Les adieux au «show-business»

Céline Dion, toute de noir vêtue, a posé son front sur le cercueil ébène de son mari, René Angélil.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Céline Dion, toute de noir vêtue, a posé son front sur le cercueil ébène de son mari, René Angélil.

Dans l’allée centrale de la basilique Notre-Dame, un cercueil et une caméra dont l’opérateur se met régulièrement à genoux pour ajuster ses plans destinés à la télévision. Dehors, assez peu de gens. Quelques centaines de curieux et d’admirateurs. Trois ou quatre cents « gens ordinaires », selon le responsable des accès, ont pris place à l’intérieur, parmi une suite de dignitaires et de personnalités, pour assister à cette cérémonie en bonne partie livrée en anglais et en français.

Céline Dion, accompagnée de ses trois fils — René-Charles, Eddy et Nelson — ainsi que de sa mère, est entrée la dernière, toute de noir vêtue, les pieds chaussés de chaussures à talons très hauts. Ses pas étaient accompagnés par un enregistrement de la chanson Trois heures vingt, l’un des succès de la diva qui tenait à la main des lys callas.

Plusieurs bancs de l’église restaient cependant vides sur les bas-côtés et au jubé. Environ 2000 personnes ont pris part à la cérémonie, dont le premier ministre Philippe Couillard et Sophie Grégoire, l’épouse du premier ministre du Canada.

La cérémonie bilingue, qui a commencé un peu après 15 h, s’est terminée près de deux heures plus tard. Elle a été célébrée par l’archevêque de Montréal, Mgr Christian Lépine, qui s’est exprimé en anglais et en français, comme ceux qui avaient la charge avec lui de la cérémonie.

Dehors, les photographes, les cameramen et les journalistes, confinés à un espace fixe, tentaient de recueillir les témoignages des personnalités qui défilaient devant eux.

Les curieux et les admirateurs étaient tenus à bonne distance. La place d’Armes, sécurisée au maximum, était quadrillée par des dizaines de voitures officielles. Des policiers en civil comme en uniforme arpentaient le secteur occupé par ailleurs depuis la veille par des dizaines de véhicules des médias.

Patrick Angélil a rappelé l’amour du jeu qu’avait son père, notamment pour le black jack, un jeu qui leur était enseigné très tôt. « Il veillait à notre bien-être. Il s’assurait que nous ne manquions de rien. » Il a aussi rappelé que son père aimait partager. « Partager avec sa famille, avec ses amis. »

Âgé de 14 ans, René-Charles, le fils aîné du couple Angélil-Dion, a livré à sa suite un témoignage sur son père dans un français teinté d’un accent anglophone, avant de poursuivre pour l’essentiel dans un anglais où l’on sentait la forte présence d’un héritage français. Il s’est rappelé de ce qui l’unissait de près à son père : « le golf, le hockey, le poker et le smoke meat ». Il a promis de faire tout en son possible pour que sa famille continue de vivre selon ses standards.

Les témoignages étaient entrecoupés par des lectures religieuses et des chants. Orgue sous la direction de Pierre Grandmaison, octuor de la chorale de la basilique, petits chanteurs du Mont-Royal ont assuré l’habillage sonore de la cérémonie. Au nombre des lectures choisies, le livre d’Isaïe : « Le jour viendra où le Seigneur […] préparera pour tous les peuples, sur la montagne, un festin de viande grasse et de vins capiteux. »

Jacques Dion, l’un des frères de la chanteuse, a confié aux médias à son arrivée sur les lieux que René Angélil avait « tout préparé » en vue de ses funérailles. « Jusqu’à la fin, il a joué son rôle de producteur-gérant », a-t-il remarqué.

Le maire de Montréal et venu en compagnie du maire de Québec. Pour Denis Coderre, « René a marqué, Céline a marqué. […] René a mis la culture sur la map. » Régis Labeaume rappelle que René Angélil « a beaucoup aidé pour l’amphithéâtre » de Québec. « Les gens ne le savent pas, mais il a fait beaucoup de contacts. Il partageait nos rêves. » Et le maire Labeaume de rappeler qu’il avait passé une soirée en sa compagnie près de la console lors d’un spectacle de Céline Dion sur les plaines d’Abraham. « C’était incroyable, toute cette console. »

L’ancien premier ministre Bernard Landry a jugé que des funérailles nationales étaient justifiées pour René Angélil, qui a su donner une « réputation internationale » au Québec dans le domaine de la culture. « Céline, dans sa catégorie, c’est la plus importante du temps », a-t-il remarqué.

Au nombre des personnalités présentes, plusieurs s’arrêtent pour faire face aux caméras et répondre à quelques questions et répondre à des journalistes qui s’étirent autant que possible au-dessus de barrières de métal pour les entendre tant bien que mal. Luc Plamondon rappelle sa joie d’entendre Céline chanter une de ses chansons à Paris. Jean-Pierre Ferland affirme en riant que c’est René Angélil qui lui a offert « le plus gros cachet de ma carrière ».

Pierre Karl Péladeau, Jean Charest, René Simard, Marie-Josée Taillefer, Guy A. Lepage, Josélito Michaud, Roger Brulotte, Janine Sutto, Julie Snyder, Paul Piché, Michel Therrien, Éric Lapointe, Guy Carbonneau, Marie-France Bazzo, André Ménard, Françoise David et Thomas Mulcair étaient là, entre autres. Mais du jubé, où les journalistes étaient entassés, ils étaient tous devenus que de simples dos vêtus de noir sous la voute de bleu d’azur et de lys dorés écaillés de la vieille basilique.

L’ancien premier ministre canadien Brian Mulroney a qualifié René Angélil de « vrai gentleman ». « C’était un géant, René. Ensemble, ils ont créé la plus grande success story du Canada », a-t-il ajouté.

René Angélil a lui-même choisi les chansons qui ont été entendues à ses funérailles, dont un duo virtuel de Céline Dion avec Frank Sinatra.

Le cercueil de René Angélil a quitté la basilique sous les applaudissements nourris et les sifflets de l’assistance ainsi que du public discret qui regardait la scène grâce à un écran géant.

C’était un géant, René. Ensemble, ils ont créé la plus grande success story du Canada.

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