Du forum du savoir au lieu de rencontre

Laurie Vanhoorne Collaboration spéciale
Le Musée national des beaux-arts du Québec accueillera l’événement Museomix, auquel le Musée de la civilisation de Québec a été le premier établissement nord-américain à participer, en 2013.
Photo: MNBAQ Le Musée national des beaux-arts du Québec accueillera l’événement Museomix, auquel le Musée de la civilisation de Québec a été le premier établissement nord-américain à participer, en 2013.

Ce texte fait partie du cahier spécial Musées

Si la question de l’expérience du visiteur n’est pas nouvelle, elle ne trouvait cependant pas, jusqu’à tout récemment, d’application concrète. Elle était au coeur du dernier colloque de la Société des musées du Québec, qui se tenait à Lévis du 28 septembre au 1er octobre. Anne Eschapasse, directrice des expositions et de la médiation au Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ), y comptait parmi les panélistes d’une table ronde consacrée à l’attractivité des institutions muséales, aux défis qui les attendent et aux tendances qui se dessinent en la matière.
 

« On oublie souvent la fatigue muséale, remarque Mme Eschapasse. Il s’agit de l’épuisement que l’on ressent, souvent au bout de deux heures, quand on se promène dans un musée. On n’a alors pas la capacité d’en absorber plus. » Plusieurs moyens très simples permettent cependant de contourner ce phénomène comportemental : la présence de lumière naturelle, de toilettes accessibles, mais aussi l’aménagement d’espaces pour prendre un café, qui permettent de reprendre des forces… pour mieux repartir à la découverte d’oeuvres d’art. « La principale critique que l’on reçoit, c’est que les cartels — les textes didactiques qui accompagnent les oeuvres — sont trop petits. On est donc beaucoup plus vigilants avec cette composante des expositions. On s’assure que les caractères soient assez larges. »

Pour un musée qui se distingue par son offre destinée à la famille et en particulier aux tout-petits, les stratégies en matière d’expérience du visiteur ne s’arrêtent pas là. L’exposition Derrière la porte, qui sera gratuite et ouverte au public du 3 décembre au 31 janvier prochains, incarne le souhait du MNBAQ de faire vivre à sa clientèle des expériences immersives, sensorielles. « Derrière la porte est inspirée de la tapisserie d’Alfred Pellan Chambre d’enfant, explique Marie-Hélène Audet, responsable des ateliers pour le grand public du musée de Québec. En entrant, il y aura un passage obligé par lequel les familles devront passer et où elles pourront admirer l’oeuvre en question. Le public pourra franchir des petites portes qui rappellent l’univers d’Alice au pays des merveilles et découvrir celui de Pellan en manipulant des objets, en touchant toutes sortes de textures — peluches, plumes —, en dessinant et même en faisant le tour de l’exposition en tricycle ! »

Le MNBAQ réfléchit par ailleurs en ce moment à la possibilité de se doter d’une charte des droits des visiteurs, qui consoliderait l’une de ses cibles principales qu’est l’expérience du public. Celle-ci établirait de façon officielle les objectifs qui guident ses activités, notamment le souci du confort, d’une orientation plus précise et le respect du public, qui doit se sentir écouté. De telles chartes existent déjà dans certains musées américains.

« Avant, on était plus centrés sur les collections ; aujourd’hui, on se concentre sur le lieu. On essaie d’avoir une offre qui répond aux attentes du public, précise Anne Eschapasse. Le monde des musées peut être assez tendu et complexe, mais les musées restent remarquables, car ils sont des lieux de ressourcement, de rassemblement, souvent dans des cadres magnifiques ; des lieux de plus en plus recherchés pour vivre une expérience collective, plus multipolaires que ce qu’ils étaient auparavant. » Le musée s’efforce également de pallier l’appauvrissement des programmes scolaires dans l’enseignement des arts plastiques. « On sait à quel point l’art est une source de stimulation de l’imagination, d’ouverture sur le monde. »

L’apport du numérique

Et quelle est la place du numérique, en 2015, dans un musée qui souhaite maximiser l’expérience de ses visiteurs ? « On pense que le numérique est un atout, mais on ne le privilégie pas au détriment d’autres moyens de communication, indique Mme Eschapasse. Nous avons un comité numérique qui réfléchit au type d’actions que l’on peut poser, mais ce n’est pas au coeur de notre développement. »

De février à mai 2015, le musée présentait une exposition des photos prises par Lida Moser au Québec en 1950. À cette occasion, des iPad mini se sont faufilés entre les murs du musée et ont permis au public de jeter un oeil aux clichés qui n’avaient pas pu être développés.

Mais pour le MNBAQ, c’est surtout dans le cadre de la prévisite et de la postvisite que les outils numériques s’avèrent intéressants, notamment à travers des applications, des microsites consacrés aux expositions et les réseaux sociaux, sur lesquels il publie parfois des capsules vidéo dans lesquelles un conservateur et une personne du grand public discutent à propos d’une pièce d’une collection en salle. « Ça doit rester des outils et non une fin en soi, insiste Marie-Hélène Raymond, édimestre et gestionnaire de communauté de l’institution. Ce qu’on présente, ce sont d’abord des oeuvres d’art. »

Museomix

Le MNBAQ accordera une place de choix aux technologies numériques du 6 au 8 novembre, alors qu’il accueillera pour la première fois Museomix, sorte de laboratoire vivant qui se déroule simultanément dans plusieurs musées du monde et dont les participants développeront des prototypes d’outils de médiation, de réalité augmentée. Le dimanche midi, le public sera invité à les tester.

Autre nouveauté imminente, l’inauguration au printemps prochain d’un nouveau pavillon, qui permettra de presque doubler la surface actuelle du MNBAQ et dont la conception s’inscrit dans la volonté du musée d’améliorer l’expérience de ses visiteurs.

La famille sera le pilier de ce nouveau complexe et demeure au coeur du développement du musée, qui reste à l’affût des tendances et poursuit le dialogue avec le public et la communauté muséale, précise Anne Eschapasse. « Les musées se sont décloisonnés et sont plus à l’affût de leur sens du service. Ils sont devenus moins un temple du savoir qu’un forum de rencontre, de socialisation. On doit en multiplier les portes d’entrée, les connecter à la communauté, qu’elle soit scolaire, familiale ou encore senior. »

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