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Vitrine du disque - Bon signe, le premier disque reçu en 2004 est à chérir

Non seulement ont-ils le chic, à La Tribu, pour dénicher de belles bibittes à poil — Urbain Desbois, Les Cowboys Fringants, Jérôme Minière, Michel Faubert — qui se distinguent avantageusement de l'engeance habituelle des chanteurs de palmarès, mais ils ont en plus le culot fichtrement culotté en ces temps si durs pour les compagnies de disques de soutenir leurs artistes le temps qu'il faut, au moins le temps nécessaire à un pas-vite dans mon genre pour ouvrir l'oreille, et la bonne.

Voilà donc qu'un an après Lightweight Romeo, premier album du zig pas encore déballé dans ma discothèque (honte!), je découvre à l'occasion d'un deuxième album le dénommé Paul Cargnello, Anglo de chez nous, 23 ans, des rouflaquettes et un chapeau, ancien du groupe The Vendettas, auteur-compositeur-interprète de qualité supérieure (et bilingue quand ça lui prend), orchestre à lui tout seul, du genre qui ne ressemble à personne sinon à feu Joe Strummer des Clash dans l'attitude (je ne dis pas ça au hasard: il a une chanson intitulée Strummer qui fait l'éloge de l'attitude rockabilly-punk du regretté Joe). Tel Joe, Cargnello est du genre qu'on aime d'emblée quand on aime l'approche directe et les ambiances vivantes. Moi, j'ai accroché au premier strumming de sèche de No Time For Love, premier des 15 titres de Between Evils, tellement c'est vigoureusement envoyé. Les Britanniques ont un mot pour décrire ce type d'approche: busker. Cargnello joue comme les buskers, ces types dans le métro qui grattent très fort leur guitare pour se faire entendre au-dessus du ramdam des rames, avec un peu d'agressivité dans le ton parce que c'est un peu lassant, à la fin, de s'échiner et de s'époumoner dans la cohue.

Ce n'est pas pour autant de la musique énervante: c'est senti, sans artifices, immédiat, voilà tout. Entre chansons d'amour (The Ballad Of Paul & Jessie) et témoignages de la rue («We're past the despair / Au coin de Saint-Laurent», chante-t-il dans L'Amour perdu), tantôt punk tantôt pop, gratté en reggae ou en blues et parfois même en folk (Some Things Hold True), on fait tout simplement connaissance avec un gaillard de chair et d'os, instantanément attachant. Et on dit merci à La Tribu de ne pas avoir lâché le morceau. Je crois que je vais aller déballer Lightweight Romeo.

Sylvain Cormier

L'HYMNE À LA MÔME

Artistes divers

Capitol (EMI)

Au tour de la Môme. Après tout un tas d'albums célébrant le répertoire des Brel, Ferré, Brassens et autres Gainsbourg, c'est encore la Môme qui s'y colle, anniversaire mortuaire oblige (ç'a paru l'an dernier en France, quarante ans après... ). La valeur de cet hommage-là se calcule comme pour les autres: au pourcentage. Et le nombre de grosses pointures de la chanson réunies pour l'occasion n'est en rien proportionnel au nombre d'interprétations réussies. Ici, sur dix-huit reprises tentées, j'en compte onze bonnes. Tout juste la note de passage: cela va de l'exceptionnel (Isabelle Boulay, franchement bouleversante de retenue et de justesse dans Les Mots d'amour) à l'exécrable (l'asperge Laeticia Casta s'accrochant les pieds dans son filet de voix et piétinant La Foule: n'est pas Carla Bruni qui veut). Entre les deux, retenons un Bashung au tact absolu dans Les Amants d'un jour, un Stephan Eicher tout à fait crédible dans La Goualante du pauvre Jean, un Enrico Macias classique mais de fort bon goût dans Sous le ciel de Paris, une Axelle Red intimiste jusqu'au recueillement dans Mon Dieu, et oublions vite les ratages plus ou moins complets que sont J't'ai dans la peau, niaisement chuchoté par Jean-Louis Aubert, Johnny, tu n'es pas un ange, enseveli par une Maurane sans mesure, et L'Homme à la moto, malmené par un Florent Pagny encore plus mauvais Johnny que d'habitude. Et passons à Aznavour le caprice du duo «virtuel» avec sa marraine d'outre-tombe: Il y avait, après tout, est une chanson à Pierre Roche et à lui. Il avait le droit. On a celui de passer outre.

S. C.

***

Classique

En quinze ans de métier, je n'ai jamais vu cela! Deutsche Grammophon Canada nous a réservé un début d'année incroyable: cinq parutions du calibre «top priorité», qui auraient fait le bonheur des mélomanes étalées sur cinq mois, sortant le même jour (mardi 13 janvier)! Ou bien l'année 2004 du label jaune sera délirante, ou bien cette décision de brûler toutes les cartouches la première semaine est un peu légère...

