Rendez-vous caniculaire

La tension des corps à laquelle le spectateur assiste dans «Warm» est plus sensuelle que franchement érotique.
Photo: Sophie Colleau La tension des corps à laquelle le spectateur assiste dans «Warm» est plus sensuelle que franchement érotique.

La sueur perle, les peaux luisent, les corps glissent sous la chaleur. Le texte, lui, embrase les mots. Warm, performance physique et théâtrale extrême, livrée à 40 degrés Celsius, entraîne artistes et public dans une spirale brûlante. Entre désir, spasmes et orgasmes, le thème audacieux, rarement abordé au cirque, laisse les spectateurs, et surtout les interprètes, littéralement liquéfiés.

Dès les premières minutes, la table est mise pour faire caracoler le mercure au plafond dans la petite salle de l’Espace Go. Deux rangées de 50 projecteurs crachent une lumière aveuglante. En fond de scène, un mur de miroirs géants donne au plateau des airs de mirage saharien. Les reflets des corps, déformés par la réfraction de la lumière, dansent dans l’air chauffé à bloc.

Sur un texte de Ronan Chéneau, une femme, seule, s’invite dans ce décor caniculaire. Entre murmures et soupirs, elle presse deux hommes, une femme, à s’abandonner à la chaleur, au plaisir, à l’extase. Deux acrobates s’avancent, se toisent, s’empoignent, d’abord lentement. Mais très vite, la chaleur extrême transforme leur corps à corps en épreuve de force.

Crescendo sensuel

Tenu en haleine, le public assiste à un crescendo sensuel entre deux corps d’hommes, livrés à eux-mêmes, laminés par cette étuve insoutenable. Les équilibres sont de plus en plus périlleux, les mains dérapent sous la sueur, et les corps, épuisés, échouent, recommencent, fondent sous la lumière brûlante.

Plus que le texte de Cheneau, beau au début, mais rapidement assommant de clichés, c’est la complicité totale et la confiance aveugle des acrobates Wilmer Marquez et Edward Aleman, surhommes dans ce hammam à la limite du supportable, qui chavire et désarçonne.

Tout au long de ce marathon thermique, les artistes s’hydratent, s’arrosent, se couvrent de talc pour défier la moiteur qui rend leurs prises de plus en plus improbables. Quand le thermomètre explose et que la narratrice enfile les montées orgasmiques, c’est la scène tout entière qui suinte l’eau et la sueur.

Plus sensuelle que franchement érotique, la tension des corps livrés jusqu’à l’abandon, jusqu’à l’échec, achève d’envoûter. Quand le rideau se lève, le public est invité à fouler la scène pour goûter à la chaleur torride vécue par les artistes, pendant 40 minutes. En comparaison, la moiteur vécue dans la salle n’est qu’un pique-nique ensoleillé. Alors, l’admiration des spectateurs, saisis par la morsure brûlante des projecteurs, vire à l’épatement. Pour tout dire, les feux de la rampe n’auront jamais si bien porté leur nom.

Warm (France)

Centre dramatique national de Haute-Normandie, Espace Go. Jusqu’au 7 juillet.

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