Les Québécois fiers de leur culture

Selon les répondants, les trois principaux secteurs culturels auxquels l’État devrait donner priorité côté financement sont le cinéma, la télévision et les festivals. Sur la photo, le cinéaste André Forcier dirigeant des acteurs sur le plateau de son prochain film, <em>Embrasse-moi comme tu m’aimes.</em>
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Selon les répondants, les trois principaux secteurs culturels auxquels l’État devrait donner priorité côté financement sont le cinéma, la télévision et les festivals. Sur la photo, le cinéaste André Forcier dirigeant des acteurs sur le plateau de son prochain film, Embrasse-moi comme tu m’aimes.

Entre le 4 et le 15 septembre 2015, la firme Léger a sondé le Québec pour le compte de l’Union des artistes (UDA). Parmi les données saillantes, on note que pas moins de 87 % des répondants sont d’avis que le travail des artistes est utile à la société québécoise. Et 78 % des personnes consultées jugent important que l’État finance les arts et la culture. Les résultats ont, en l’occurrence, de quoi rassurer l’UDA, qui admet d’entrée de jeu que l’exercice survient à un moment stratégique.

« Au moment où le Québec entreprend une réflexion sur sa politique culturelle, il est essentiel de se rappeler le rôle crucial de l’État et des institutions publiques pour structurer le soutien à la création, mais aussi le développement d’un secteur économique porteur de croissance, d’innovation, de rayonnement international et qui contribue à l’attractivité du Québec », souligne en effet le communiqué publié par l’UDA, syndicat qui représente environ 8400 membres actifs et 4600 stagiaires.

« On entretient d’excellents rapports avec la ministre de la Culture Hélène David. Tout le monde est très content de sa présence. On a eu peur de la perdre lors du dernier remaniement ministériel. N’empêche, chaque fois qu’on évoque de nouvelles politiques, on ne peut s’empêcher de ressentir une certaine nervosité », confie la présidente de l’UDA, Sophie Prégent. Par ailleurs, signale-t-elle, le dernier sondage de la sorte remonte à 2007, d’où la double pertinence d’en commander un nouveau.

Afin d’obtenir un portrait représentatif, Léger a eu recours aux données de Statistique Canada, pondérant les résultats obtenus en tenant compte de l’âge, de la langue, de la scolarité, de la présence ou non d’enfants à la maison, etc. Le coup de sonde a été mené auprès de 1410 personnes âgées de 18 ans et plus habitant les régions de Montréal (554), de Québec (302), du Centre-du-Québec (100), de l’Est-du-Québec (102), de l’Ouest-du-Québec (151), et du Saguenay–Lac-Saint-Jean (201).

Question de mettre la table pour la suite, le sondeur s’est d’abord enquis du niveau de fierté des répondants d’être Québécois. C’est 84 % qui le sont, dont 47 % très fiers de l’être. Léger note que ce niveau est « significativement plus élevé chez les personnes âgées de 55 ans et plus, celles qui résident hors de la région métropolitaine de Montréal, ainsi que chez les francophones ».

 

De films et de doublages

Lorsqu’on les invite à désigner les trois secteurs culturels auxquels l’État devrait donner priorité sur le plan du financement, les Québécois optent massivement pour la télévision (47 %) et les festivals (44 %). Toutefois, c’est le cinéma qui arrive en tête (49 %), et ce, malgré la désaffection apparente qui l’afflige.

« Un film à succès suffit souvent pour qu’on parle d’une bonne année, tandis qu’un succès escompté qui ne se concrétise pas fait beaucoup de tort à l’industrie », rappelle la présidente de l’UDA.

Une industrie somme toute petite qui dépend justement de ses succès, voire de ce que l’on perçoit comme un succès.

