Le Conseil des arts de Montréal souffle ses 60 bougies

Marie Lambert-Chan Collaboration spéciale
Premier conseil d’administration du Conseil des arts de la région métropolitaine de Montréal, 7 décembre 1956 : (1re rangée) John Sullivan, Roger Duhamel, Mme William Budden, Jean Drapeau, maire de Montréal, Mgr Olivier Maurault, Gratien Gélinas, Annette LaSalle-Leduc, (2e rangée) Jacques Laroche, John Pratt, Ruben Lévesque, Léon Lortie, Ferdinand F. Biondi, (3e rangée) Robert Élie, Rupert Caplan, Lactance Roberge, Philippe Ferland et Walter O’Hearn.
Photo: Source CAM Premier conseil d’administration du Conseil des arts de la région métropolitaine de Montréal, 7 décembre 1956 : (1re rangée) John Sullivan, Roger Duhamel, Mme William Budden, Jean Drapeau, maire de Montréal, Mgr Olivier Maurault, Gratien Gélinas, Annette LaSalle-Leduc, (2e rangée) Jacques Laroche, John Pratt, Ruben Lévesque, Léon Lortie, Ferdinand F. Biondi, (3e rangée) Robert Élie, Rupert Caplan, Lactance Roberge, Philippe Ferland et Walter O’Hearn.

Ce texte fait partie du cahier spécial Conseil des arts de Montréal

Depuis 1956, l’organisme participe à l’épanouissement du Montréal culturel. Il a vu naître et croître des artistes connus aujourd’hui de par le monde. Sans son apport, la métropole ne pourrait jouir d’une telle vitalité artistique, dont les retombées sont aussi diverses qu’importantes. Entretien avec son président, Jan-Fryderyk Pleszczynski.

En 1956, le Conseil des arts du Canada n’existait pas encore. Pas plus que le Conseil des arts et des lettres du Québec. Seuls Vancouver et la Saskatchewan avaient le leur. On peut dire que Montréal a alors fait figure de précurseur en instaurant le sien. Soixante ans plus tard, le Conseil des arts de Montréal (CAM) est toujours là, plus vivant que jamais.

« Cet anniversaire nous donne l’occasion de souligner certes notre longévité, mais d’abord et avant tout de célébrer les artistes qui nourrissent la vitalité culturelle montréalaise. C’est à eux qu’on la doit : ils nous font rêver, nous bousculent, nous provoquent… », déclare bien humblement le président du CAM, Jan-Fryderyk Pleszczynski.

Cela dit, il reconnaît que le Conseil a joué un rôle non négligeable dans cette dynamique, « puisqu’il a lui-même participé à la naissance de plusieurs organisations artistiques, grandes et petites, qui ont aussi atteint un âge vénérable ». Certaines d’entre elles se retrouvent d’ailleurs en lice pour le 31e Grand Prix du CAM : le Centre des auteurs dramatiques (CEAD), la maison de distribution Les Films du 3 mars et la compagnie Louise Bédard Danse font partie du paysage culturel de la métropole et de la province depuis respectivement 50, 10 et 25 ans.

« Côté aide financière, nos moyens sont plus limités que ceux du Conseil des arts du Canada et du Conseil des arts et des lettres du Québec. En revanche, notre coup de pouce financier agit souvent comme une bougie d’allumage qui attire par la suite l’intérêt des élus et du mécénat privé », estime Jan-Fryderyk Pleszczynski. Il ajoute que les interventions du CAM se déclinent au-delà du financement et prend en exemple la création de programmes de mentorat et de jumelage.

« Je me souviens d’avoir eu des entretiens avec des artistes et des organisations qui ont bénéficié du soutien du CAM, rapporte-t-il. Plusieurs m’ont alors répété : “Vous avez été là depuis nos débuts. C’est ce qui nous a permis de nous lancer et d’être encore là après toutes ces années.” Chaque fois, c’est un pari remporté ! »

Retombées multiples

Jan-Fryderyk Pleszczynski rappelle que la culture est un levier économique important et que l’industrie culturelle montréalaise en témoigne.

En 2013, le secteur culturel représentait 82 000 emplois — près du double de la main-d’oeuvre de l’industrie aérospatiale ou celle des sciences de la vie — et a généré 11 milliards $ en valeur ajoutée dans l’économie, soit environ 6 % du PIB montréalais, selon une étude de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain publiée en 2015.

« C’est majeur ! s’exclame le président du CAM. On a tendance à réduire les politiques publiques en matière culturelle à des dépenses alors que c’est tout l’inverse. C’est un véritable investissement et ces chiffres nous le prouvent. »

L’économie n’est pas la seule à en profiter. « La diversité du paysage culturel est le reflet de l’âme d’une société, affirme Jan-Fryderyk Pleszczynski. Ses retombées sont majeures pour la santé publique, la persévérance et la réussite scolaires, la productivité, l’engagement social et j’en passe. »

Il cite des recherches montrant que l’éducation en art améliore les résultats scolaires, augmente les chances de réussite professionnelle et encourage l’engagement des citoyens dans leur communauté ; que la participation à des activités culturelles bonifie la santé et le bien-être ; que les oeuvres d’art en milieu de travail font grimper la productivité et diminuent le stress des travailleurs.

« Investir en culture entraîne un cercle vertueux, constate Jan-Fryderyk Pleszczynski. On n’a pas le luxe de s’en priver. Cependant, on ne peut s’en remettre uniquement au gouvernement pour soutenir la culture. Il faut réinventer des façons de faire en impliquant le privé. Tout est dans la juste part des choses. À ce chapitre, il y a du bon qui émerge. »

La relève philanthropique à la rescousse

S’il s’opère divers changements dans l’univers de la philanthropie culturelle, aucun ne retient autant l’attention que l’émergence des jeunes mécènes.

« Il y a une nouvelle génération qui s’installe et prend de plus en plus sa place. Ils donnent à la hauteur de leurs moyens et, pour avoir plus de poids, se regroupent. Mais ils ne sont pas là que pour signer des chèques. Ils mettent sur pied toutes sortes de projets comme des initiatives pour supporter les oeuvres d’art publiques et pour soutenir de nouvelles bourses. On ne voyait pas ça il y a quelques années », observe Jan-Fryderyk Pleszczynski qui a reçu l’an dernier le prix Arnold Edinborough, une récompense soulignant l’engagement bénévole d’un jeune professionnel de moins de 40 ans dans le monde des arts.

Désormais, à peu près toutes les institutions culturelles ont leur comité de jeunes philanthropes, qu’on songe aux Jeunes Premiers du Théâtre du Nouveau Monde, au Club des jeunes ambassadeurs de l’Orchestre symphonique de Montréal ou au Cercle des Printemps du Musée d’art contemporain de Montréal. « Les plus petites organisations en bénéficient également, car ces jeunes cherchent aussi à les aider », fait remarquer M. Pleszczynski.

Cette relève s’annonce très « prometteuse », ajoute-t-il. « Non seulement ils réussiront à instiller ce désir de redonner chez d’autres jeunes, mais leurs moyens augmenteront avec les années. Ils seront plus à même de soutenir les causes qui leur sont chères. Et ce sera drôlement stimulant pour Montréal ! »