L’UNESCO appelle à lutter contre l’«épuration culturelle» menée par EI

Mercredi, l’UNESCO a classé le site archéologique irakien d’Hatra « patrimoine en péril ».
Photo: Hubert Debbasch Agence France-Presse Mercredi, l’UNESCO a classé le site archéologique irakien d’Hatra « patrimoine en péril ».

La directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova, a appelé mercredi à Londres à lutter contre la « stratégie d’épuration culturelle » menée par les extrémistes de l’organisation d’État islamique (EI) et à faire de la culture un outil de lutte contre eux.

« Les destructions du patrimoine par les extrémistes ne sont pas des dommages collatéraux. Les extrémistes ciblent systématiquement le patrimoine pour frapper le coeur et les racines des sociétés », a estimé Mme Bokova lors d’une conférence à l’institut Chatham House, voyant là une « stratégie d’épuration culturelle ».

L’UNESCO a ouvert dimanche à Bonn la 39e session de son Comité du patrimoine mondial, pour examiner d’ici au 8 juillet une trentaine de candidatures à l’inscription au Patrimoine mondial de l’humanité. Mercredi, l’UNESCO a classé le site archéologique irakien d’Hatra« patrimoine en péril ».

La culture, une victime

 

Plusieurs sites archéologiques ont été pris pour cible par les djihadistes d’EI. Ils ont récemment miné la célèbre cité antique de Palmyre, faisant craindre un désastre pour ce site inscrit au patrimoine mondial de l’humanité.

« La culture a toujours été victime de la guerre, mais ce que nous voyons aujourd’hui est sans précédent, par son ampleur et sa nature. Cela requiert une nouvelle approche, de nouvelles politiques et un nouveau type de coopération au sein de la communauté internationale », a plaidé la directrice générale de l’UNESCO.

« Je crois que la prise de conscience — le “hard power” — ne sera pas suffisante pour vaincre l’extrémisme violent qui gagne du terrain. Nous avons aussi besoin de “soft power” », a-t-elle ajouté, soulignant que « la culture devrait faire partie de notre réponse à l’extrémisme violent ».

L’UNESCO a lancé une campagne intitulée Unite4Heritage, visant à défendre le patrimoine menacé par les extrémistes, mais aussi à contrer leur propagande.

Destruction sur vidéo

 

Quant au site d’Hatra en Irak, il a été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial en péril de l’UNESCO « en raison des destructions infligées à ce site du patrimoine mondial par des groupes armés », explique l’organisation onusienne.

Début avril, EI avait publié une vidéo mettant en scène des djihadistes détruisant à coups de fusils et de pioches des antiquités sur ce site, inscrit depuis 1985 sur la Liste du patrimoine mondial.

« État islamique nous a envoyés pour détruire ces idoles parce qu’elles sont vénérées à la place de Dieu », expliquait l’un des deux djihadistes s’exprimant dans cette vidéo de sept minutes, qui n’est pas datée.

Le classement d’Hatra comme patrimoine en péril « est un instrument destiné à fédérer le soutien de la communauté internationale en faveur du patrimoine irakien », souligne l’UNESCO.

« Grande cité fortifiée » et « capitale du premier royaume arabe, Hatra résista deux fois aux Romains, en 116 et en 198, grâce à sa muraille renforcée de tours », explique l’organisation.

« Les vestiges de la ville, et en particulier les temples où l’architecture grecque et romaine se combine avec des éléments de décor d’origine orientale, témoignent de la grandeur de sa civilisation », poursuit l’institution.

À voir en vidéo