La Maison Alcan serait transformée

Le complexe baptisé Maison Alcan, qui comprend une place publique, est l’objet d’un projet immobilier.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Le complexe baptisé Maison Alcan, qui comprend une place publique, est l’objet d’un projet immobilier.

Le vaste complexe baptisé Maison Alcan est l’objet d’un projet immobilier, avalisé par la Ville de Montréal, qui suscite la controverse.

La construction d’une tour de 120 m, ou de 30 étages, dans un îlot du centre-ville entre les rues Sherbrooke et de Maisonneuve, semble avoir eu l’approbation de tous les comités et respecter les différentes règles de la Ville. Des voix s’élèvent pourtant pour qualifier le projet d’illégitime, rendant vulnérable le concept de la Maison Alcan.

« Techniquement, la Ville de Montréal a répondu à toutes les coches. Mais est-ce que c’est un projet légitime ? Non », soutient Dinu Bumbaru, porte-parole d’Héritage Montréal.

La Maison Alcan se décline en plusieurs bâtiments d’époques et de styles variés. Deux d’entre eux datent du tournant du XXe siècle, soit la maison Hugh Graham et une ancienne église acquise par l’Armée du Salut en 1948, remarquable par sa colonnade. Un troisième édifice, l’hôtel Berkeley, a été construit en 1928.

Une tour de bureaux métallique complète le paysage en 1983. C’est à la suite d’une initiative d’Alcan que naît ce « projet d’intégration ». « L’erreur que fait la Ville, c’est de le lire comme un collage », estime M. Bumbaru.

« La Maison Alcan était un projet de développement qui arrimait avec élégance le vieux et le neuf, analyse pour sa part Adrian Sheppard, professeur à l’école d’architecture de l’Université McGill. [Les architectes du groupe Arcop] sont arrivés à faire un village dans une ville. À l’étranger, on disait que Montréal faisait quelque chose d’exemplaire. »

Fait à noter, M. Sheppard préside le Comité Jacques-Viger (CJV), chargé de conseiller la Ville en matière d’aménagement urbain, au même titre que le Conseil du patrimoine de Montréal (CPM).

Rapport négatif

Sur le dossier du réaménagement de la Maison Alcan, le CJV et le CPM ont tenu une assemblée commune le 15 mai. Le 28 mai, les deux présidents, Adrian Sheppard et Jacques Lachapelle, du CPM, signaient un rapport plutôt négatif.

« Le projet proposé, lit-on dans le document de 6 pages, va à l’encontre de l’esprit de plusieurs aspects de la Maison Alcan, et le comité regrette qu’une plus grande reconnaissance patrimoniale ne soit pas accordée à ce projet phare [de] Montréal. »

Si les deux groupes d’experts ont approuvé des parties du concept global (notamment à l’égard d’un bâtiment voisin de la Maison Alcan), ils concluent le document en exprimant « un malaise devant la transformation majeure du site ».

Dans une lettre envoyée mercredi aux médias, le maire Denis Coderre et Richard Bergeron, responsable de la stratégie pour le centre-ville, soutiennent avoir eu l’accord « d’instances très compétentes ». Ils citent en particulier le CPM, qui aurait appuyé le projet « à la majorité de ses membres ».

Dans un document de l’arrondissement Ville-Marie reçu par Le Devoir, il est écrit que « toute procédure de contestation prévue aux articles 124 à 137 de la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme est finie ».

Deux fois, en juin et en juillet, l’arrondissement invitait les gens à des assemblées publiques. Or, personne ne s’est présenté.

« Quand je lis les avis, je ne comprends rien », dit Dinu Bumbaru. Il signale notamment que jamais les mots « Maison Alcan » n’étaient cités.

Héritage Montréal tient jeudi une séance extraordinaire pour trouver des pistes de solution. « La ministre de la Culture devra intervenir, [les environs] de la Maison Alcan sont des aires protégées et elle doit dire non au maire Coderre », estime M. Bumbaru.

Avant les débuts des travaux, le projet doit être approuvé par le conseil d’arrondissement du 9 septembre.

1 commentaire
  • Bernard Terreault - Abonné 23 juillet 2015 13 h 41

    Compromis

    La rue Sherbrooke est un joyau et on ne devrait pas y toucher, surtout pas permettre des bâtiments en hauteur qui déparent la trame de ses façades et sa ligne de faîtes. Toutes proportions gardées, ce serait permettre des gratte-ciels sur l'île St-Louis derrière N.-D. de Paris. Par contre, du Boul. de Maisonneuve à la rue St-Antoine on devrait permettre les gratte-ciels aussi hauts que la PVM, comme il sied à une métropole moderne.