 

« Le cinéma au Québec est un art qui demeure fragile et, manifestement, les gens y croient. Notre cinéma circule à l’étranger ; notre cinéma d’auteur a la cote dans les festivals internationaux. On a de super bons cinéastes qui s’illustrent ici et ailleurs… Certains vont gagner leur vie à l’extérieur du Québec, mais raison de plus pour rendre le métier viable ici : on l’a, le talent. »

Pour ce qui est des autres secteurs énumérés, le théâtre (29 %), la chanson (29 %) et les musées (28 %) suivent, tandis que la danse (4 %), la peinture (3 %), l’opéra (2 %) et la sculpture (1 %) font figure de parents pauvres.

Autre conclusion sans ambages : 64 % des Québécois disent qu’il est important que les films et les émissions de télévision soient disponibles en version française. Du nombre, 75 % déclarent avoir une préférence pour les doublages réalisés au Québec.

« Même si on a des détracteurs — “Ah ! le doublage au Québec, c’est une espèce de langue mal foutue !” —, il apparaît évident que les gens aiment se reconnaître à travers le doublage. Chacun a droit à son opinion en la matière, évidemment, mais celle de la population est sans équivoque », se réjouit Sophie Prégent.

Perception favorable

Un des aspects les plus révélateurs du sondage est la manière dont les Québécois choisissent de qualifier leur culture, avec une perception toujours majoritairement positive. La culture québécoise est ainsi une source de fierté pour 64 % d’entre eux, contre 23 % qui n’en tirent aucune fierté et 13 % qui demeurent neutres. Elle est originale (62 %) et non banale (24 %), elle représente bien la diversité culturelle d’ici (61 %) plutôt que l’inverse (22 %), et elle est « avant-gardiste » (58 %) davantage que « vieux jeu » (23 %), entre autres exemples.

Cela étant, c’est la créativité qui est la principale qualité qu’on accole au secteur culturel québécois, avec 67 %. De l’échantillon citoyen, seuls 27 % soutiennent que les productions d’ici se comparent défavorablement aux productions étrangères.

Sur le plan financier, 65 % des Québécois pensent que les arts et la culture apportent une contribution économique significative à la société québécoise, contre 29 % qui estiment plutôt cette contribution faible. Ceci expliquant cela, 78 % des personnes consultées jugent important que l’État finance les arts et la culture ; plus du tiers (38 %) identifie cet enjeu comme très important.

Enfin, 57 % seraient d’accord pour que l’État débloque plus de fonds afin de développer le secteur numérique, jugé clé par 84 % pour une diffusion accrue des productions culturelles québécoises.

« On désirait savoir où se positionne la culture dans l’univers québécois. On est contents de la réponse », conclut Sophie Prégent.

7 commentaires
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 10 février 2016 09 h 43

    Le doublage québécois redouble (1)

    Selon ce sondage, «75 % déclarent avoir une préférence pour les doublages réalisés au Québec». Il serait judicieux d’en commander un autre et d’y inclure cette fois la question suivante: Si l’argent consenti par l’État québécois au doublage l’était plutôt au cinéma, vous contenteriez-vous du doublage français?

    Dans leur réplique à ma lettre du 16 décembre, Sophie Prégent et Jean Ducharme, respectivement présidente de l’Union des artistes (UDA) et vice-président de l’Association nationale des doubleurs professionnels (ANDP), écrivent dans l’édition du Devoir du 21 décembre: Les Québécois savent non seulement reconnaître le doublage fait au Québec, mais savent également reconnaître la qualité de celui-ci. Permettez-moi d’en douter. À toutes les fois que des parents, amis ou connaissances voient un film doublé, c’est plus fort que moi, je pose la question de son origine, et rares sont ceux pouvant me répondre avec certitude. Pourquoi? Parce que le doublage québécois ne sonne généralement pas québécois, voilà tout. Ce qui met parfois la puce à l’oreille de certains, c’est la reconnaissance de la voix distinctive d’un acteur: C’est un doublage québécois; j’ai reconnu Yves Corbeil. Ah bon!

  • Colette Pagé - Inscrite 10 février 2016 10 h 25

    Inquiétant sondage !

    Inquiétant ce 23 % qui n’en tirent aucune fierté et 13 % qui demeurent neutres pour un total de 36 %. Mais qui sont ces personnes : des colonisés, des non-instruits, des analphabètes allez savoir. Mais il faut faire quelque chose pour renverser cette tendance.

