Soyons bêtes !

Photo: Montréal complètement cirque

Dompter la petite bête qui sommeille en soi, voilà le dernier pari de C!RCA, la troupe de cirque australienne qui lâche les fauves et déballe dans Beyond un univers déjanté qui miaule, feule et caquette.

Après avoir séduit plusieurs fois Montréal avec ses oeuvres d’épure et de beauté formelle, la troupe de Yaron Lifschitz dévoile la face cachée d’elle-même dans cette dernière création présentée en première nord-américaine à la Tohu, dans le cadre de Montréal complètement cirque.

Après S et Opus, deux oeuvres denses sculptées comme des pièces d’orfèvrerie, C!RCA délaisse son penchant nutritif et multigrain pour dévoiler son côté givré. As de la mise en scène, Lifschitz ouvre dans Beyond le couvercle de sa boîte à musique, un repère imaginaire où se terre un bestiaire fantasque, entre songe et réalité.

Affublés de têtes de lapin géantes, de fauves névrosés ou de peaux d’oursons mal léchés, les acrobates de C!RCA, une fois délestés de leurs démons poilus, se meuvent tantôt comme des félins, s’agrippent dans des figures complexes, au sol, sur trapèze ou dans les airs, habiles comme des singes.

Au coeur de la Tohu, sur une scène circulaire inspirée du cabaret, défile une série de personnages, tous envoûtés, à un moment ou un autre, par une bête plus ou moins indomptable.

Même dans cet univers fantaisiste et décalé à souhait, C!RCA garde sa signature unique, poussant à l’extrême l’imbrication des corps, la performance sublimée, l’endurance et la force dissimulée dans la lenteur et le dépouillement.

Beyond donne d’ailleurs à voir plusieurs tableaux percutants, dont une performance sublime de Paul O’Keefe qui exorcise son fauve intérieur en dansant et jonglant avec une simple feuille de papier, ainsi que celle de Birdie Hooper, emmêlée dans ses sangles aériennes comme un oiseau blessé.

Encore et toujours, les femmes de C!RCA épatent en portant les hommes sur leurs épaules, leurs bras, leurs cuisses, dans des épreuves de force où les corps s’emboîtent et retombent sur le sol comme dans des marionnettes disjonctées.

Bercée par la nostalgie de comédies musicales et de chansons d’époque, cette nouvelle pièce, sertie d’autodérision, passe du rire au délire. Une sorte d’accident heureux, provoqué par la volonté Lifschitz, virtuose de l’architecture des corps, de briser le moule de la beauté sculpturale qui lui est accolée.

En effet, Beyond annonce bien ses couleurs, transgresse les lois de la gravité pour nous amener vagabonder au-delà du cirque, au-delà de nulle part, dans un univers que Sigmund Freud n’aurait pas répudié. Chercher la petite bête n’aura jamais été aussi festif.

Beyond

C!RCA (Australie). À la Tohu jusqu’au 5 juillet.

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