Un château dans un bas de Noël

Nathalie Deraspe Collaboration spéciale
Le résultat final d’un atelier de pain
Photo: Michel Pinault Musée Ramezay–Musée et site historique de Montréal Le résultat final d’un atelier de pain

Ce texte fait partie du cahier spécial Musées

Premier édifice classé monument historique au Québec, le Château Ramezay constitue l’un des plus beaux vestiges de l’île de Montréal. À l’approche de Noël, l’occasion nous est donnée de visiter les lieux tout en découvrant une gamme d’activités destinée à rendre hommage aux traditions de la saison. Suivez le guide !

Témoin d’événements historiques d’envergure, le Château Ramezay a accueilli en ses murs des figures majeures de l’époque, du poète Émile Nelligan, venu y réciter La romance du vin, au président Benjamin Franklin, de passage en son sein au moment de la Révolution américaine. Érigé en 1705 pour servir de demeure au gouverneur de Montréal Claude de Ramezay, le château a changé plusieurs fois de propriétaire et de fonction.

Grâce à la perspicacité des membres de la Société d’archéologie et de numismatique de Montréal (SANM), l’endroit a été préservé de la démolition pour accueillir, dès mai 1895, un musée, une galerie nationale de portraits ainsi qu’une bibliothèque publique. À 120 ans bien sonnés, le Château Ramezay constitue le plus vieux musée d’histoire privé du Québec.

En parallèle aux nombreuses expositions proposées au fil du temps, l’équipe du musée a décidé il y a quelques années de courtiser plus que jamais les familles au moyen d’une série d’événements qui prend lieu et place dès le premier week-end de décembre afin de célébrer avec éclat Noël et ses traditions.

Une histoire à raconter

Pour nombre de familles, le temps des fêtes commence au Château Ramezay. Rue Notre-Dame, la petite Émilie n’a pour l’instant qu’un seul souci, celui de choisir sur quel manteau de cheminée elle accrochera son joli bas de Noël. C’est que, voyez-vous, l’édifice compte cinq foyers au rez-de-chaussée. Chacun d’eux est décoré de manière à rappeler les nombreuses coutumes qui nous sont chères à cette époque de l’année. Qui a envoyé la première carte de Noël ? Quand a-t-on instauré le calendrier de l’avent ? D’où vient la crèche sous le sapin ? Et cet arbre majestueux, orné de guirlandes et de boules aux multiples couleurs, qui en a eu l’idée ? Sans parler de la fameuse bûche, plus délectable et appétissante que jamais et, bien entendu, de ce cher père Noël, glouton mais tellement généreux !

Le petit Antoine est jaloux, mais rapidement, ses parents le consolent en s’empressant de lui acheter un bas sur place. Au moment de sa récupération le 2 janvier, il pourra y trouver quelques étrennes aux saveurs de la Nouvelle-France : jouet en bois, dé, toupie, boussole ou encore une reproduction d’une pièce de monnaie du XVIIIe siècle, selon l’humeur de l’homme à la grande barbe blanche… Ses amis ont jusqu’au 30 décembre pour l’imiter. Par ailleurs, les habitués des lieux seront heureux d’apprendre qu’une partie des décorations de Noël sera entièrement renouvelée cette année. Fébrile, le personnel est affairé à préparer le château pour lui donner des airs de fête afin d’accueillir ce flot de visiteurs d’ici et d’ailleurs.

Une fois les bas solidement accrochés, il est temps de descendre dans les voûtes pour concocter un beau pain au levain à la cuisine. « C’est l’activité la plus populaire durant le temps des fêtes, confie Louise Brazeau, chargée de promotion du Château Ramezay. L’an dernier, 800 pains ont été cuits sur place avec le levain que nous avons patiemment préparé pour eux. Les gens apprennent d’abord à faire leur beurre et, par la suite, ils mettent la main à la pâte. Souvent, les parents viennent en pensant faire plaisir aux enfants, mais ils se font prendre au jeu. »

L’activité attire un maximum de gens. En réalité, peu d’endroits offrent ce type d’expérience. Surtout quand on considère l’aspect historique de la chose. Synonyme de réconfort, le pain a traversé les siècles sans jamais perdre de sa popularité et continue d’agrémenter nos repas avec autant d’assiduité qu’au temps des premiers colons. Ceux qui ont oublié leur tablier feront fi de ce détail. L’odeur émanant des fours en fin d’avant-midi suffira à les convaincre de cuisiner à leur tour un délicieux pain dessert.

Pas tout à fait rassasiés ? C’est le temps de sortir dehors pour vous nourrir des anecdotes de ce voyageur au long cours qui, chaque fin de semaine, vous racontera le poste de traite et s’enorgueillira de vous montrer ses toutes dernières fourrures. Si le temps le permet, vous pourrez chausser des raquettes et faire le tour du jardin avant d’engloutir une bonne soupe aux pois, vestige incontournable du Régime français.

Ludique et didactique

De retour à l’intérieur, prenez le temps de parcourir à souhait la salle de Nantes. Dans cette pièce entièrement recouverte de magnifiques boiseries d’acajou et agrémentée de lustres et de miroirs, votre esprit se plaira à vagabonder à travers les siècles pour s’imaginer un soir de bal parmi la foule d’invités. Vous voulez pousser plus loin l’expérience ? Des costumes vous attendent ! Si vous voulez immortaliser le tout, le personnel sur place pourra croquer votre minois en échange de quelques écus (modernes, toutefois !).

La journée est déjà bien avancée et vous manquez de temps pour visiter plus à fond les expositions permanentes ? Qu’à cela ne tienne, vous savez désormais que le Château Ramezay a les bras chargés d’histoires plus intéressantes les unes que les autres. Construit au XVIIIe siècle sous le Régime français, ce bâtiment demeure un des seuls témoins de l’époque accessibles aux visiteurs. La collection d’oeuvres d’art comporte à elle seule quelque 2000 dessins, estampes, tableaux et gravures illustrant des paysages et des portraits de personnages influents d’alors et la bibliothèque renferme 13 000 titres.

En attendant d’y remettre les pieds, vous pouvez repartir avec un livre de recettes du temps de la Nouvelle-France et quelques petites douceurs à vous mettre sous la dent avant votre prochaine fournée de pain. Cette année, le temps des fêtes n’aura jamais eu si bon goût !