  • Daniel Le Blanc - Inscrit 10 février 2016 11 h 28

    culture québécoise ou culture de masse

    Faudrait être capable de nuancer ce que l'on entend par culture... Les Québécois ne voient peut-être que la culture de masse qu'ils consomment au quotidien pour se divertir. On est alors loin d'un soutien à une véritable politique culturelle. Il ne faudrait pas confondre la Culture d'un peuple et l'industrie culturelle. L'État ne doit pas être au service des investisseurs, des agents d'artistes et des producteurs, il doit être le catalyseur de l'identité nationale, de notre patrimoine, de nos arts, de l'ensemble des voix qui émergent autant que de celles qui s'alimentent de notre passé. Cette politique culturelle doit être inspirante et non payante.

  • Pierre Lavallée - Inscrit 10 février 2016 15 h 30

    Doublage au Québec

    Il n'y a rien de surprenant à ce que la population sondée se dise favorable, en théorie, à un doublage au Québec plutôt qu'à un doublage en France. Soumettez toutefois aux auditeurs réguliers de la série "Downton Abbey", une version doublée au Québec et vous verrez quel sera leur choix. Imagninons un peu.. Robert Crawley avec la voix de Bernard Fortin. Mr Carson avec celle de Vincent Davy, et Monsieur Bates avec celle de Yves Corbeil. Et bien entendu, n'oublions pas ce cher monsieur Barrow avec la voix "zilottante" de Jean-Luc Montmigny (celui qui double Adam Savage dans Les Stupéfiants).

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 10 février 2016 22 h 08

      Bien dit M. Lavallée.

      D'autres cinéphiles québécois ont donné leur avis sur la qualité du doublage québécois :

      – Moi, je souffre des voix fades, sans sonorité, des voyelles approximatives et atones, des fins de mots escamotées. Il ne s'agit pas d'imiter l'accent français, mais d'avoir une diction convenable: d'ar-ti-cu-ler. (Commentaire de Johanne Archambault.)

      – J'enrage en entendant les nombreuses maladresses de traduction et fautes de français, la diction laborieuse, les intonations chantantes ou qui manquent de naturel ou de force. Souvent, mon intérêt pour le film se perd, quelle que soit sa qualité par ailleurs, car je ne parviens plus à croire à des personnages qui sonnent faux et s'expriment dans un français qui sent la traduction. (Commentaire de Jacques Lagacé.)

      – Est-ce que les comédiens et comédiennes d'ici ne pourraient pas commencer par soigner leur diction de manière à parler un français international, intelligible et compréhensible par tous, y compris les Français, à l'instar de nos grands comédiens de la trempe de Gérard Poirier, par exemple? La prononciation de trop d'entre eux est molle, sans vie et ça ne m'étonne pas que les Français n'en veuillent pas tellement c'est mal foutu. (Commentaire de Léo Guimont.)

      – Mais ce qui m'énerve le plus, ce sont LES FAUTES DE FRANÇAIS. Elles sont grossières et trahissent tout de suite la traduction faite ici. Arrêtez de prétendre que les gens qui paient pour vous entendre sont tous derrière vous. Ils SUBISSENT souvent votre travail peu soigné. Si vous voulez que vos versions soient appréciées, commencez donc par ne pas les bâcler. Il arrive fréquemment que les répliques soient incorrectes: calques de l'anglais, anglicismes, faux amis, tout y est. Un bon dictionnaire et un travail plus professionnel sont nécessaires. Quand la qualité sera au rendez-vous, nous pourrons vous appuyer dans vos revendications. (Commentaire de Lucie Côté.)

