Artiste dans un accélérateur de particules

Le CERN compte ouvrir une résidence d’artiste atypique dans son laboratoire de Genève.
Photo: Richard Juilliart Agence France-Presse Le CERN compte ouvrir une résidence d’artiste atypique dans son laboratoire de Genève.

La science et l’art peuvent-ils se rencontrer, se nourrir et s’aider mutuellement dans un accélérateur de particules ? L’Organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN) juge l’hypothèse valable et cherche même à en faire la démonstration avec l’ouverture dans son laboratoire de Genève, en Suisse, l’un des plus importants du monde, d’une résidence d’artiste atypique visant à créer une « collision créative » entre ces deux univers. Les artistes du monde entier ont été invités il y a quelques jours par le Centre à s’y présenter à la porte en vue du choix de l’élu en mai prochain.

« Notre désir est d’encourager les champs de l’art et de la science à s’inspirer, à se mettre au défi, à redéfinir leurs frontières respectives, leurs rôles et leurs méthodologies », a indiqué Monica Bello, directrice d’Arts@CERN, en lançant l’appel de candidatures pour la cuvée 2016 de son Collide International Award. Née en 2011, cette résidence propose à un artiste de se frotter pendant deux mois à l’univers scientifique du CERN et surtout à son Grand Collisionneur de hadrons, une installation unique où se posent depuis 2008 des questions fondamentales sur l’origine du monde. La résidence est gérée conjointement avec le FACT, un centre de diffusion d’art de Liverpool, en Grande-Bretagne, où l’artiste sélectionné va séjourner un mois après son passage au Laboratoire européen de la physique des particules.

« Nous sommes très excités à l’idée de voir ce qui va se passer quand l’art et la science vont entrer en collision dans le cadre de ce concours, a indiqué Tara Shears, scientifique britannique qui mène actuellement des recherches au CERN. Comme scientifique, nous passons beaucoup de temps à traduire des équations et des lois en images pour comprendre. Les artistes ont une démarche différente, mais leur mode de visualisation peut être complémentaire et nous donner cet aperçu éphémère pouvant nous aider à mieux comprendre » un phénomène.

En juillet 2012, le Grand Collisionneur de hadrons a fait la manchette après la découverte du boson de Higgs, une particule élémentaire dont l’existence n’avait été jusque-là que postulée — depuis 1964, pour être précis — et qui, en apparaissant dans les installations du CERN, a ouvert les esprits tout comme de nouvelles portes pour comprendre la formation de la matière sombre et la disparition de l’antimatière. Entre autres champs de possibles.