René Angélil en chapelle ardente

Toute la journée, ils furent toujours environ 400 fans à attendre la permission d’accéder à l’intérieur de la basilique Notre-Dame, où Céline Dion recevait les condoléances, près du cercueil de son époux, René Angélil. Des centaines de personnes sont venues témoigner leur admiration pour l’un des duos les plus célèbres du monde.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Toute la journée, ils furent toujours environ 400 fans à attendre la permission d’accéder à l’intérieur de la basilique Notre-Dame, où Céline Dion recevait les condoléances, près du cercueil de son époux, René Angélil. Des centaines de personnes sont venues témoigner leur admiration pour l’un des duos les plus célèbres du monde.

Toute la journée, ils furent toujours environ 400 fans à attendre patiemment la permission d’accéder par les grandes portes de chêne à l’intérieur de la basilique Notre-Dame.

Un écran géant placé contre un mur de l’édifice historique affichait une photo immense de René Angélil grâce à l’énergie tirée d’un des caissons blancs de la compagnie Génératrices Star qui bordaient la basilique. Tous parlaient essentiellement de leur profonde admiration pour Céline Dion.

Attendre

 

« Je pensais qu’il y aurait plus de monde. Je veux rencontrer Céline », dit Isabelle Nadeau, 42 ans. « Je voulais partir de Drummondville à 5 heures ce matin, mais la famille m’a “brakée”. » Elle est donc venue seule, vers 9 h. « J’ai lancé un appel à Drummondville. Personne ne m’a répondu. C’était ma première journée de congé au travail depuis huit jours. Et je pense que je vais prendre congé pour les funérailles. On n’a pas la chance souvent de croiser des artistes qu’on admire. »

Les moins de quarante ans sont rares dans la foule qui attend, où on trouve tout de même « le petit Jérémy », Jérémy Gabriel, qui tenait à témoigner son estime aux proches du disparu.

Manon Petraccone, 57 ans, est venue seule de Laval pour les mêmes raisons. « J’ai pris une demi-journée de congé pour ma Céline. »

Premier de file, Benoit Gendreau, chapeau d’aviateur en poils de lapin, manteau de ski aux accents pastel, était un des premiers arrivés, dès 5 h 45 du matin. Tous les journalistes souhaitaient en conséquence lui parler. Il était venu seul, lui aussi. « Je suis un grand fan. Je l’ai vue 192 fois en spectacle quand elle faisait des tournées mondiales. Je l’ai rencontrée trois fois, dont une fois en privé dans sa loge », dit-il tout en montrant une photo de la scène à l’écran de son portable.

Benoit Gendreau travaille au contrôle de la qualité d’une aciérie de Rio Tinto à Sorel. Depuis des années, ses vacances sont coordonnées avec les activités de Céline Dion. « Si elle joue à New York trois soirs, je la vois trois soirs. Si elle est à Montréal dix soirs, je la vois dix soirs. »

Vanessa Fourrier se trouvait au milieu des premiers de la file indienne. Elle attendait sans se plaindre du froid, du vent piquant et de l’humidité du fleuve. « Céline est mon idole. Mais il y a René aussi, bien sûr. Qui dit Céline dit René. La dernière fois que j’ai pu lui parler, c’était aux plaines d’Abraham, il y a deux ans. » Vous êtes venue seule vous aussi, Mme Fourrier ? « Pour Céline, je suis toujours seule. Je l’ai vue près de cent fois depuis 1996. […] Ce n’est pas tout le monde qui comprend. Elle fait partie de ma vie. En juin, je vais en France pour la voir. Je l’ai vue sept fois depuis le mois d’août. » Comment réagissent vos proches à cette passion ? « J’en parle moins qu’au début. J’avais des conflits à cause de ça, avec ma mère, parce que je fais passer Céline avant ma famille. C’est inexplicable. Même moi, je ne comprends pas. Le fanatisme, c’est assez spécial. Si on ne le vit pas sainement, ça peut être dangereux. »

Ils sont plusieurs à posséder tous ses disques, ses DVD, ses t-shirts de tournée. Ils se trouvaient heureux de se rencontrer les uns les autres, passionnés d’abord par la chanteuse et, incidemment, par René Angélil. « Je suis venu pour soutenir Céline », dit comme d’autres Odette Côté de Montréal. « Tout le Québec est derrière elle. La planète entière est derrière elle », me dit un homme juste à côté.