Voilà donc le premier disque d'Hélène Grimaud chez DG. Il s'appelle Credo et comprend des oeuvres de Corigliano, Beethoven (sonate La Tempête, Fantaisie chorale) et Pärt. Pour la première fois depuis des années, Hélène Grimaud n'est pas portraitée par son conjoint et la photographe Sarah Moon (jalouse?) la fait ressembler à un mort-vivant sorti d'un film de série Z. Le concept est de faire juxtaposer deux oeuvres pour piano, choeur et orchestre, de Beethoven et de Pärt. C'est un grand honneur fait à Pärt, malgré une saisissante entrée du piano et une fin impressionnante. Pour le reste, Hélène Grimaud n'a pas manqué son entrée au catalogue: la Sonate n° 17 de Beethoven est tenue fermement avec une vraie houle dans le finale, la Fantaisie chorale est abordée de manière jubilante, très claire et rayonnante, mais sans la passion de Kissin-Abbado (DG aussi). Un très beau disque (référence 4717692), mais pas aussi enivrant qu'espéré.

Autre pianiste, le très exigeant Krystian Zimerman a enfin donné l'autorisation à DG de publier le couplage des Concertos nos 1 et 2 de Rachmaninov (4596432) enregistrés en 1997 et en 2000. On sait que Zimerman est un «pinailleur», mais on ne peut deviner sur quoi il a ergoté cette fois-ci, tant ses prestations sont pianistiquement hors normes (quel délié! quelle force!). J'ai beaucoup aimé le 1er Concerto, emporté par une sorte de houle. Par contre, le 2e, même s'il est parfaitement incarné dans cet esprit, m'a semblé trop «romantique exacerbé». C'est une oeuvre qui, à lire la partition, est beaucoup plus «droite» qu'on ne la joue habituellement. À cet égard, je préfère la seconde version d'Hélène Grimaud (Teldec), le modèle absolu étant à mon sens Zoltan Kocsis (Philips). À noter ici, les trois dernières minutes proprement extraordinaires et une balance sonore bien trop favorable au piano.

La livraison comprend également le nouveau récital d'Anne Sofie von Otter, Watercolours (4747002). Il s'agit en quelque sorte de la continuation, avec des compositeurs de générations ultérieures, du formidable programme Wings in the Night paru il y a quelques années. Ce dernier reste prioritaire, car un peu plus immédiatement abordable que celui-ci, facile d'accès cependant. Outre Hugo Alfvén et Ture Rangström, on aura plaisir à découvrir le tendre intimisme de Gösta Nystroem, la facilité mélodique de Lars-Erik Larsson, les douces modulations de Gustav Nordqvist ou la noblesse de sentiment de Gunnar de Frumerie. Ces partitions trouvent évidemment en Anne Sofie von Otter et Bengt Forsberg leurs avocats rêvés et aucun des plafonnements de la voix, perceptibles çà et là dans l'opéra ces derniers temps, n'est patent ici. Si vous avez déjà Wings in the Night, continuez la découverte, absolument.

Je suis moins admiratif à l'égard du très généreux couplage du Concerto pour violoncelle de Dvorák et de Don Quichotte de Strauss par Misha Maïsky et Zubin Mehta en concert à Berlin (4747802). Certes, l'aspect «deux en un» est économiquement attirant, mais le Dvorák manque un peu d'élan, avec un finale très en retrait, alors que le Strauss, avec des nuances très fines, se défend assez bien dans une optique esthétisante. Je préfère le premier enregistrement du Concerto de Dvorák de Maïsky, avec Bernstein, partial certes (très «coeur sur la main»), mais plus abouti.

«Last but not least», le nec plus ultra, le nectar absolu: le couplage du Quatuor op. 25 de Brahms et des Fantasiestücke opus 88 de Schumann, par Argerich, Kremer, Bashmet et Maisky (4637002). J'étais à Verbier, en Suisse, le jour de 2001 qui a vu, en concert, la rencontre détonante, historique de ces quatre artistes dans le Quatuor op. 25 de Brahms. Je n'étais pas le seul à tituber en sortant du concert. Je ne suis donc pas le mieux placé (ah, les oreilles du coeur!) pour juger ce disque «objectivement». L'enregistrement de studio réalisé sept mois plus tard à Berlin ne me paraît pas aussi follement exalté que le concert, mais il surpasse tout de même ce qui s'est fait au disque dans ce domaine. Je suis sûr que vous vous repasserez le Rondo alla Zingarese du quatuor

en boucle... Achat prioritaire évidemment.

Christophe Huss
1 commentaire
  • Marc Paquet - Inscrit 21 janvier 2004 19 h 08

    Wow ... vivement à l'écoute de Paul Cargnello

    Eh bien , juste a lire le texte de Sylvain Cormier au sujet de ce nouveau gaillard, ca donne le goût absolu d'aller au magasin de disques le plus près ........ Et j'y cours dailleurs ........