Le Québec de l’architecture

Transparence du pavillon du Québec à l’Expo 67. Non daté (c. 1967). Série Office du film du Québec/Pavillon du Québec à l’Exposition universelle de Montréal.
Photo: © Source BAnQ, Fonds ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine Transparence du pavillon du Québec à l’Expo 67. Non daté (c. 1967). Série Office du film du Québec/Pavillon du Québec à l’Exposition universelle de Montréal.
La Révolution tranquille avait des idées de grandeur. Les jeunes architectes québécois aussi, notamment un certain Louis-Joseph Papineau et ses confrères étudiants de l’Université McGill. Les chantiers ont servi à la rencontre de leur vision de la modernité.
 

PGL ? Dans le Québec de l’architecture, ce sigle évoque la modernité pure et élégante. Celle de la firme Papineau, Gérin-Lajoie, Le Blanc, architectes, une des plus prestigieuses à avoir oeuvré à l’amorce de la Révolution tranquille, et jusqu’au tournant des années 1980.

Or, aussi paradoxal que ça puisse être, ses deux chefs-d’oeuvre sont, sinon passablement modifiés, en tout cas mal-aimés et en voie de disparition. Le pavillon du Québec pour l’Expo 67 a perdu son autonomie depuis qu’une passerelle en a fait une annexe du Casino, jadis pavillon de la France. Et l’aéroport de Mirabel… Vous en souvenez-vous ?

L’exposition Papineau Gérin-Lajoie Le Blanc. Une architecture du Québec moderne, 1958-1974, tout juste inaugurée au Centre de design de l’UQAM, permet de revoir, en neuf exemples, et pas uniquement les icônes perdues, une aventure faite de béton, d’acier et de verre.

La station de métro Peel ou le centre culturel de Vaudreuil représentent, à leur manière, les premiers coups de pelle d’une société qui se cherche une nouvelle identité. Ils sont un miroir, y compris du présent.

Que lit-on dans l’un des textes affichés au Centre de design ? « Le pavillon du Québec de 1967 représentait ce que le Québec voulait devenir, et sa transformation en casino, ce que le Québec est devenu. » Une dépendance de plus gros que soi, en quelque sorte.

« Le but est de raconter la genèse et les tergiversations des projets », dit Louis Martin, enseignant au Département d’histoire de l’art, qui a monté l’expo avec des collègues de l’École de design, Réjean Legault et Carlo Carbone. La genèse les intéressait, car, en cette période de tables rases, ils souhaitaient confronter les visions de modernité d’un corps de professionnels à celles de la société.

« On est devant une société qui veut se moderniser, qui a un discours sur la modernité et devant des architectes qui ont une culture particulière. On regarde comment ça s’arrimait. Dans certains cas, les architectes sont en avance sur leur client, dans d’autres, ils se retrouvent devant des projets pour lesquels ils n’ont pas de référent. Ils doivent inventer des solutions », résume Louis Martin.

PGL est considérée comme une des premières firmes québécoises fondées par des francophones. Louis-Joseph Papineau (le personnage historique au nom homonyme est son aïeul), Guy Gérin-Lajoie (membre d’une autre célèbre famille) et Michel Le Blanc n’ont pas été les seuls à confronter leurs lignes pures avec les politiques de l’époque. Mais ils ont été parmi les plus prolifiques.

Leurs bâtiments, nés de commandes publiques, sont non seulement nombreux et diversifiés, ils couvrent plusieurs domaines, de l’éducation au résidentiel en passant par le secteur des transports et de la culture. Un seul des projets exposés, pensé pour HEC, n’a pas été réalisé.

L’emblématique agence montréalaise prône la rupture avec une tradition forte en moulures. Épurées, basées sur des agencements géométriques, ses propositions puisent autant dans l’architecture moderniste chère à Le Corbusier que dans le style international propre à Mies van der Rohe. Ses deux premiers bâtiments en sont révélateurs.

L’école primaire Marie-Favery (1060-1966), dans le quartier Villeray, porte dans les entrailles de sa structure en béton des clés de l’architecture de Le Corbusier.

La Résidence des jeunes filles (1963-1965) sur le campus de l’Université de Montréal tire son inspiration auprès des écoles américaines où l’on innove en technologies de construction. La tour a été érigée, mais le chantier a subi des retards considérables tant les architectes et le constructeur ne s’entendaient pas sur les moyens.

Dans l’exposition, qui suit une logique chronologique, les esquisses et plans, tous exécutés à la main, ainsi que les photos et maquettes, célèbrent l’expertise de PGL. Cependant, le propos est autre : il s’agit de montrer ce qu’on ne voit pas, les essais et erreurs en amont du bâtiment final.

Le pavillon du Québec est ainsi passé par bien des versions. Certes, dès le début, il est ce cube de verre, seul sur plan d’eau, qui sera inauguré en 1967. Mais, à l’intérieur, plusieurs idées se sont succédé, faisant varier la taille de l’ensemble, la circulation des visiteurs, voire le plan initial, un complexe culturel.

Un travail de moine

Chaque projet est décrit par de nombreuses archives, numérisées pour les besoins de l’expo. Il est complété par la maquette d’un fragment de l’oeuvre, réalisée par les étudiants de Carlo Carbone. Car les maquettes originales sont introuvables, excepté celles des deux chefs-d’oeuvre de PGL, bien à l’honneur, au coeur de la salle d’exposition.

C’est un travail de moine qu’ont mené les commissaires. « On n’avait pas les dessins, ni la documentation, juste des choses publiées [dans les médias et revues spécialisées]. Il a fallu trouver les archives, déterrer des choses », confie Louis Martin. Or, ce ne fut pas toujours facile. Notamment à l’égard de l’aéroport de Mirabel, né dans la controverse d’expropriations sur un territoire aussi grand que l’île de Montréal.

« Transport Canada n’a pas beaucoup collaboré. Il a donné beaucoup de photos, mais pas d’accès aux plans. Le Centre canadien d’architecture possède aussi des archives, mais beaucoup, si on peut dire, demeurent cachées », commente le professeur Carbone.

Remuer le passé, visiblement, ne se fait jamais sans heurts. Mais Mirabel, note le chercheur universitaire, est souvent cité à l’étranger comme un modèle…