Le monument Chartrand

Au cœur du parc Michel-Chartrand, à Longueuil, vient de débuter la dernière phase des travaux d’érection d’un monument du sculpteur Armand Vaillancourt, consacré au syndicaliste.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Au cœur du parc Michel-Chartrand, à Longueuil, vient de débuter la dernière phase des travaux d’érection d’un monument du sculpteur Armand Vaillancourt, consacré au syndicaliste.

La parole tout en saillies du syndicaliste Michel Chartrand a résonné chez des générations de Québécois. Au coeur du grand parc qui porte désormais son nom à Longueuil vient de débuter la dernière phase des travaux d’érection d’un énorme monument commémoratif qui lui est consacré. Il consiste en vingt immenses plaques d’acier de 24 tonnes chacune, des brames plantés à la verticale dans un socle de béton armé de 72 000 kilos d’acier d’armature. « Je suis bon dans l’immensité », glisse le sculpteur Armand Vaillancourt en rappelant ses origines modestes à Black Lake.

Le coût de cette oeuvre de Vaillancourt est estimé à 1,3 million de dollars. Des entreprises syndiquées, des institutions financières, des entreprises locales et des dons personnels ont permis de financer le projet intitulé Hommage à Michel Chartrand et à la force ouvrière. Pour sa part, l’artiste de 86 ans affirme avoir hypothéqué sa maison pour la réalisation de l’oeuvre monumentale. « Je devais 18 000 $, là je dois 600 000 , explique Armand Vaillancourt, cheveux blancs au vent.

Autant d’argent pour honorer un homme modeste qui réclamait entre autres choses pour sa société un revenu minimum garanti et de l’aide aux plus démunis, n’est-ce pas exagéré ? Qu’en aurait pensé Chartrand lui-même, du temps où il était encore un monument vivant ? Michel Rioux, ami de Chartrand et membre du comité de financement de l’oeuvre, est sans appel : « Il y a assez de crosseurs et de pharaons de passage qui se sont élevé des temples pour qu’on se donne la peine d’en élever un à quelqu’un qui en vaut la peine. Je crois que si on lui avait dit ça, il aurait dit "OK, les gars…”»

Dans un portrait de Michel Chartrand rédigé en 1968, l’écrivain Pierre Vadeboncoeur écrivait que le célèbre syndicaliste avait « passé sa vie à dénoncer la comédie humaine ». Il ajoutait que Chartrand « a toujours vécu en marge de la société officielle, en marge de la classe dominante et en état de contradiction avec elle », ce qui le faisait appartenir « à une filiation d’hommes fort peu nombreux : ceux qui tentent, toute leur vie, de poursuivre une expérience de véracité ».

Typographe et imprimeur, militant anticonscriptionniste en 1942, organisateur du Bloc populaire canadien dans les années 1940, cet orateur redoutable et coloré se passionne pour le syndicalisme dont il devient une figure exemplaire, notamment dans des rôles de direction à la CSN.

Né en 1916, Michel Chartrand a participé à toutes les grandes manifestations ouvrières de la deuxième moitié du XXe siècle québécois, tout en veillant toujours à les situer dans le cadre des luttes ouvrières internationales. Il militera en faveur de la justice sociale jusqu’à la fin de sa vie. Michel Chartrand est décédé le 12 avril 2010. Armand Vaillancourt a travaillé quatre ans à la réalisation de ce projet qui devrait être terminé avant l’hiver.

«Hommage à Michel Chartrand et à la Force ouvrière», dont on voit ici une modélisation, sera une œuvre immense, pour ne pas dire colossale, avec ses 20 brames d’acier de 10 m de hauteur, de 10 cm de large par 20 cm.
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C’est le poids total, en tonnes, de cette œuvre qui a nécessité la construction d’une base dans laquelle ont été coulés 650 mètres cubes de béton après l’installation de 160 000 livres d’acier d’armature et d’ancrages.


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