La trajectoire météorique de The Velvet Underground

La Philharmonie de Paris met en lumière l’archétype du groupe culte, fondé par Lou Reed et John Cale, 50 ans après la parution de son premier album. Et parvient à montrer beaucoup à partir d’une trajectoire météorique.

Dans le deuxième épisode de la série télévisée Vinyl, créée et produite par Martin Scorsese, Mick Jagger, Rich Cohen et Terence Winter, le personnage de Devon Finestra, épouse du pitoyable et cocaïné héros Richie Finestra, se souvient. De leur première rencontre et sa conclusion copulatoire dans les toilettes d’une salle de concert. Laquelle accueille sur une petite scène The Velvet Underground interprétant Venus in Furs puis Run Run Run (pendant l’acte sexuel).

Gerard Malanga manie un fouet, Nico tapote un tambourin, le groupe joue devant toute une cour espérant apercevoir Andy Warhol — que l’on verra plus tard. Rock à l’étrangeté dissonante — « Ils n’en ont rien à foutre d’être aimés par le plus grand nombre », constate Richie —, décadence, sexe, drogue : en quatre minutes est condensée l’imagerie associée au Velvet Underground.

Les visiteurs de l’exposition The Velvet Underground, New York Extravaganza, présentée à la Philharmonie de Paris jusqu’au 21 août, auront droit à plus de subtilité — à partir d’un sujet finalement peu spectaculaire. De 1965 à 1970, le groupe fondé par Lou Reed, John Cale, Sterling Morrison et Maureen Tucker a été confidentiel. Quatre albums enregistrés, peu de documents filmés de leurs concerts. La télévision ne s’y intéresse pas— on peut voir quelques secondes d’une apparition dans un sujet de deux minutes sur le cinéma expérimental, diffusé le 31 décembre 1965 sur CBS.

Peu de reliques

La majorité des photographies connues vient de la période durant laquelle le groupe est proche de la Factory de Warhol, notamment pour les spectacles multimédias Exploding Plastic Inevitable, en 1966 et 1967. Les musiciens ne portent pas les tenues de scène fantaisistes d’un Flower Power qu’ils abhorrent. Si le Velvet est l’archétype du groupe culte, il ne prête pas à l’exhibition de reliques. Peu d’objets personnels, aucun instrument. Seul un costume en velvet (« velours ») vert de Morrison satisfera les amateurs de memorabilia et les clients des Hard Rock Cafe.

Pour autant, les commissaires Carole Mirabello et Christian Fevret, Matali Crasset et Nicolas Rouvière pour la scénographie, ont réussi à montrer beaucoup dans un parcours à la fois chronologique et thématique. Et l’ont fait avec un louable souci pédagogique.

Le visiteur est d’abord pris dans les scansions d’America (1956), tiré de Howl, le poème-fleuve d’Allen Ginsberg, cette ode aux marginaux de la beat generation qui annonce le programme du Velvet. New York l’attend, un désir d’être « accueillant car l’environnement est tout de même très frontal », commente Christian Fevret. L’objectif est rempli en dépit de quelques commentaires qui semblent extraits d’un tract communiste de l’époque en brocardant une « société prétendument libérale, mais pour laquelle toute déviance représente un danger », ou en décrivant la ville comme une « grande Babylone, tête de pont d’un cosmopolitisme incompatible avec les valeurs de l’Amérique profonde ». Mais, après tout, le Velvet lui-même a pu fonctionner comme une cellule stalinienne. On y excommuniait aussi facilement que chez les surréalistes. Raide comme André Breton, Lou Reed chassa Nico, puis Warhol, et enfin John Cale.

Contre le reste du monde

Comme souvent dans les expositions consacrées à la musique, la photographie se taille la meilleure place. Celles de Fred McDarrah, du Village Voice, rendent compte de l’effervescence artistique dans la Grosse Pomme au moment où les tours du World Trade Center sont en construction : Kerouac, Edward Hopper — dont les paysages urbains influencèrent Lou Reed —, l’extraordinaire maître du contrepoint Moondog, dit le « Viking de la VIe Avenue », les happenings dénudés du Living Theatre… Plus loin, un kiosque présente affiches et magazines.

Sont projetés aussi des films expérimentaux, dont le Christmas on Earth de Barbara Rubin, surimpression de visages, de corps et de scènes classées X. On sourit en entendant un commentateur ironiser à l’époque sur le Chelsea Girls de Warhol, et ce « cinéma des profondeurs, signifiant tout de même, paraît-il ». Avant de conclure que « tout ça ne ressemble à rien ».

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