Un quartier chinois à Québec

L’ancien immeuble de l’Association de bienfaisance chinoise, situé rue Saint-Vallier Est, fera partie de la reconstitution. Cette maison qui voisine le centre d’artistes Méduse a conservé sa façade d’antan avec l’inscription de la section c
Photo: L’ancien immeuble de l’Association de bienfaisance chinoise, situé rue Saint-Vallier Est, fera partie de la reconstitution. Cette maison qui voisine le centre d’artistes Méduse a conservé sa façade d’antan avec l’inscription de la section c

Du quartier situé entre le boulevard Charest et la rue Saint-Vallier il ne reste aujourd’hui que le restaurant Wok & Roll et l’ancien immeuble de l’Association de bienfaisance chinoise. Les quelque 200 familles de Chinois qui vivent toujours à Québec demeurent maintenant dans les anciennes villes de Sainte-Foy ou Beauport. Comme le résume le président de l’Association des Chinois de Québec, Jocelyn Toy, «les gens pensent qu’il n’y a plus de Chinois à Québec parce qu’il n’y a plus de Chinatown. Ils se sont dispersés après avoir tous été expropriés par le projet de construction des bretelles de Dufferin-Montmorency, au début des années 1970».

L'homme dans la jeune quarantaine nous reçoit dans le centre d'arts martiaux qu'il dirige à Sainte-Foy. C'est lui qui est derrière le projet du nouveau quartier chinois. L'idée lui trottait dans la tête depuis une quinzaine d'années jusqu'à ce que les fêtes du 400e anniversaire de Québec mènent la Ville à s'intéresser au secteur de l'ancien quartier. En septembre dernier, une fuite dans les médias locaux dévoilait l'existence d'un projet de grand escalier reliant la Haute-Ville et la Basse-Ville, près de l'emplacement de l'ancien quartier chinois. Le plan que la France a accepté de financier permettrait notamment de libérer de l'espace en détruisant deux des bretelles de l'autoroute Dufferin-Montmorency inutilisées depuis leur construction. Jocelyn Toy ne manque pas de noter l'ironie de l'histoire: «C'est drôle, le Chinatown est disparu à cause de Dufferin-Montmorency, et là, c'est l'inverse. On veut défaire les autoroutes, et c'est ce qui permettrait de faire revivre le quartier.»

Un quartier commercial et touristique

La Ville n'a toutefois pas l'intention de ramener les Chinois de Québec au centre-ville. Il s'agirait plutôt d'un quartier à vocation commerciale et touristique. «On voudrait éventuellement libérer la zone du carré Lépine, où se trouvait l'ancien quartier chinois, pour permettre d'implanter un nouveau quartier chinois avec des commerces, des restaurants et de la vente d'objets», explique le responsable du dossier à la Ville, Claude Larose. M. Toy dit pour sa part être entré en contact avec des gens d'affaires du quartier chinois de Toronto pour qu'ils établissent des succursales de leurs commerces dans le futur quartier chinois de Québec. On voudrait également intégrer au projet l'ancien immeuble de l'Association de bienfaisance chinoise, situé un peu plus loin sur Saint-Vallier Est. Cette maison qui voisine le centre d'artistes Méduse a conservé sa façade d'antan avec l'inscription de la section canadienne du Parti nationaliste chinois.

En outre, le maire de la ville de Xian, jumelée à Québec, s'est engagé lors d'une réunion en octobre à financer l'achat d'une grande porte d'arche qui serait érigée à l'entrée du quartier. Lors de cette rencontre entre les maires de Québec et de Xian, on aurait également évoqué l'achat de lions de bronze. Au dire de M. Larose, il faudra toutefois attendre au moins trois ans avant de voir le quartier chinois renaître: «Il faut tenir compte du fait que les bretelles ne seront pas détruites avant 2005, donc les travaux ne pourront pas commencer avant 2006. Nous, on souhaiterait que ça se fasse pour 2008.»

Une histoire méconnue

Pour Québec, il s'agirait d'un rappel bien particulier de l'histoire. En effet, si les Chinois ont déserté les quartiers centraux de Québec, ils demeurent très présents dans l'imaginaire de ses habitants. En témoigne la pièce de théâtre La Trilogie des dragons de Robert Lepage, qui raconte la fascination teintée de crainte qu'ont longtemps suscitée les Chinois auprès des résidants du quartier Saint-Roch.