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 11 février 2016 09 h 00

      Des critiques daignant encore aller voir des versions doublées se prononcent également:
      – Dans un autre domaine, celui du doublage local des films étrangers, notamment américains, des améliorations notables restent encore à apporter au vocabulaire, à la syntaxe et à la grammaire, utilisés par les comédiens québécois.
      – [Dans Une nuit au Roxbury,] même la postsynchronisation [sic] des dialogues a été bâclée: fichtre! les marionnettes des Sentinelles de l'air avaient meilleure diction.
      – Pourquoi faut-il que nos doubleurs accentuent exagérément et jusqu'à la caricature la prononciation des noms anglais? Pour montrer à leurs collègues français qu'ils peuvent, eux, s'exprimer couramment dans la langue de Shakespeare? Le fait est que le résultat est épouvantable.
      – Un Arnold Schwarzenegger qui joue au flic suicidaire [dans La Fin des temps] et que la postsynchronisation [sic] québécoise a affublé d'une grosse, grosse voix (probablement celle, agaçante au possible, d'Yves Corbeil). Le doublage québécois tape sur les nerfs et est, par définition, exécrable... À faire damner un saint!
      – Dommage seulement que le doublage en français [de L'Énigmatique M. Ripley] effectué au Québec soit de si mauvaise qualité qu'il entache la prestation des comédiens.
      – Si vous tenez à voir Who Is Cletis Tout?, ne faites pas la gaffe de louer la version française. Le doublage a été fait au Québec et est d'un amateurisme navrant.
      – Si l'anglais ne sonne pas comme du chinois aux oreilles de vos jeunes, allez donc voir ce quinzième Conte pour tous [Le Retour des aventuriers du timbre perdu] en version originale. Vous pourrez, au moins, vous prononcer sur la qualité du jeu des comédiens, chose impossible à faire lorsqu'on «écoute» la version française, tant le doublage en est déplorable. Les motivations profondes des personnages passent souvent inaperçues. Quand une voix ne porte en elle aucune conviction, il est difficile de croire à ce qu'elle raconte, malgré les traits bouleversés du com

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 11 février 2016 14 h 36

    L'UDA aurait dû sonder les critiques de cinéma également :

    – Qu'on me permette de vous dire que j'en ai plus que ma claque d'entendre tous les acteurs américains parler avec les mêmes voix francophones issues du minuscule bassin de nos comédiens qui font de la postsynchronisation.
    – ‘Qui est-ce qui est là?’, pour ‘Qui est là?’; ‘Où est-ce que tu es?’, pour ‘Où es-tu?’ et, la meilleure, ‘la grandeur de cette personne’, pour ‘la taille de’, voilà quelques exemples navrants pris au hasard illustrant la pauvreté de la langue parlée des «doubleurs» québécois qui ont travaillé sur [La Fiancée de Chucky]. Ce n'est pas la seule production étrangère à devoir subir ce genre d'affront. Beaucoup d'autres films, dont la qualité est supérieure, héritent d'un doublage déficient, non seulement en matière de vocabulaire et de grammaire, mais aussi dans l'intonation. C'est ainsi que des grands acteurs et de magnifiques actrices se font voler une bonne partie de leur performance, leur voix, par des incompétents.
    – Le doublage [de Moïse: L'Affaire Roch Thériault], exécrable, vous déconcentrera peut-être de l'histoire sordide mais bien vraie de ces femmes manipulées et obéissantes, aveuglées par leur maître.
    – La minisérie [Il Duce Canadese] qui a coûté 5 millions a été tournée en anglais et doublée en français. Mauvais doublage. On se demande pourquoi Radio-Canada n'insiste pas plus pour obtenir des doublages de qualité des séries coproduites pour la CBC et le réseau français.
    Deux critiques français se prononcent aussi :
    – [Kayla, de Nicholas Kendall,] ressemble […] à une version canadienne de La Petite Maison dans la prairie. Les dialogues sont mièvres et le doublage avec l'accent québécois n'arrange rien.
    – [De l'amour et des restes humains,] de Denys Arcand, a pris l'affiche, la semaine dernière, à Paris... avec cinq ans de retard.. […] Pour Aden, ‘tout est dit en cinq minutes’: le spectateur, ‘s'il ne dort pas’, peut démasquer ‘au premier coup d'œil’ le serial killer. Quant au doublage ‘en canadien’, il est simplement ‘calamiteux'.