Exposition - Tout, tout, tout sur le cirque

La Cité des arts du cirque est maintenant dépositaire du Fonds Jacob-William, une importante collection d'oeuvres et de documents sur l'histoire des arts du cirque. La collection européenne sera mise en valeur dans le Chapiteau des arts actuellement en construction sur le site de la cité, dans le quartier Saint-Michel, à Montréal.

«Notre organisme vient de se munir et de doter le pays d'une collection unique au monde», dit Charles-Mathieu Brunelle, vice-président exécutif et directeur général de Tohu. La Cité des arts du cirque a ainsi été officiellement rebaptisée depuis quelques mois, ce nom inspiré de «tohu-bohu» étant censé évoquer «le bouillonnement des idées et des gestes», le désordre précurseur du renouveau. «Nous souhaitons d'ailleurs faire circuler beaucoup le Fonds Jacob-William afin qu'un maximum de gens en profitent», ajoute le directeur.

Dès 2004-05, la Cité des arts du cirque prévoit présenter pas moins de cinq expositions basées sur cette collection dans le lieu spécialement prévu à cet effet. Au total, la salle d'exposition de 250 mètres carrés, en construction au sein du futur quartier général de Tohu, recevra une dizaine d'expos chaque année. «Nous n'avons pas acheté cette collection, qui vaut plusieurs millions de dollars, précise M. Brunelle. Elle appartient toujours à MM. Jacob et William.»

Ce fonds a été constitué au cours des deux dernières décennies par Christian William et Pascal Jabob, deux collectionneurs européens passionnés de cirque. La collection compte maintenant 12 500 images et documents. Il s'agit du plus important fonds privé «cirque» au monde. On y retrouve aussi des oeuvres de quelques domaines connexes, comme les saltimbanques, les exhibitions foraines, les scènes de foire et de tréteaux, les phénomènes rares et les curiosités zoologiques, etc.

Le lot comprend 1500 programmes de cirques anciens, modernes ou contemporains, autant d'estampes de 1580 à nos jours et autant d'affichettes du XVIIe siècle à aujourd'hui, un millier d'affiches et un millier de photos, 3500 documents divers, y compris des tableaux, dessins, aquarelles, gouaches, maquettes, revues, timbres et catalogues mais également des bronzes, faïences, terres cuites, bois sculptés, supports à perruque, médailles et autres objets rares. On y retrouve en plus 2500 livres, dont certains remontent au XVIe siècle.

En entrevue au Devoir, il y a presque un an, alors que commençaient les négociations entre Tohu, l'École du cirque et les collectionneurs, le Français Pascal Jacob affirmait que l'intérêt de déposer ses trésors ici, au Québec, provenait d'une volonté de voir leur diffusion s'élargir. «En France, aucune institution publique ne veut d'une collection privée, disait-il. Je ne fais pas du business. Mon premier souci, c'est que d'autres passionnés du cirque profitent de la collection. La bibliothèque, je vais pouvoir la consulter sur place moi aussi, mais je serai encore plus heureux de savoir que d'autres chercheurs y trouveront matière à alimenter leur réflexion.»

La portion documentaire sera en dépôt à l'École nationale de cirque de Montréal, elle aussi en train de s'installer dans un nouvel immeuble de la Cité. Le volet iconographique, lui, sera à Tohu.

Les expositions devraient circuler à l'étranger, proche ou lointain. Les deux collectionneurs reçoivent «beaucoup de demandes de prêts», selon le directeur. Les oeuvres et les documents se trouvent déjà au Québec, précisément dans le Centre des collections de Montréal, la réserve commune des établissements muséaux montréalais, inaugurée il y a quelques semaines. Tohu compte aussi s'attaquer au catalogage de la collection au cours des prochains mois.

Le travail de conservation sera assuré par les deux propriétaires des oeuvres internationales. Tohu souhaite éventuellement s'enrichir d'acquisitions portant sur l'histoire nationale du cirque, non seulement pour couvrir la période effervescente des dernières années, depuis la fondation de l'École nationale et du Cirque du Soleil, mais aussi pour remonter en amont, jusqu'à couvrir toute l'histoire méconnue de la présence circassienne au Québec. Le programme initial de la Cité prévoit d'ailleurs une exposition pionnière sur l'histoire du cirque au Québec.