L’effet patrimoine mondial

Les restes du temple de Baal, à Palmyre, que le groupe armé État islamique a détruit en partie, avant d’être expulsé de la ville tout récemment
Photo: Agence France-Presse Les restes du temple de Baal, à Palmyre, que le groupe armé État islamique a détruit en partie, avant d’être expulsé de la ville tout récemment

L’inscription d’un site à la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO a un effet majeur sur l’avenir de ce site. Cela a été vrai pour le site du Vieux-Québec, mais aussi pour la ville de Vienne, qui a vu sa population croître de 10 % dans la décennie qui a suivi l’inscription de son centre historique en 2001.

C’est ce qu’on apprend à la lecture du dernier numéro du magazine Continuité, « Merveilles du monde », qui se consacre au patrimoine, tant canadien que mondial. L’idée de ce numéro a pris naissance au moment de la destruction du site antique de Palmyre, la grande ville qui était au coeur du commerce entre l’Empire romain et la Perse, et qui était tombée en mai dernier aux mains du groupe armé État islamique.

On ne peut comparer ce drame à celui « des nombreuses vies humaines fauchées et brisées par les conflits tragiques qui déchirent la planète », relève la rédactrice en chef de Continuité, Josiane Ouellet. L’événement attire cependant l’attention sur la fragilité du patrimoine mondial.

La notion de protection de patrimoine mondial est relativement récente. Elle est introduite en 1972 par la Convention du patrimoine mondial de l’UNESCO. Cette convention lie aujourd’hui 191 signataires, « c’est-à-dire presque tous les pays de la planète », explique Christina Cameron, présidente de la Commission canadienne de l’UNESCO, qui signe deux articles dans la revue. Lorsqu’un site tombe sous le contrôle d’un groupe qui n’est pas un État, comme le groupe État islamique, l’application de la Convention se complique.

Le processus pour faire inscrire un site à la Liste du patrimoine mondial est laborieux, et débute par une liste indicative proposée par un État signataire.

La liste indicative canadienne, élaborée en 2004, « doit être renouvelée dans un avenir proche », rappelle Mme Cameron. Elle compte actuellement sept sites, dont deux seront examinés à la 40e session du Comité du patrimoine mondial, en 2016. Il s’agit de Pimachiowin Aki, « immense étendue de forêt boréale à la frontière de l’Ontario et du Manitoba qui englobe des terres ancestrales des Premières Nations, et de Mistaken Point, deux réserves écologiques de Nouvelle-Écosse dont la valeur repose sur leurs fossiles ». Au Québec, poursuit Mme Cameron, « quelques groupes discutent de candidats potentiels pour une nouvelle liste indicative : le Vieux-Montréal, le parc du mont Royal, le fjord du Saguenay et le pont de Québec sont dans leur mire ».

Or, l’ajout d’un site à cette liste a un impact considérable, notamment sur la valeur foncière de ses propriétés, relève Lucie K. Morisset, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en patrimoine urbain, qui signe également deux articles dans la revue. « […] L’assiette fiscale croît dans la foulée de l’inscription », explique-t-elle. Il faut dire que les subventions liées à l’entretien des lieux viennent en conséquence, comme le démontre le cas de Québec. L’« effet patrimoine mondial » est à l’oeuvre. À Québec, « la restauration et la valorisation de cet habitat, bref l’embourgeoisement de la ville intra-muros, y ont réduit de moitié le nombre de résidants susceptibles de fréquenter des commerces et de solliciter des services : de 10 000 en 1951, ce nombre est passé à un peu plus de 5000 en 2001 », relève Mme Morisset.

« Bien que cette réalité s’inscrive dans une continuité historique, ce sont quelques centaines de touristes par habitant qui soutiennent un Vieux-Québec vivant et manifestement prisé », écrit-elle. Présentement, 17 sites de la liste du Patrimoine mondial se trouvent au Canada, dont le parc national de Miguasha dans la baie des Chaleurs, en Gaspésie, et le canal Rideau, à Ottawa.