Boréal se porte à la défense d’Yves Lever

La biographie «Claude Jutra»<em>, </em>d'Yves Lever, sortait en librairie ce mardi.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir La biographie «Claude Jutra», d'Yves Lever, sortait en librairie ce mardi.

Alors que la plus récente biographie de Claude Jutra, signé par le critique et ancien professeur Yves Lever, sortait en librairie mardi, les Éditions du Boréal se sont portées à la défense de leur auteur en fin de journée par voie de communiqué. Dans son livre, Yves Lever consacre quelques pages à d’éventuelles relations qu’aurait eues le cinéaste avec de jeunes garçons.

« Yves Lever a signé une première véritable biographie consacrée à la vie et à l’oeuvre de Claude Jutra, dans laquelle il évoque le fait que le célèbre cinéaste éprouvait une attirance pour les garçons et aurait eu des relations sexuelles avec des mineurs, écrit l’éditeur. Devait-il le révéler ou le taire ? »

Selon Boréal, il aurait été malvenu de laisser de côté les détails de la vie amoureuse et sexuelle du cinéaste, alors que la relation difficile qu’il a entretenue avec sa mère était « décrite en détail » — deux sujets qui ont nourri l’oeuvre de Claude Jutra. « On ne peut comprendre le cinéma de Jutra en occultant ses images de l’enfance et des garçons, indique Boréal. Son oeuvre, comme celle de nombreux artistes, est inspirée d’un parcours qu’il faut connaître pour en découvrir le sens et la part tragique. »

Dans Claude Jutra, Yves Lever aborde d’ailleurs ces questions « sans sensationnalisme, estime l’éditeur, les replaçant toujours dans le contexte du travail » du cinéaste.

Les Éditions du Boréal déplorent que « des journalistes qui [n’avaient] pas encore eu entre les mains, ni lu [la biographie], ont choisi de médiatiser un comportement que plusieurs personnes du milieu cinématographique connaissaient déjà, selon les recherches de l’auteur ». Boréal rappelle aussi que « le rôle de l’éditeur n’est pas d’imposer une censure aux auteurs, mais de veiller à ce que circule le travail d’experts dans différents domaines, dans la mesure où ce travail est rigoureux et documenté », ce qu’offre, à son avis, la biographie rédigée par Yves Lever.

Téléfilm Canada laissera l'industrie décider

Téléfilm Canada affirme qu’elle laissera l’industrie du film québécois décider elle-même de ce qu’il faut faire au sujet des prix cinématographiques qui portent le nom du cinéaste Claude Jutra. L’organisme commandite le prix Claude-Jutra remis par l’Académie canadienne du cinéma et de la télévision, qui célèbre le travail exceptionnel d’un réalisateur ayant signé son premier long métrage de l’événement culturel.
4 commentaires
  • Christian Bédard - Abonné 16 février 2016 20 h 41

    Les bénéfices d'un scandale inutile

    Ternir la réputation de l'un de nos grands cinéastes par simple appât du gain, voilà à quoi cette montée de lait puritaine se résume. L'artiste est feu, l'oeuvre demeure et c'est tout ce qui compte. Les petites gens rabaissent ceux qu'elles n'ont pas l'espoir de surpasser.

    • Christophe Horguelin - Abonné 16 février 2016 22 h 14

      4 pages: peut-on parler d'un coup monté pour faire de l'argent? Franchement.

    • Serge Côté - Abonné 17 février 2016 11 h 46

      Dans sa carrière, M. Lever n'a jamais cherché le tapage publicitaire ni l'appât du gain. Il a voulu écrire la première biographie portant sur Claude Jutras. Aurait-il fallu passer sous silence certains comportements jugés aujourd'hui très répréhensibles? Si oui, ce serait accorder à des citoyens admirés (les artistes) un privilège que les autres n'ont pas...

  • Jeannine I. Delorme - Abonnée 16 février 2016 22 h 44

    les amis aveugles

    Monsieur Bédard, les abus de messieurs les pédophiles ne peuvent être considérés avec tolérance. Cela n'a rien à voir avec les oeuvres d'art de ces derniers, mais quand l'auteur de chefs-d'oeuvre est un vil monsieur pour ne pas dire répugnant, ses actions doivent être considérées pour ce qu'elle sont : des gestes abominables, criminels. Vous semblez oublier facilement les jeunes garçons qui étaient impliqués. Amadoués sans doute, flattés d'être choisis par le Grand Homme, ils n'en demeuraient pas moins des victimes. Quand les artistes cesseront-ils de laisser tomber leur sens moral lorsqu'il s'agit d'un des leurs ? Triste constat... Il y a là matière à réflexion.

    Jeannine Isabelle-Delorme
    musicienne à la retraite