Quel impact auront les coupes au CALQ?

Le secteur de la danse souffrira des récentes coupes.
Photo: Marlène Bastien Le secteur de la danse souffrira des récentes coupes.

« Le budget alloué au CALQ est de 107 millions en 2015-2016, somme jamais égalée, a précisé au Devoir le directeur des communications du CALQ, Christian O’Leary. Selon la priorité gouvernementale, le CALQ a fait le choix de prioriser le maintien du soutien à la création, à la production et à la diffusion, c’est-à-dire l’aide directe aux créateurs, et la continuité des programmes dédiés aux organismes dont la mission consiste à dispenser des activités et des services culturels de première ligne à la population. »

L’effort a donc été réparti ainsi :

Récupération après l’évaluation régulière et de projets non réalisés : 886 324 $

Suspension de la mesure de soutien à la coproduction hors Québec : 650 000 $

Organismes de regroupement : 587 500 $

Autres économies de dépenses : 358 676 $

Total: 2 482 500 $

« Le reste des économies consiste en de petits montants prélevés dans divers volets d’aide qui ne touchent pas le soutien direct aux créateurs. Comme notre exercice financier n’est pas terminé, il n’est pas possible de donner davantage d’information sur ces réductions qui représentent une petite part de notre enveloppe d’aide financière en 2015-2016 : 0,9 % de 101 millions, soit l’équivalent de 90 ¢ sur 100 $. »

 

Des exemples

Difficile donc de comprendre les impacts réels derrière cet écran de fumée comptable. Pourtant, Le Devoir a trouvé quelques exemples très concrets. La Société de développement des périodiques culturels québécois (SODEP), par exemple, a appris en juin, à la fin de l’année comptable, qu’elle serait coupée de 12,5 %. « On n’a déjà plus de gras, a indiqué la directrice, Francine Bergeron, on ne peut pas couper là ! On a coupé des téléphones, mais il faut en garder aussi… »

Cinq revues culturelles en arts visuels (Esse, Espace, Ciel variable, ETC, Vie des arts) ont vu des aides ponctuelles à la traduction, qui revenaient systématiquement chaque année, suspendues. Devant le tollé (l’annonce de cette coupe est arrivée en fin d’exercice comptable, une fois les frais engagés), ces aides ont été rétablies à 70 % pour cette année. Mais l’an prochain ?

Autre exemple ? Dans le Portrait du soutien financier gouvernemental aux organismes en arts et lettres au Québec, déposé par ArtExpert au ministère de la Culture et au CALQ au début de l’année, des études de cas témoignent de l’impact de la diminution des subventions, même si tous s’entendent pour dire qu’il faudra attendre pour chiffrer exactement les conséquences.

Ainsi, pour le cirque Les 7 doigts de la main, « la suspension du programme d’aide à la coproduction affecte quant à elle directement le potentiel de croissance de la compagnie qui avait bénéficié d’un apport maximal de 50 000 $ par année depuis la création du programme. Ces montants auront contribué à générer jusqu’à 1,5 millions en revenus, soit jusqu’à 30 fois l’injection de fonds. C’était la soupape pour nous », explique Nassib el-Husseini, directeur général, qui parle de « l’effet multiplicateur » de l’aide à la coproduction. Entre 2011 et 2014, les revenus des 7 doigts de la main ont augmenté d’environ 30 % et leur bénéfice a augmenté d’environ 300 %. La suspension de cet apport a forcé la suspension de démarches entamées auprès de coproducteurs en Europe pour au moins quatre projets à venir.

Le directeur estime que chacun de ces projets aurait eu des retombées de 500 000 $ à 1 million pour la compagnie. « On trouvera d’autres solutions, mais on perd un outil important dans notre coffre. »