Réinvention des traditions

Pierre Kwenders, Québécois d’origine congolaise, sera de la fête avec son afrobeat teinté d’électro et de rumba congolaise.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Pierre Kwenders, Québécois d’origine congolaise, sera de la fête avec son afrobeat teinté d’électro et de rumba congolaise.

Pour sa 34e édition, le Mondial des Cultures de Drummondville change de visage tout en renouant avec ses racines. Exit le volet des concerts populaires conviant les Éric Lapointe, Gregory Charles, Édith Butler et consorts, programmés parallèlement aux ensembles folkloriques du monde. À ces derniers se greffent maintenant de manière plus intégrée d’autres artistes incarnant les cultures d’ici et d’ailleurs, souvent métissées au goût du jour, en musique comme en danse ou en arts du cirque. Cap sur la petite « réinvention des traditions » que promet l’événement, du 9 au 19 juillet.

« C’est un peu un retour vers le futur, explique Charles Guillemette, directeur général du Mondial. On revient à l’idée faire découvrir différentes facettes des cultures autour du monde. C’est un grand tournant pour le Mondial. »

Après un remue-méninges élargi, l’équipe du festival a retenu quelques mots d’ordre découlant entre autres de ce que recherchaient et préféraient les festivaliers : proximité, découvertes festives, échanges. La programmation converge plus que jamais sur le site du parc Woodyatt qui se transforme en minicapitale multiculturelle. La promenade y traversera des « quartiers » à l’ambiance inspirée de trois régions du monde : l’Asie, la Méditerranée et la Scandinavie. Kiosques d’artisans, restaurants aux gastronomies diverses, animation de rue jalonnent une promenade reliant les secteurs.

Le tout, « sans tomber dans les clichés de la tour Eiffel », promet le directeur. L’idée de rééditer chaque année une miniexposition universelle a d’ailleurs traversé les réflexions entourant le remaniement stratégique de l’événement. « Mais c’est surtout la façon de présenter les spectacles qui change, poursuit-il. On ne mise plus sur les gros spectacles de soir. Et on diversifie les disciplines qu’on présente. »

Une grande place publique

La scène centrale a été rebaptisée Piazza, place publique où se succéderont chaque jour des performances artistiques ou des événements, tel le Holi, cette célébration du printemps en Inde où l’on s’asperge de poudres colorées. Chaque jour promet son temps fort, comme la visite des Castellers de la Vila de Gràcia, qui érigeront l’une de leurs vertigineuses tours humaines (10 juillet) entre deux prestations données dans le cadre de Montréal complètement cirque. Au détour de la promenade, on pourra aussi écouter un conteur ou s’initier aux rites amérindiens. En musique, sur la Piazza ou sur les scènes payantes, on entendra tantôt un Pierre Kwenders, Québécois d’origine congolaise dont la musique afrobeat se teinte d’électro et de rumba congolaise, tantôt la pop folk planante de l’Australien (et un peu Québécois d’adoption) Kim Churchill, le punjabi électro-celtique des Canadiens Delhi 2 Dublin ou le blues trempé dans les traditions musicales de l’Est de Harry Manx. Hommages à Johnny Cash et Santana en prime.

La fête continue de mettre en valeur les ensembles de danse folklorique du monde entier. Cette année, ils viennent du Népal, de l’Inde, des États-Unis, de Martinique, du Sénégal, du Mexique, du Canada, de la Colombie, de l’Arménie, de la Pologne, de la Slovaquie, du Bangladesh, de la Roumanie et de l’Ouzbékistan. Ils donnent le coup d’envoi du festival lors du gala d’ouverture du 9 juillet et proposent des spectacles en plus des rencontres plus spontanées avec les visiteurs, où ceux-ci peuvent s’initier aux danses du monde.

Le traditionnel défilé à travers la ville (12 juillet) se déploie sous le thème du carnaval. « Autant celui de Rio que ceux qu’on retrouve en Europe », précise M. Guillemette. L’organisation en profite pour secouer un peu les habitudes du public — qui venait passivement installer sa chaise le long du parcours pour regarder le défilé — afin de le faire participer plus activement. « On demande aux gens de faire du bruit en apportant des sifflets, de décorer leur balcon, de porter les couleurs du festival [fuchsia, orange et bleu] », ajoute le directeur. Le parcours a également changé pour se rapprocher du centre et des gens en privilégiant les petites rues au détriment des plus grandes avenues. La procession festive démarre et se termine au parc Woodyatt.

Un îlot culturel nommé famille

Dans la microcapitale culturelle du Mondial des Cultures, la promenade du parc Woodyatt mène aussi à un site destiné aux enfants et à la famille (Espace Hydro-Québec). Les petits pourront y découvrir des animaux exotiques en plus des spectacles et autres activités interactives proposées. L’ensemble folklorique du Mexique s’y produira le vendredi 10 juillet. Il fera découvrir les danses et chants fondateurs de ce pays. Le même jour, un atelier de cirque se déroule en compagnie des clowns Alexo et Bisha, déjà vus sur les scènes du Cirque du Soleil entre 2004 et 2010.