Rapprocher l’art et le public

Alice Mariette Collaboration spéciale
Lors du Symposium du Musée d’art contemporain de Baie-Saint-Paul, le public est invité à déambuler dans tout l’espace et à participer au processus de création.
Photo: René Bouchard Lors du Symposium du Musée d’art contemporain de Baie-Saint-Paul, le public est invité à déambuler dans tout l’espace et à participer au processus de création.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Rapprocher l’art et le public. Rendre la création accessible, la mettre en relation directe avec les visiteurs. Ce sont des missions du Musée d’art contemporain de Baie-Saint-Paul (MACBSP), qui offre chaque été une rencontre entre artistes et spectateurs lors de son Symposium international. Son exposition permanente, Zone de libres échanges, raconte les différentes histoires de cet événement annuel, où douze artistes oeuvrent en direct dans l’aréna municipal. De véritables ateliers vivants, au cours desquels le public fait partie intégrante de la création.

Depuis trente-trois ans, le seul musée d’art contemporain de l’est du Québec veut changer l’expérience muséale de ses visiteurs. En proposant une rencontre entre l’artiste et le public lors de son Symposium, le MACBSP modifie le rapport à l’art. « Ce n’est pas une exposition, c’est un lieu de création », indique Jacques Saint-Gelais Tremblay, directeur général du musée. Depuis 1982, cet événement est devenu l’une des forces de Baie-Saint-Paul, un rendez-vous pour les habitués et un premier pas vers l’art moderne pour les néophytes. Une rencontre inusitée, unique en son genre, qui veut faire disparaître les frontières avec le monde artistique.

Le public est invité à déambuler dans tout l’espace et à participer au processus de création. La relation est bilatérale : si la population découvre les artistes, les artistes découvrent eux aussi la population et, pour plusieurs, la réaction des gens modifie le résultat final. Le Symposium se renouvelle, innove constamment, cherche toujours à se redéfinir, change de thème. Chaque année, douze nouveaux artistes, sélectionnés par un comité de professionnels, habitent pendant un mois l’aréna municipal pour peindre, sculpter, photographier ou encore filmer devant et avec les visiteurs.

Zone de libres échanges

Pour poursuivre le partage, mais aussi la réflexion, l’exposition permanente Zone de libres échanges offre tout au long de l’année une immersion dans l’aréna de Baie-Saint-Paul au moment du Symposium. Une exposition interactive, à la fois historique et artistique. On retrouve dans la salle la plus basse du musée un mélange de technologies, permettant de traduire l’ambiance et le caractère particulier de la rencontre annuelle. « On a pensé cette zone avec des technologies de pointe. Comme le Symposium n’est pas qu’une simple exposition, il fallait que cette exposition permanente n’en soit pas une non plus », témoigne Martin Labrie, commissaire de l’exposition. Il explique par ailleurs que le mot « zone » a été choisi parce qu’il s’agit davantage d’un lieu de partage qu’une exposition au sens classique du terme. Pas de protocole, mais des couleurs vives et de la musique en fond sonore. Tout l’endroit est pensé pour que la visite ne soit pas conventionnelle, avec une mise en scène ludique et interactive. Chaque année, la zone est repensée, notamment pour intégrer les nouvelles oeuvres.

« Puisque le Symposium, c’est des artistes qui réalisent leurs oeuvres devant le public, dans la Zone de libres échanges, il est important de mettre en valeur leur processus de création », explique M. Labrie. La projection immersive, sur trois murs, presque une salle entière, plonge immédiatement dans l’ambiance et rappelle l’effervescence de l’événement. En une vingtaine de minutes, les images permettent de comprendre comment les artistes créent en direct. La contemplation du résultat final ne vient qu’en deuxième lieu. « Plutôt que de simplement consulter des photos d’archive, le but est vraiment de réaliser comment l’oeuvre est en train de se faire », commente M. Labrie.

L’échange possible lors du Symposium se traduit dans le musée par une borne interactive, qui permet de consulter les centaines d’oeuvres créées en trois décennies et de découvrir tous les artistes. Ces bornes permettent au visiteur de ne pas être passif et de sélectionner l’information qu’il veut recevoir pour qu’il devienne acteur de son expérience. Quelques oeuvres originales sont aussi offertes au public, accompagnées de documents d’archives de la collection du musée, de photographies et d’une carte du monde répertoriant les artistes passés au Symposium. « On s’attend aussi à ce que les visiteurs parlent entre eux », dit M. Labrie. Comme lors du Symposium, la discussion est privilégiée, voire provoquée.

Accompagner le public

Lors des Symposiums, des médiateurs guident le public. « L’idée de la médiation est de ne pas se substituer à la rencontre, mais de la préparer », précise le directeur du musée. Pour lui, les néophytes comme les habitués ont besoin d’un accompagnement et d’explications. Les premiers pour bien comprendre ce qu’est l’art moderne et les seconds pour avoir davantage d’informations sur la démarche créative de l’artiste.

Dans la Zone de libres échanges, les médiateurs ont été remplacés par des textes et de la vidéo, les protagonistes des vidéoclips diffusés semblent parler directement aux visiteurs. « L’exposition est faite avec plusieurs degrés d’informations pour que tous les visiteurs la trouvent intéressante », estime le commissaire de l’exposition. De nombreuses pistes de lecture sont offertes, pour plaire aux amateurs d’art, aux novices et même aux enfants.

Que ce soit lors du Symposium ou dans la Zone de libres échanges, la démocratisation de l’art contemporain est au coeur même du projet. Dès le début, la fondatrice du MACBSP, Françoise Labbé, souhaitait faire de son établissement un ambassadeur de l’art contemporain. Accessible, ouvert à tous. Le mélange entre artistes connus (Andy Warhol, Marc Séguin, Riopelle) et artistes émergents offre un florilège de l’art contemporain.

Une exposition permanente dure généralement cinq ans, la Zone de libres échanges accessible depuis 2011 devrait donc être remplacée l’année prochaine. Toutefois, M. Labrie précise qu’elle sera prolongée d’au moins une année supplémentaire et que le musée cherche actuellement d’autres solutions. Par la suite, l’exposition pourrait être itinérante, sur le Web, ou encore dans une autre salle en cas d’agrandissement du MACBSP.