«Les vaillants» pour ouvrir le bal

Hommage sera rendu à la cinéaste Chantal Akerman
Photo: Giuseppe Cacace Agence France-Presse Hommage sera rendu à la cinéaste Chantal Akerman

C’est aujourd’hui que démarrent les 18es Rencontres internationales du documentaire de Montréal, en piste jusqu’au 22 novembre. Alors, les cinéphiles peuvent s’enfiler 144 films de 43 pays, dont un important volet québécois : une cinquantaine d’oeuvres d’ici. Les Rencontres se jouent en soirée sur fond de sessions musicales Beat Box au Quartier général du 3450, rue Saint-Urbain.

En ouverture, un beau film patient, lent, qui plonge au coeur d’un HLM du quartier Saint-Michel. Les vaillants de Pascal Sanchez fut filmé sur une période d’un an, assez pour les gens oublient la caméra et vivent sous nos yeux. Hors du misérabilisme qui colore habituellement le regard des documentaristes lorsqu’il est question de ce quartier multiethnique de l’est de Montréal, le cinéaste a rencontré des gens de toutes origines, souvent impliqués dans des projets communautaires. Tout y est à la fois précarité et solidarité. Le HLM et les rues des alentours forment un univers organique aux couleurs métissées d’aujourd’hui, avec des personnages colorés, des gaffes et des rires, des jeux d’enfants et des animateurs impliqués. Pas un jardin de roses, mais un réseau de l’ombre qui s’active pour remodeler l’avenir.

Hommage à Chantal Akerman

Les RIDM consacrent un volet à la défunte cinéaste belge Chantal Akerman, regrettée par tous. Et son dernier documentaire, No Home Movies, autant qu’un chant d’amour pour sa mère en perte de mémoire à la vie désormais rétrécie, montre l’amour parfois maladroit qui unit les deux femmes. Toutes deux sont hantées par le passé de la mère dans les camps de concentration nazis ; traumatisme transmis d’une génération à l’autre. Et la mort de la mère devient l’ultime blessure dont on ne revient pas.

La documentariste Marianne Lambert, attendue aux RIDM, accompagnera son film, portrait de la cinéaste qui a choisi la mort, dans le bien nommé I Don’t Belong Anywhere. Le cinéma de Chantal Akerman. Cette éternelle nomade entre New York, Tel-Aviv, Bruxelles et parfois le désert parle et évoque une carrière qu’elle n’a jamais perçue comme telle. Car faire son premier film La chambre en 1972, avec les sous gagnés comme caissière dans un cinéma porno homosexuel, c’est embrasser davantage une passion qu’un métier.

Des cinéastes, dont Martin Scorsese et Gus Van Sant, que le Jeanne Dielman d’Akerman a inspiré pour son Last Days, évoquent sa mémoire. C’est la mort perchée sur la cinéaste que l’on croit déceler à mesure que le film défile. Mais son rire et sa vivacité l’emportent.

«Le Devoir» a vu quelques autres films

Le bois dont les rêves sont faits de la Française Claire Simon ; celle qui a filmé tant de gares s’est penchée cette fois sur le bois de Vincennes, à Paris, comme on pénètre une forêt de conte de fées. À travers son regard à la fois réaliste et poétique, elle nous fait découvrir des univers inconciliables, qui cohabitent pourtant. Prostitués de tous les sexes, pêcheurs et chasseurs, garde-chasse avec leurs chiens, promeneurs du dimanche, amoureux, squatters, familles d’émigrés en pique-nique, réfugiés qui y trouvent un repère, témoignent à la caméra. Et dans ce monde parallèle, la liberté est soudain possible. Un vrai bijou !

Un amour d’été du Québécois Jean-François Lesage est d’abord porté par la beauté de ses images. On dirait parfois un spectacle d’ombres chinoises dans un bois où les silhouettes noires d’arbres et d’humains se découpent sous une lumière verte. Ce magnifique documentaire a pour cadre le mont Royal, durant la belle saison, alors que les amoureux s’ébattent. D’autres jeunes évoquent leurs amours réussies ou ratées, entre deux joints et une bière, alors que chacun s’en mêle. Tout ça constitue un poème qu’on entend sous les ramures au son d’une musique formidable.

Ondes et silence de David Bryant et Karl Lemieux, du groupe Godspeed You ! Black Emperor, aborde sur des images et des sons apparemment tirés d’un univers spectral ondulatoire et parfois déchiré un syndrome méconnu : celui des gens qui souffrent d’hypersensibilité électromagnétique. On suit deux femmes en souffrance dans notre monde branché, où les circuits magnétiques pour téléphones portables, entre autres, sont des coups de couteau pour ceux à qui les ondes déchirent les nerfs, et qui fuient la modernité. En Virginie occidentale, autour de l’Observatoire de Green Bank, existe une zone nationale de silence radio, où se réfugient les damnés de la vibration. Tout ça à travers un traitement hallucinatoire impressionnant.



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