Le réseau met l'épaule à la roue

Arnaud Stopa Collaboration spéciale
La directrice de Les Arts et la Ville, Lynda Roy
Photo: Courtoisie Lynda Roy La directrice de Les Arts et la Ville, Lynda Roy

Ce texte fait partie du cahier spécial Arts et villes

Lors du sommet international sur la culture tenu à Bilbao, en mars 2015, des centaines d’acteurs municipaux et du milieu culturel provenant du monde entier se sont mis d’accord sur un guide visant l’intégration de la culture dans le développement durable. C’était aussi l’occasion, pour le réseau Les Arts et la Ville, de déposer sa déclaration.

Culture 21 : Actions est à la fois le complément opérationnel et la mise à jour de l’Agenda 21 de la culture, adopté en 2004 et qui engageait les quelque 450 villes signataires — dont Montréal — à mener des actions permettant la création d’une étroite relation entre la citoyenneté, la culture et le développement durable, sous l’égide de l’organisme international Cités et gouvernements locaux unis (CGLU). Culture 21 : Actions doit, comme son aîné, refléter la manière dont les actions doivent être entreprises pendant les 10 prochaines années.

Au Québec, ce document revêt un intérêt particulier, puisque la province a le seul gouvernement à avoir adopté son propre Agenda 21, en 2011. « Mais il n’y a pas eu, après l’action du gouvernement, d’actions véritables », déplore Lynda Roy, directrice de Les Arts et la Ville.

À partir de ce constat, il fallait trouver une manière de mettre l’épaule à la roue. « Nous avions développé notre volonté d’agir en réunissant une table de concertation avec, autour, des villes membres et des organismes. Nous avons réfléchi sur la façon dont nous pourrions mieux nous intégrer à ce désir d’être encore plus concret, de susciter des actions dans les communautés. Et ce que nous avons trouvé de plus pertinent pour affirmer notre engagement, c’est de produire une déclaration. »

C’est lors du sommet Culture des CGLU que se présente au réseau l’occasion de dévoiler sa déclaration. « À Bilbao, nous en avons profité pour nous donner un échéancier [dont elle ne souhaite pas dévoiler les détails] qui correspondrait à cette occasion de diffuser l’engagement que nous prenions. […] C’est un texte qui est un incitatif à être très concret, pour que les gens aient des repères, estime Lynda Roy. On cible la façon dont on veut agir à travers cette volonté de rendre la culture encore plus au rendez-vous du XXIe siècle et de façon durable. »

Dans ce court texte, le réseau Les Arts et la Ville s’engage à « élaborer une stratégie de sensibilisation des collectivités de l’ensemble du territoire québécois à l’Agenda 21 de la culture et à Culture 21 : Actions, afin de favoriser la connaissance et la mise en oeuvre de ces outils sur le plan local », tout en affirmant « son soutien à l’ensemble des municipalités et des organisations du Québec membres de son réseau dans la mise en oeuvre de l’Agenda 21de la culture et de Culture 21 : Actions dans leurs propres politiques et actions. »

La Déclaration de Les Arts et la Ville a été bien accueillie, selon la directrice générale. « Elle a été très bien reçue aux yeux de CGLU et elle a été vue comme un exemple. La déclaration étant la concrétisation, si on veut, de l’engagement qu’on a pris lors de cette rencontre. » Mais elle ne sait pas si les autres membres sont prêts à s’engager avec cette déclaration. « Notre panel s’est présenté vers la fin, donc on n’a pas pu revenir sur notre déclaration. Par contre, il y a des engagements pris par les coprésidents de CGLU. Ce sont des villes qui se sont très sérieusement engagées dans le développement durable culturel, chacune à ses façons. »

« Cette déclaration est utile dans un travail de sensibilisation, pense Jonathan Paquette, professeur à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa. C’est fait avec raison, parce qu’il y a un potentiel de renouveler et de ramener le débat sur la culture et d’approcher d’une nouvelle manière le gouvernement. »

Pourtant, la volonté de dé- sengagement du gouvernement provincial hors du domaine de la culture — comme avec les conservatoires régionaux ou la vente suspendue de l’édifice de la bibliothèque Saint-Sulpice — va pousser les municipalités à répondre au leadership culturel, selon Jonathan Paquette. « Il y aura toujours des organismes et des associations pour soutenir la culture. Mais la pression sur les villes est déjà assez forte pour lier la culture à d’autres développements (insertion des personnes handicapées, politique familiale, intégration des immigrants). Le local a beaucoup de stress, il sera donc difficile de reprendre la politique. »

Lynda Roy, quant à elle, reste positive, même si l’hostilité gouvernementale se fait sentir. « Je dirais que c’est hostile au niveau des investissements. Je ne pense pas que c’est juste la culture, ce sont tous les secteurs — santé, milieu municipal, développement des régions — qui en subissent les conséquences en ce moment. Je pense que le réseau agit en prenant les choses au niveau local. Nos membres sont situés dans des municipalités. Et c’est avec eux que nous allons faire en sorte que la culture puisse se développer. Comment contrer un mouvement qui est inverse ? Je ne peux pas vraiment vous répondre, si ce n’est que nous, on continue. »

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