carrefour international de théâtre a dévoilé sa programmation 2016, qui se déroulera du 24 mai au 11 juin. S’y succéderont 11 spectacles, que la directrice artistique Marie Gignac a placés sous l’égide du conte.

D’Europe…

Le Cendrillon de Joël Pommerat, que le Carrefour cherchait à attirer depuis quatre ans, ouvre cette 17e édition. Le dramaturge belge, dont on a pu voir Les marchands en 2009 et La grande et fabuleuse histoire du commerce en 2013, y va ici d’une relecture visant à retrouver la puissance du conte de Perrault.

Murmures des murs, de la Française Aurélia Thierrée, tombe aussi à plein dans le conte. L’année dernière, la petite-fille de Charlie Chaplin, blessée lors de la première, avait dû se retirer. Ce sera cette fois la chance de savourer pleinement son riche imaginaire. Gala, en provenance de Paris également, offrira plutôt une célébration de la danse sous toutes ses formes ; le chorégraphe Jérôme Bel, dans chacune des villes où il passe, recrée entièrement le spectacle avec une distribution locale…

Deux pièces en provenance de Rome compléteront ce portrait européen, soit Ce ne andiamo per non darvi altre preoccupazioni (Nous partons pour ne plus vous donner de soucis) et Reality, inspirées toutes deux de faits divers : de quatre femmes grecques qui, ruinées par la crise, se sont enlevé la vie, et d’une Polonaise qui, pendant plus de cinquante ans, a consigné chaque donnée factuelle de son existence : appels, repas, émissions regardées, etc.

… et d’Amérique

Le Carrefour, c’est aussi la possibilité d’avoir accès à certaines pièces jouées en saison à Montréal : trois, cette année. Mani Soleymanlou ouvrira le bal avec Ils étaient quatre. Après sa trilogie sur l’identité culturelle, la sympathique bête de théâtre amorce ici une nouvelle trilogie autour du genre, dans une pièce qu’il annonce comme un « pseudoportrait de l’homme d’aujourd’hui ».

Marie Brassard suivra avec son Peepshow, conte pour adulte où un petit chaperon perverti, peut-être pervers, aurait décidé de « suivre le loup », explique la femme de théâtre. Le troisième de ses solos, créé en 2005, sera ici repris avec cette fois Monia Chokri pour la remplacer sur scène.

Philippe Ducros arrive quant à lui avec Bibish de Kinshasa. Entouré de trois artistes d’origine congolaise, le metteur en scène et voyageur se donne un espace, entre conte urbain et soirée entre amis, pour parler de la République démocratique du Congo et des violences qui la gangrènent. « Pour en parler, on a voulu parler plutôt des vivants », a expliqué Ducros, évoquant « une fenêtre ouverte sur la vie à Kinshasa ».

Finalement, Las Ideas, du dramaturge argentin Federico León, sera l’occasion de décortiquer le processus de création, alors que Straight Jacket Winter, en provenance de Vancouver, nous plongera au coeur du vécu d’un couple (Esther Duquette et Gilles Poulin-Denis) qui, parti de Montréal pour s’installer à Vancouver, se bute aux difficultés d’intégration et à ce qu’on a appelé les deux solitudes. Pour clore le bal, la seule pièce de Québec au programme, Les affinités électives (avec Paule Savard, dans une mise en scène de Michel Nadeau) remettra en question les vernis de civilisation. La pièce constituera une création exclusive au Carrefour, dans l’espace très cossu du Domaine Cataraqui.

Hormis les spectacles, le festival est aussi la possibilité d’assister aux Chantiers–constructions artistiques, pour sentir le bouillonnement de la création théâtrale : onze lectures ou laboratoires sont à l’horaire. Le Carrefour, finalement, sera le moment de découvrir ou de goûter à nouveau la superbe quatrième version du parcours déambulatoire Où tu vas quand tu dors en marchant… ?, désormais un incontournable.