Nancy Pouliot est venue de Lambton, en Beauce, avec son conjoint. Vous ne travaillez pas, aujourd’hui ? « J’ai pris congé. Je suis une voyante. Je fais aussi de la guérison, partout à travers le monde. J’ai toujours été une fan de Céline. Si elle n’avait pas eu René… » Pierre Goulet, son conjoint, grelotte. Serait-il venu sans elle ? « Bonne question, bonne question… »

Quelques personnes avaient apporté des fleurs, dont Karl Rouiller, 50 ans. « Je la suis depuis 1982. J’ai tous ses disques. Elle est généreuse et simple. Je suis ici parce qu’elle a beaucoup fait pour la colonie artistique. »

Sur le coup de 14 h, le clocher de la basilique Notre-Dame laisse entendre le vibrant carillon de Big Ben, la sonnerie de la tour de l’horloge du Parlement de Westminster, à Londres. Les portes ne s’ouvrent pas comme prévu. Il faudra aux quelques centaines d’admirateurs attendre encore un long moment.

Dans l’église

À l’intérieur, Céline Dion a les traits tirés, les cheveux relevés sobrement en chignon. Gantée et vêtue d’une robe et d’une voilette noires, elle se tient à proximité du cercueil de son époux, soutenue par deux des fils du défunt, Patrick et Jean-Pierre Angélil. La chanteuse accepte, patiente et attentive, l’expression des condoléances d’un long défilé d’admirateurs guidés jusqu’à elle par une trentaine d’hôtesses du Centre Bell qui portent leur uniforme habituel de placière.

Il est demandé aux admirateurs de ne pas embrasser Céline Dion. Plusieurs le font tout de même. Sur le carton commémoratif remis à l’entrée de la basilique, une citation de la chanteuse derrière la photo de René Angélil où elle dit notamment ceci : « J’ai compris que ma carrière était d’une certaine façon son chef-d’oeuvre, sa chanson, sa symphonie à lui. »

Le cercueil sombre est encadré par d’immenses gerbes de lys callas rouges et blancs. Quelques policiers se tiennent en retrait. Des gardes du corps aussi. L’atmosphère est feutrée, baignée par « de la musique instrumentale de Scott Price » aux accents de musique classique, précise l’attachée de presse chargée de la logistique de cet événement où rien ne semble laissé au hasard.

Les personnalités accèdent au transept de la basilique où se trouve le cercueil par une porte secondaire. Là les attendent une cinquantaine de journalistes, photographes et cameramen, pour la plupart de médias canadiens. Ils font le pied de grue dans l’espoir d’apercevoir une tête connue ou, mieux, de recueillir une brève déclaration.

René-Charles, le fils du couple, passera en coup de vent pour s’engouffrer dans un gros camion noir GMC, comme la plupart des membres de la famille. Les appareils photo crépitent aussi devant bien des hommes et des femmes à la peau bronzée et aux petits souliers d’été que personne chez les journalistes ne semble en mesure d’identifier.

Le maire Coderre s’est arrêté un instant. D’anciens joueurs de hockey aussi. Réjean Houle, Guy Carbonneau. L’ancien entraîneur Michel Bergeron est là. La ministre de la Culture Hélène David aussi. Julie Snyder, très proche du couple Dion- Angélil, était émue. D’autres personnalités emprunteront jusqu’en soirée la même porte.

Quand j’ai dû partir pour écrire ce texte au Devoir, un trompettiste anonyme jouait lentement Over the Rainbow sur le parvis de l’église, devant une place d’Armes cernée de barrières de métal, de câbles électriques, de policiers et d’équipements divers destinés à la diffusion des funérailles vendredi. Le premier ministre Philippe Couillard a décidé que ces funérailles seraient nationales. René Angélil est décédé le 14 janvier à l’âge de 73 ans.



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