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Le Picsou de la bédé rattrapé par les Panama Papers

L’éditeur Jacques Glénat en 2009
Photo: Jean-Pierre Clatot L’éditeur Jacques Glénat en 2009

Indigné, mais pas étonné. Le petit monde de la bande dessinée s’est braqué mercredi contre l’éditeur Jacques Glénat, propriétaire de la maison d’édition du même nom, après la découverte de son nom dans les Panama Papers, cette fuite massive de données qui permet désormais de mettre quelques visages sur l’évasion fiscale.

Selon Le Monde, qui a rendu publique cette information, Jacques Glénat a été propriétaire entre 2009 et 2014 d’une société-écran installée aux Seychelles qu’il a utilisée pour plusieurs achats d’importantes oeuvres d’art, et ce, loin du regard des autorités fiscales françaises. Quatre millions d’euros y ont transité, révèlent les documents analysés par le quotidien français, membre du consortium international de journalistes faisant « parler » les Panama Papers, et qui rappelle que l’homme traîne une réputation de pingre dans l’univers des auteurs de bande dessinée en raison, entre autres, de contrats peu équitables qu’il fait signer aux dessinateurs et scénaristes.

Tiens donc !

« Et donc, pendant que les auteurs voient leurs droits détruits, l’on voit soudain dans le dossier des Panama Papers… », a badiné mercredi, sourire en coin, le bédéiste Gilles Roussel, alias Boulet, sur son compte Twitter mercredi, tout en pointant numériquement du doigt le papier du Monde qui détaille la mécanique de l’évasion développée par l’éditeur.

Par l’entremise d’une entreprise baptisée Getway S.A., l’éditeur a fait l’acquisition de nombreuses toiles de maîtres — Brueghel le Jeune, Corot, Cranach, Fantin-Latour, Felix Ziem sont du nombre —, tout comme des bronzes et meubles anciens achetés dans des encans internationaux. L’opacité sur ces transactions a été compromise en 2014 par une réforme législative des Îles Vierges britanniques qui obligeait alors M. Glénat à s’identifier. Plutôt que de le faire, l’éditeur a préféré fermer cette compagnie offshore en organisant un don des oeuvres d’art qu’il possédait à travers elle à ses enfants. Il a toutefois accepté, par la voix de son cabinet fiscaliste luxembourgeois RSM, de révéler son identité à Mossack Fonseca. Le cabinet d’avocats, d’où provient l’importante fuite de documents fiscaux qui anime l’actualité depuis lundi, avait promis de garder cette donnée « à l’interne », indique un échange de courriels obtenu par Le Monde.

Scandalisé

Joint par le réseau de télévision locale France 3 Alpes au Salon du livre de Bologne, Jacques Glénat s’est dit scandalisé par ces révélations l’éclaboussant et par l’amalgame qu’elles font, selon lui, entre l’évasion fiscale des grands et puissants, des criminels, des chefs d’État et « un don légal fait à ses enfants de manière légale. C’est un don modeste, pas de l’argent de la drogue », a-t-il indiqué, en refusant toutefois de répondre sur ses liens avec Getway S.A. et sur la mécanique fiscale dans laquelle elle était impliquée. « On ne va pas en faire un fromage », a-t-il lancé sur un ton excédé.

« La crise de la bande dessinée n’est visiblement pas la même pour tout le monde, a indiqué l’auteur et pilote des états généraux de la bande dessinée Benoît Peeters. Il y a les paradis fiscaux pour les uns et l’enfer des fins de mois pour les autres. »

En janvier dernier, une étude dévoilée lors du Festival d’Angoulême a indiqué que 56 % des auteurs de bédé se considéraient aujourd’hui comme des « professionnels précaires », un tiers vivant même en dessous du seuil de la pauvreté. Glénat est l’un des trois plus importants éditeurs de bédé de francophonie et a ouvert en 2007 une succursale au Québec. L’an dernier, cette maison a introduit 392 albums de récit en cases sur le marché littéraire, soit environ un par jour.