L’homme qui a donné La Nouvelle-Orléans à la musique moderne

Le pianiste Allen Toussaint en 2009 lors d’un festival de jazz
Photo: Rafa Rivas Agence France-Presse Le pianiste Allen Toussaint en 2009 lors d’un festival de jazz

Véritable légende de La Nouvelle-Orléans, le pianiste américain Allen Toussaint est mort lundi à 77 ans. Il venait d’achever un concert au Teatro Lara de Madrid, en Espagne, et était en route pour son hôtel lorsqu’il a subi une attaque cardiaque. Transporté à l’hôpital, il s’est éteint dans la nuit.

Sorte de dictionnaire des musiques d’Amérique à lui seul, Toussaint s’est produit au Festival international de jazz de Montréal en 2006 et en 2010. Cette année-là, il avait présenté trois spectacles différents : en solo avec son répertoire populaire ; avec le groupe de son célébré projet Bright Mississippi ; puis en spectacle extérieur dans le cadre d’une soirée Mardi gras.

Né le 14 janvier 1938 et élevé dans un foyer modeste, Allen Toussaint a fréquenté très jeune nombre de musiciens de renom de La Nouvelle-Orléans. Il a appris seul à jouer du piano, principalement en reprenant des airs qu’il entendait à la radio.

Son style sera très inspiré de celui d’un célèbre musicien local, Roy Byrd, plus connu sous le nom de Professor Longhair, champion du rythme et de la fluidité.

Compositeur de talent

 

Pianiste doué, Allen Toussaint se révélera également être un compositeur et un producteur de talent, qui contribuera à faire de La Nouvelle-Orléans une place forte du rythm’n’blues.

« Il a amené le son de La Nouvelle-Orléans sur la scène nationale », dit la biographie que lui consacre le Rock and Roll Hall of Fame, le panthéon du rock, dont il est devenu membre en 1998.

Allen Toussaint a collaboré avec une longue liste d’artistes mondialement connus, attirés par son sens de la mélodie et un son estampillé de La Nouvelle-Orléans.

Pain in my Heart d’Otis Redding, Fortune Teller des Rolling Stones et Working in the Coal Mine de Lee Dorsey ont tous été directement écrits par Allen Toussaint ou inspirés par lui.

En tant que producteur, il a également travaillé avec la chanteuse américaine Patti LaBelle, notamment sur le titre dansant Lady Marmelade.

 

« On se souvient souvent des choses du fait de leur simplicité. Je n’ai jamais eu de problème à trouver cette simplicité, parce que je ne m’en éloigne jamais », avait-il expliqué à la chaîne locale de La Nouvelle-Orléans WGNO lors d’un entretien.

Des chansons sur lesquelles il a collaboré ont été finalistes plusieurs dizaines de fois aux Grammy Awards, les trophées américains de la musique, mais lui n’a jamais été couronné. Il est également apparu dans des épisodes de la série Treme de HBO, jouant son propre rôle.

Distinction nationale

 

En 2013, le président américain Barack Obama lui a remis la National Medal of the Arts, plus haute distinction nationale pour un artiste, et lui a rendu publiquement hommage.

« Quand sa ville a été dévastée par [l’ouragan] Katrina [en 2005] et qu’il a été contraint de l’évacuer, Allen a fait quelque chose d’important pour sa ville : il y est retourné », avait salué le président américain lors d’un discours.

Après quelques années à New York, où il avait pris goût à la scène et se produisait régulièrement au Joe’s Pub, une petite salle de Greenwich Village, Allen Toussaint est, en effet, revenu à La Nouvelle-Orléans.

« Et depuis, il consacre son talent musical à élever et rebâtir une ville », avait dit Barack Obama.

« Je dois vivre à La Nouvelle-Orléans, je le dois, disait Allen Toussaint à la chaîne WGNO. Elle me nourrit de toutes les manières possibles, mes yeux, mon âme, mes narines, tout. L’inspiration musicale est partout. »

Avec Le Devoir