Archambault ferme son centre d’appels

Depuis plusieurs semaines, l’étage où se situait le centre d’appels, au-dessus de la boutique Archambault coin Berri et Sainte-Catherine, se vidait tranquillement.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Depuis plusieurs semaines, l’étage où se situait le centre d’appels, au-dessus de la boutique Archambault coin Berri et Sainte-Catherine, se vidait tranquillement.

Mauvaise surprise, lundi matin, pour les six employés et deux superviseurs du centre d’appels Archambault de la rue Berri à Montréal qui pensaient entamer leur habituelle journée de travail. Ces agents et téléphonistes au soutien technique et au service à la clientèle du site archambault.ca ont plutôt appris la fermeture du centre et leur renvoi immédiat. Ils sont repartis quelque 15 minutes plus tard, effets personnels sous le bras, une promesse de salaire pour les huit prochaines semaines en poche. Au total, c’est une trentaine d’emplois (une vingtaine d’employés, une dizaine de contractuels) qui se perdent avec cette fermeture, quelques mois après le rachat d’Archambault par la chaîne de librairies Renaud-Bray.

En appelant au service à la clientèle d’Archambault hier en matinée, un message enregistré indiquait qu'à la suite de « circonstances exceptionnelles, notre département service à la clientèle est présentement fermé ». Au même moment, sur la page Facebook du disquaire et libraire, on lisait qu’en « raison d’un problème technique, il est malheureusement impossible de nous joindre par téléphone en ce moment ». Cette manière de dévier le message, qui a été changé au fil de la journée, a choqué certains des employés licenciés, ainsi que le président des Travailleurs et travailleuses unis de l’alimentation et du commerce (TUAC), section 500, Tony Filato. « Depuis que Renaud-Bray a acheté Archambault, on n’a eu aucune, aucune, aucune discussion, ni avec Archambault ni avec Renaud-Bray, déplorait-il en entrevue téléphonique au Devoir. On aurait aimé être au courant. Je trouve ça très, très triste qu’une compagnie québécoise agisse de la sorte. Ils auraient au moins pu nous inviter à la réunion de ce matin », là où a été annoncée de vive voix la fermeture, estime le syndicaliste.

La manière

Depuis plusieurs semaines, l’étage où se situait le centre d’appels, au-dessus de la boutique Archambault coin Berri et Sainte-Catherine, se vidait tranquillement, comme l’a confié une désormais ex-employée, qui préfère garder l’anonymat. « Les responsables des achats d’instruments sont partis, des gens du marketing aussi. La semaine dernière, ils ont enlevé les machines à eau et, quand on a posé des questions, on s’est fait dire que c’est parce que ça coûtait trop cher. Nous, on pensait qu’on déménagerait », a-t-elle précisé.

Le centre s’occupait des suivis ou des problèmes sur les commandes Internet, offrait du soutien informatique aux livres numériques, allant jusqu’à expliquer aux clients comment utiliser leurs liseuses ou tablettes. Depuis décembre, les journées étaient fort occupées. « Il y a eu du réaménagement dans les entrepôts, ce qui a créé des problèmes de commandes non traitées. On a reçu parfois jusqu’à 900 courriels de clients se demandant ce qui se passait avec leurs commandes ; des bogues. Depuis l’achat par Renaud-Bray, ça a été assez pénible pour nous à la centrale d’appels. »

Les appels, selon l’information qui a été donnée aux employés d’Archambault, seront redistribués en magasin, et le soutien technique rapatrié chez Renaud-Bray. À l’interne, la crainte courait de voir des employés non syndiqués reprendre les tâches des postes abolis. La direction de Renaud-Bray n’a répondu hier à aucune des communications du Devoir.

Tony Filato ne comprend pas la stratégie du silence que la chaîne semble avoir adoptée. « On négocie avec des compagnies depuis des années : on peut comprendre des plans d’affaires et des plans d’acquisition qui commencent par “c’est dommage, mais voici ce qu’on va faire…”. Dans ce cas-ci, ils ne nous ont rien, rien dit. Ça ressemble à Future Shop qui décide d’aviser ses employés de la fermeture un beau samedi matin. Pourtant, tu peux t’asseoir et expliquer le contexte ; on est capables de comprendre, on est en 2016, on le sait qu’il y a Amazon dans la course et que le marché est hautement compétitif. Y a rien qui justifie d’agir en sauvage de même. » Pour la suite des choses, le syndicat va aller aux informations, « voir comment les choses se sont faites, surveiller si l’ouvrage se déplace ailleurs, s’il y a lieu d’invoquer l’article 45 du Code du travail », qui prévoit que le changement d’employeur par vente ou concession totale ou partielle d’une entreprise n’invalide pas l’accréditation syndicale et, s’il en existe une, la convention collective.

Les sites transactionnels d’Archambault (début 2000) et de Renaud-Bray (2009) sont les deux plus importants au Québec, et de loin, dans le domaine du livre. Renaud-Bray (29 boutiques) a acquis Archambault (14 magasins) l’automne dernier.

2 commentaires
  • Colette Pagé - Inscrite 14 mars 2016 18 h 17

    Capitalisme sauvage !

    Serait-il possible en 2016, qu'une entreprise de la taille de Cogeco agisse avec davantage de civilité en donnant un avis raisonnable de la fermeture de son centre d'appels à ses employés. Apprendre la perte de son emploi un lundi matin en entrant au travail c'est assez ordinaire !

  • Nicole Delisle - Abonné 15 mars 2016 14 h 29

    Lâcheté cruelle de dirigeants manquant de dignité!

    Est-ce une nouvelle tendance au Québec de congédier du personnel en les plaçant devant une porte barrée, en arrivant au travail? Pompiers de Rosemère, personnes du
    centre d'appels d'Archambault, etc. Cela démontre la qualité de gestion de certains dirigeants, qui n'ont probablement aucune expertise et compétence pour être de vrais
    gestionnaires. Ils n'ont probablement suivi aucun cours en ce sens dans une université. Ils sont comme des électrons libres, sans professionnalisme et sans connaître les relations humaines inhérentes à tout commerce ou domaine public. Que
    font-ils là? C'est d'une lâcheté sans borne. Quand on n'a pas le courage et la compétence d'expliquer à des employés pourquoi on doit prendre une telle décision,
    c'est que l'on souffre d'une énorme lacune ou faiblesse de gestionnaire. Ce sont eux
    qui devraient être mis à la porte et remplacés au plus vite! Agir avec compétence et
    amabilité, en toute circonstance, est une qualité essentielle quand on est un patron!
    N'est-ce pas le dirigeant de Renaud-Bray qui a acheté Archambault? Si c'est le cas,
    il nous démontre le peu de considération qu'il a envers son personnel, tout en nous dévoilant sa très grande incompétence de dirigeant. Le boycott de cette compagnie québécoise devrait lui faire entendre raison!