Roman Zavada et son piano sur aurores boréales

Roman Zavada au piano devant le spectacle fabuleux d’une aurore boréale
Photo: Sylvain Humbert Roman Zavada au piano devant le spectacle fabuleux d’une aurore boréale

Roman Zavada n’a pas froid aux yeux. Ni aux mains. Après avoir accompagné au piano des classiques du cinéma muet durant des années, c’est le ciel du nord du Canada, animé d’aurores boréales, qu’il a choisi comme inspiration.

À l’automne 2013, il a campé un piano de fortune sur le sol du Bouclier canadien, aux abords de Yellowknife, dans les Territoires du Nord-Ouest. Il a attendu que le spectacle commence, et il a composé. Le résultat est enregistré sur le disque Résonances boréales, qui paraît ces jours-ci à Montréal. Les aurores boréales, quant à elles, ont été captées par des caméras et seront projetées à Société des arts technologiques, où Roman Zavada donne un concert, à partir du 18 février.

« L’idée, c’était de créer de nouvelles pièces inspirées du décor et des aurores boréales en mouvement, dit l’artiste. Ça s’inscrit dans ma démarche artistique. Je suis davantage connu pour mes accompagnements de films muets au piano. Ça a changé ma façon de créer. J’ai improvisé longtemps sur des images en mouvement. J’ai fait un peu le même exercice avec de vraies images que la nature nous donne. »

Certaines pièces sont rythmées, d’autres sont mélancoliques, dit-il.

Piano abandonné

Roman Zavada est donc l’un des rares pianistes québécois formés pour accompagner des films muets. Cet accompagnement est toujours improvisé, dit-il, même si le pianiste a généralement vu le film une première fois avant la présentation.

À Yellowknife, Roman Zavada est entré en contact avec un accordeur de pianos qui lui a fait cadeau d’un piano abandonné. « On a fait déménager le piano sur une plateforme de camping en bois. On était seuls dans un parc fermé. On était au bord du lac Prélude. On avait une vue à 360 degrés sur le ciel étoilé », raconte-t-il.

C’était en septembre, les températures tournaient autour de 0 degré Celsius. « Les équinoxes sont propices aux aurores boréales », dit-il.

On dit aussi que les aurores boréales suivent un cycle de 11 ans, et qu’elles devaient être particulièrement intenses en 2013. Mais l’équipe de Roman Zavada y est retournée en 2015 pour tourner des images et « il y en avait encore plus », dit-il. Ils ont observé neuf soirées d’activité sur quatorze. « Cela commence entre dix heures et minuit. Puis, il peut y en avoir entre deux et quatre heures du matin. »

Improviser dans l’abstraction

Évidemment, contrairement au cinéma muet, les aurores boréales ne racontent pas d’histoire, si ce n’est celle de particules électriquement chargées, arrivant de tempêtes solaires.

« Je suis habitué à improviser sur une histoire, dit-il. Là, c’était vraiment l’abstraction. C’est surtout l’émotion qu’on a qui est reflétée dans la musique. C’est un sentiment mystérieux et grandiose, que je n’arrive pas à traduire en mots. D’ailleurs, le piano est un peu ma langue maternelle », dit celui qui a commencé à jouer de son instrument dans la petite enfance.

La palette de genres de musique touchés est vaste : du classique au contemporain, en passant par des saveurs de jazz ou de musique plus populaire.

Les images, quant à elles, ont été tournées en haute résolution, à 30 images par seconde.

Certaines de ces images ont servi au spectacle Aurorae, présenté actuellement au Planétarium de Montréal. Ce spectacle explique ce que sont les aurores boréales, ainsi que les mythes qui les entourent.

La démarche de Roman Zavada, quant à elle, est strictement artistique. Ce sont deux spectacles qui peuvent se compléter.

Résonances boréales

De Roman Zavada. Du 18 au 4 mars, du mardi au vendredi, à la Société des arts technologiques.