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Une nouvelle vision artistique pour habiter le nouvel immeuble

Il existe déjà quelque 400 pièces autochtones. Ci-dessus, «Un monde qui s’achève», mise en scène par Yves Sioui Durand dans le cadre du Printemps autochtone, en avril 2015.
Photo: Martine Doyon Il existe déjà quelque 400 pièces autochtones. Ci-dessus, «Un monde qui s’achève», mise en scène par Yves Sioui Durand dans le cadre du Printemps autochtone, en avril 2015.

Les anniversaires sont souvent des moments d’introspection et d’examen de conscience. Sur le point de célébrer son 50e anniversaire en 2019, le Centre national des arts d’Ottawa (CNA) dévoilait ce mercredi matin son plan stratégique, qui court jusqu’à 2020. Une vision, des ambitions qui devraient se déployer dans l’immeuble repensé et rénové, signé par Donald Schmitt, dont les portes ouvriront en juillet prochain.

Fondé en 1969 par Hamilton Southam, le CNA visait non seulement à être un catalyseur de la diffusion, de la création et de la transmission des savoirs, en diffusant et produisant de la musique, de la danse, du théâtre, mais à être carrément la principale vitrine des arts de la scène du pays. Pas une mince ambition, quoi. Pour le prochain demi-siècle, le CNA veut réinvestir en création et réinculquer de l’audace, car malgré ses réussites, « l’organisation, dans son ensemble, peine encore à sortir des sentiers battus », indique le Plan stratégique. Le Centre entend aussi lancer un programme de théâtre autochtone, et renouer des liens plus solides et durables avec le Canada français et le Québec. Entre autres.

« C’est vraiment une vision, a indiqué Robert Gagné, directeur administratif du Théâtre français, en entrevue téléphonique au Devoir. Dans la prochaine année, on va s’asseoir pour voir, concrètement, comment on va la déployer. Ce plan a nécessité une longue réflexion. Si, au fil des ans, on a travaillé très fort pour devenir une organisation nationale, et que ça fonctionne bien du côté anglophone, on peut faire mieux du côté francophone. »

En 2007, autour de la Scène Québec, qui a accueilli quelque 700 artistes, dont Dave St-Pierre et Olivier Choinière, une effervescence s’était fait sentir, rappelle le directeur, « mais les relations se sont étiolées, et du côté institutionnel, notre boîte est devenue plus anglophone que francophone : c’est un constat lucide. Et on veut y remédier ».

Une présence plus forte

Comment faire ? « Ça commence en interne, parce que ça commence avec les gens. Il faut une présence plus forte de la culture francophone dans l’équipe, et chez les cadres. »Le CNA veut viser autant les artistes francophones (« on souhaite revenir davantage à la production et trouver des manières de faire rayonner plus nos coproductions ») que les spectateurs et les médias. « Avec Brigitte Haentjens [directrice artistique], on regarde beaucoup la relève, ces artistes qui n’ont pas eu la chance ni les moyens financiers de travailler sur de grands plateaux. » Car si le CNA compte un cabaret de 180 places, et aura, en juillet, un nouveau petit labo, ses salles, à 300, 900 ou 2300 sièges, permettent le déploiement.

Des représentations avec surtitres, comme en propose La Licorne, pourraient aussi être de prochains outils pour rejoindre les couples linguistiquement mixtes parmi les spectateurs.

La manière de faire

En 2019, le CNA aimerait lancer sa première saison pleine de théâtre autochtone, imaginée par un directeur artistique qui sera nommé en 2017. D’ici là, Sarah Garton Stanley, directrice associée au Théâtre anglais, est médiatrice par intérim pour ce secteur.

« Nous avons, depuis à peu près 10 ans, beaucoup de programmes déjà autour des pièces autochtones, explique-t-elle. Pour nous, il y a de nombreux liens entre le théâtre anglais et les projets autochtones. La volonté du CNA était un peu en avance sur l’ouverture démontrée par les libéraux », qui s’est cristallisée clairement dans le budget Morneau présenté cette semaine.

Il existe déjà quelque 400 pièces autochtones, dont plusieurs, si on cherche à nommer des thèmes, parlent d’injustices, de trahisons, de perte de la langue, de génocide culturel et du désir de recouvrer sa culture. « Il y a aussi une très grande sensibilité à la comédie : ça rigole beaucoup. On y trouve de grandes tragédies, pleines d’humour. Et ce n’est pas un théâtre comme le nôtre, que l’on comprend essentiellement par le texte. Le sens est beaucoup plus lié entre texte, musique et danse — c’est une généralisation, bien sûr, ce n’est pas toujours comme ça. Mais il y a une interdisciplinarité naturelle, et un mélange de langues, une fluidité de l’anglais au français à l’ojibwé, par exemple. »

Pour madame Stanley, il est essentiel que le travail des auteurs dramatiques comme Tomson Highway, Yves Sioui Durand, Margo Kane et Marie Clements soient davantage mis en scène et en lumière. « L’histoire du Canada inclut les anglophones, les francophones, les indigènes : tous sont caractéristiques de ce que c’est que d’être Canadien. Il faut se redire, et permettre à l’histoire de s’agrandir pour inclure toutes ces parts. Le CNA deviendra, idéalement, plus autochtone dans sa pensée même, dans la manière même de prendre les décisions : pas juste dans la programmation, mais dans la manière de faire aussi. Il y a aussi une tradition d’écoute des aînés dont on a beaucoup à apprendre », estime la directrice associée.

Le Plan stratégique aborde aussi les programmes éducatifs du CNA, la plateforme numérique, les liens avec le public et avec sa Fondation.