Médias - Nouvelles fictions, Star Académie et la radio en ébullition

Cela commence dans un mois, le 15 février. On frémit déjà. En 2003, ce fut l'événement télévisuel et promotionnel de l'année. TVA espère faire aussi bien, sinon mieux. Cela s'appellera Star Académie 2004.

On peut s'inquiéter pour la couronne de Wilfred Le Bouthillier. Mais on peut surtout se demander comment survivre à cet indécent délire autopromotionnel dans toutes les composantes de Quebecor, où le moindre éternuement des participants fera la manchette.

Le retour de Star Académie sera accompagné à la mi-février de Facteur de risque à TVA, l'adaptation québécoise du Fear Factor américain, où des participants doivent surmonter plusieurs épreuves dont, à l'occasion, la dégustation de vers grouillants. C'est nettement moins appétissant que À la di Stasio.

Ces deux titres illustrent le dilemme actuel de la télévision québécoise, qui s'accroche à la télé-réalité alors que le financement des émissions continue à inquiéter les diffuseurs.

Pour sa part, Radio-Canada fait un effort exceptionnel pour renouveler ses émissions dramatiques, avec le lancement d'un nouveau téléroman (Le Bleu du ciel de Victor-Lévy Beaulieu), de deux séries fortes qui font jaser (Grande Ourse et Les Bougon) et plus tard en mars de Smash, minisérie de cinq épisodes de et avec Daniel Lemire, réalisée par Ricardo Trogi, et Samuel et la mer, minisérie en quatre épisodes entièrement tournée en Acadie.

La télévision publique tente donc d'explorer de nouvelles avenues en matière de dramatiques cet hiver pour relancer à la fois son écoute et sa réputation, alors que TVA, qui terminera aussi la diffusion de Fortier, mise de plus en plus sur la télé-réalité. Tout cela dans un contexte où il manque toujours 37 millions au Fonds canadien de télévision pour financer de nouveaux projets. Les diffuseurs ont donc mis sur la glace plusieurs projets de série, et Radio-Canada doit aussi composer avec un manque à gagner de plusieurs millions qui commence à peser lourd sur les budgets des émissions d'information, semble-t-il.

Radio : le vent est fort

Mais s'il est un secteur à suivre pendant la saison hiver-printemps 2004, c'est sûrement celui de la radio, où ça brasse fort. Il faudra voir si la Première chaîne de Radio-Canada continuera sa progression cet hiver et quelle forme prendra la remise en question amorcée cette semaine de la Chaîne culturelle de Radio-Canada.

Mais c'est vraiment la vente de CKAC et de Radiomédia par Astral qui fera l'événement, puisqu'elle sera étudiée lors d'une grande audience du CRTC qui se tiendra à Québec le 16 février. Souhaitant relancer l'ensemble du réseau AM autour de l'information, les deux acheteurs, Sylvain Chamberland et Gaétan Morin, sont maintenant confrontés au lancement imprévu, il y a trois semaines, d'une nouvelle station d'information sur la bande FM, l'ancienne station COOL propriété de Corus, qui a «débauché» Paul Arcand.

Pendant que Corus passe donc à l'attaque à Montréal avec ce clone FM de CKAC, Cogeco continue à étendre son réseau Rythme FM à la grandeur du Québec, avec l'ouverture dans les prochains mois de deux nouvelles stations à Trois-Rivières et à Sherbrooke.

Pour sa part, l'entreprise RadioNord (qui connaît par ailleurs toujours un douloureux conflit de travail avec ses employés), lancera ce printemps à Montréal, en collaboration avec Spectra, une station entièrement consacrée au jazz.

Pas d'enjeux politiques

On aimerait pouvoir ajouter un dernier élément à surveiller, celui des débats politiques sur les médias au pays. Mais ce dossier se distingue actuellement par un silence assourdissant.

L'été dernier, le comité du Patrimoine de la Chambre des communes avait pourtant rendu public un rapport très substantiel qui abordait tous les aspects de la téléradiodiffusion au pays. On y proposait, parmi des dizaines de recommandations, une refonte du CRTC, un financement plus stable pour le Fonds canadien de télévision, un financement pluriannuel stable pour Radio-Canada et la publication par le gouvernement d'un «énoncé de politique clair et sans équivoque concernant la propriété croisée» des médias.

Le passage du gouvernement Chrétien au gouvernement Martin semble avoir sérieusement ralenti toute la réflexion autour de ce document, et il faudra bien que la nouvelle ministre du

Patrimoine commence à annoncer ses couleurs dans les prochains mois.

Quant au gouvernement québécois, ses intentions semblent perdues dans la brume. Le précédent gouvernement péquiste avait amorcé une timide réflexion sur la concentration de la presse et l'aide aux médias indépendants, dans la foulée d'un rapport remis par le Comité Saint-Jean, mais le gouvernement Charest n'a pas encore manifesté d'intérêt particulier envers le sort des médias.