Dans la pièce, Lepage, qui a grandi dans ce quartier, décrit au travers des générations l'évolution du quartier chinois de Québec: ses blanchisseries, ses rapports difficiles avec les Québécois au cours de la première moitié du XXe siècle jusqu'à sa disparition sous le béton. D'après l'auteure Louisa Blair, qui s'apprête à publier un ouvrage sur l'histoire des communautés anglophones de Québec, il s'est toutefois écrit peu de choses sur l'histoire des Chinois de Québec.

On sait que les premiers seraient venus au tournant du siècle dernier de l'Ouest canadien et auraient ouvert de nombreuses blanchisseries. L'arrivée des lessiveuses, dans les années 50, les aurait menés à se tourner progressivement vers la restauration. Cependant, explique Mme Blair, ce qui distingue les Chinois de Québec, c'est qu'ils ont été particulièrement nombreux à partir. «Quand on regarde un annuaire téléphonique des années 1940 ou 1950, c'est impressionnant à quel point ils étaient nombreux par rapport à maintenant [...] .Par contre, je ne sais pas dans quelle mesure l'installation des bretelles d'autoroute et l'expropriation sont responsables de ça. Ce qu'on sait, c'est que ça les a éparpillés.»

Mme Blair croit qu'il faut maintenant creuser davantage l'histoire des familles de Chinois qui ont quitté Québec tout en invitant celles qui sont restées à prendre part directement au projet du nouveau quartier chinois. «C'est une très bonne chose que la présence chinoise à Québec soit mise en valeur. Mais il faut que ce soit l'oeuvre de la communauté, que ça aide la communauté. Ce serait dommage que ce soit juste un projet commercial et touristique.»
2 commentaires
  • Claude L'Heureux - Abonné 7 janvier 2004 20 h 27

    Et l'intégration?

    Je suis bien ouvert à toutes les cultures, pas une plus une que les autres, car elles sont un apport pour toutes les communautés, pour la suite des choses. Je suis exaspéré par l'uniformisation d'une pseudo mondialisation qui se veu davantage une états-unisation de la planète car ces derniers ont les moyens d'imposer leurs règles. Cependant je m'interroge sur la pertinance d'un quartier chinois à Québec car je suis peu impressionné par celui de Montréal où certains établissements nous donnent l'impression d' y être des intrus.

    Je préfère que la communauté chinoise s'intègre et aie pignon sur rue un peu partout dans la ville. D'ailleurs les québécois apprécient beaucoup cette culture et son friend de sa gastronomie beaucoup plus de santé que la nôtre ou de l'européenne. D'ailleurs, il y a place pour bien d'autres communautés commme la libanaise, grecque, italienne, indienne et bien d'autres et il est à souhaiter qu'il en aie davantage: c'est ce qui fait une culture riche de ses différences et fier de s'associer à la culture majoritaire au Québec...

  • Rachel labrecque - Inscrite 2 décembre 2004 22 h 27

    Ils faisaient partie de nous

    J'ai vécu avec les chinois du quartier St-Roch quant j'étais enfant. J'arrivais de la campagne et je n'avais jamais vu d'asiatiques avant l'âge de 8 ans. Ils étaient mes voisins. Nous étions très pauvres et les repas dans les restaurants boutiques tenues par des familles chinoises du quartier étaient nos seules sorties.

    Malgré le fait qu'ils étaient nos voisins, nous étions servis dans le silence avec tous les égards dûs à la clientèle. Il y avait aussi bien sûr les buandiers. Je me souviens moi aussi d'un buandier chinois qui me fascinait.

    Les Chinois m'ont fasciné durant toute mon enfance. Sans m'avoir vraiment parlé, ils m'ont enseigné le plaisir d'apprendre, le goût du voyage, le respect de la différence. Ils m'ont permis de grandir dans la pauvreté. Je suis devenue anthropologue depuis.

    Un quartier chinois ou plutôt un quartier de boutiques chinoises, asiatiques dans St-Roch? Pourquoi pas si quelques propriétaires de telles boutiques en ont le désir. Les chinois du quartier St-Roch dans les années 50-60 vivaient parmi nous, ils nous cotoyaient chaque jour. Ils étaient intégrés. Ce n'était pas un quartier chinois, c'était un quartier défavorisé à saveur multi culturelle. Il y avait quelques italiens aussi.

    Un monde à part.