Le directeur général du Louvre, Henri Loyrette, en conférence à Montréal - Le musée inachevé

Plus que bicentenaire, le musée du Louvre a récemment amorcé la plus grande révolution de son histoire. Depuis le début de l'année, il ne relève plus de la Direction des musées de France et gère lui-même ses revenus. À l'occasion d'une conférence organisée par le Musée des Beaux-Arts de Montréal hier, le directeur général du Louvre, Henri Loyrette, faisait part des enjeux liés à cette nouvelle autonomie, mais aussi à l'élargissement du public, au périmètre qu'occupe ce bâtiment historique.

Désormais, un contrat pluriannuel lie le gouvernement, qui s'engage à protéger les oeuvres et à entretenir le bâtiment, au musée, qui veille à la réfection des salles, à l'acquisition des collections à la gestion du personnel, au développement du public. «Lorsque je suis entré dans les musées, tout venait de l'État; aujourd'hui, 70 % de notre budget vient de l'État et 30 % est tiré de nos recettes propres et du mécénat», explique M. Loyrette. Par exemple, la salle qui abrite la Joconde est en rénovation grâce aux six millions d'euros (9,6 millions) engagés par des mécènes japonais.

En retour, le musée a un meilleur contrôle de ses actions qu'il peut maintenant prévoir à plus long terme. «Ce nouveau contrat avec l'État est une bonne chose, nécessaire pour coordonner les actions des divers départements», relève-t-il.

Mais M. Loyrette a surtout souligné le fait que cette évolution administrative répondait à un changement majeur dans la nature même du musée. «Le musée n'est plus ce qu'il était il y a trente ans, c'est-à-dire véritablement une institution qui avait des collections permanentes offerte à un public amateur; c'est devenu quelque chose de beaucoup plus complexe avec une programmation propre, des expositions temporaires et tout un service éducatif et pédagogique», précise-t-il.

Avec ses six millions de visiteurs par année, le Louvre se doit d'avoir une politique des publics et d'adopter un rôle social et éducatif. Car il se bute aussi au problème de séduire un public difficile qui n'a souvent pas les outils pour apprécier les oeuvres. «Les enquêtes montrent que le public vient voir trois choses finalement, la pyramide, la Joconde et la Vénus de Milo, ce qui est un peu frustrant lorsqu'on expose 35 000 oeuvres», note avec humour le directeur du Louvre.

Enfin, le Louvre a doublé sa surface dans les années 80, ce qui pose constamment de nouveaux défis à ce musée inachevé. «Comment concilier la simple immédiateté de l'oeuvre d'art dans un bâtiment aussi long, étendu et complexe?», se demande le directeur. Parce qu'il occupe un bâtiment historique unique, le musée offre une promenade architecturale tout aussi importante que la qualité des oeuvres qu'il expose. Mais ses 14 km à parcourir soulèvent aussi la question de la taille idéale d'un musée.

Spécialiste du XIXe siècle, Henri Loyrette fut notamment conservateur du patrimoine, puis directeur du Musée d'Orsay, avant de devenir directeur général du Louvre en 2001.