La culture comme ancrage communautaire

Pierre Vallée Collaboration spéciale
Situé à Bouctouche, au Nouveau-Brunswick, le Pays de la Sagouine, un organisme à but non lucratif, est une destination récréotouristique qui s’appuie fortement sur le théâtre et qui s’inspire directement de l’univers artistique de l’auteure Antonine Maillet, la créatrice de la Sagouine.
Photo: Ryan Taplin La Presse canadienne Situé à Bouctouche, au Nouveau-Brunswick, le Pays de la Sagouine, un organisme à but non lucratif, est une destination récréotouristique qui s’appuie fortement sur le théâtre et qui s’inspire directement de l’univers artistique de l’auteure Antonine Maillet, la créatrice de la Sagouine.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Lors du prochain colloque annuel de Les Arts et la Ville, Claire Bolduc, présidente de Solidarité rurale du Québec, et Daniel Caissie, directeur général du Pays de la Sagouine, participeront à un panel portant sur la culture comme outil de développement économique. Bref aperçu des propos que tiendront ces deux panélistes.

« Il ne fait pas de doute que la culture est un moteur de développement économique, avance Claire Bolduc, car la culture, ne l’oublions pas, est ce qui développe le milieu de vie d’une communauté et qui lui sert de liant. La culture n’est pas seulement l’affaire d’experts et de milieux artistiques, la culture, c’est aussi nous. C’est ce qui nous permet non seulement de vivre dans notre communauté mais aussi d’y contribuer. En ce sens, la culture fait partie de ce qu’on appelle l’économie mauve. »

Le terme « économie mauve » est apparu en 2011, à la suite de la parution d’un manifeste dans le journal Le Monde, à l’occasion du premier Forum international de l’économie mauve, sous le patronage de l’UNESCO, du Parlement européen et de la Commission européenne. L’économie mauve s’inscrit dans le concept du développement durable et dans celui de l’économie durable, en s’appuyant sur la valorisation culturelle de biens et services.

« L’économie mauve ne se résume pas seulement aux retombées économiques d’une activité artistique ou culturelle, précise Claire Bolduc. L’économie mauve, en proposant par la culture un ancrage identitaire à une communauté, vient à imprégner le fonctionnement de toute la communauté et de toutes ses activités. Bien sûr, cela se traduit dans des événements et des prestations culturelles, mais cela va aussi bien au-delà des événements et des prestations. »

La vitalité d’une communauté

« Qu’est-ce qui explique que deux villages de même taille et ayant les mêmes caractéristiques socioéconomiques peuvent vivre une situation entièrement différente, demande Claire Bolduc, l’un des villages étant aux prises avec la dévitalisation, et l’autre, au contraire, en plein dynamisme ? »

Selon elle, il y a deux raisons. D’abord, il doit y avoir la présence d’un leader. « Ce leader peut être un artiste, un élu, un homme ou une femme d’affaires, peu importe. Mais il doit être capable de rassembler la communauté autour d’une idée et la rallier à l’atteinte d’un objectif. » La seconde raison repose sur cette idée et cet objectif. « Le projet proposé doit être en mesure de servir d’ancrage identitaire et culturel pour la communauté. Il en devient le socle sur lequel on construit. Cet ancrage identitaire et culturel crée de la confiance et stimule la vitalité économique. »

Elle donne en exemple le village de Saint-Élie-de-Caxton, patrie de l’artiste Fred Pellerin. « Ce qui est intéressant dans l’exemple de Saint-Élie-de-Caxton, c’est que l’artiste et la communauté se sont alimentés l’un et l’autre. Fred Pellerin s’est appuyé sur son village pour créer ses personnages et ses histoires, mais la communauté a été sa première admiratrice. Aujourd’hui, grâce à cette complicité, Saint-Élie-de-Caxton est devenu une destination touristique et toute la communauté y contribue et en profite. »

Le Pays de la Sagouine

Situé à Bouctouche, au Nouveau-Brunswick, le Pays de la Sagouine, un organisme à but non lucratif, est une destination récréotouristique qui s’appuie fortement sur le théâtre et qui s’inspire directement de l’univers artistique de l’auteure Antonine Maillet, la créatrice de la Sagouine. On y trouve, sur l’Île-aux-Puces, la reconstitution d’un village acadien à l’époque de la Prohibition. « Mais attention, prévient Daniel Caissie, directeur général du Pays de la Sagouine, on n’y vient pas visiter seulement de vieux bâtiments et des artéfacts. Au contraire, ceux-ci servent de décor à une immersion théâtrale avec des comédiens qui interprètent des personnages tirés de l’oeuvre d’Antonine Maillet. On fait vivre aux gens un voyage théâtral. » Outre le village acadien, le Pays de la Sagouine compte aussi une salle de spectacles, une boutique, un restaurant et un pavillon d’accueil.

Ne demandez pas à Daniel Caissie si les gouvernements, peu importe leur niveau, devraient investir dans la culture. « La conception qu’investir dans les arts et la culture, c’est jeter de l’argent par les fenêtres est complètement fausse. Ici, au Pays de la Sagouine, pour chaque dollar investi par les gouvernements, nous en retournons trois directement dans la communauté. Les gens viennent visiter le Pays de la Sagouine, mais ils vont aussi dans les commerces de la ville. Les gens s’arrêtent pour prendre un café, pour manger un repas, pour faire le plein d’essence. Toute la communauté profite de l’activité générée par le Pays de la Sagouine. » Sans compter que le Pays de la Sagouine, en haute saison, compte 170 employés. « Nous sommes le second plus important employeur de la ville. De plus, notre boutique sert de point de vente à de nombreux artistes locaux. »

Une expansion des activités

Arrivé en poste il y a moins d’un an, Daniel Caissie, un routier de la production culturelle, a déjà mis en chantier des projets d’expansion. « Nous avons pris des personnages du Pays de la Sagouine, soit les Chicaneuses et Peigne, pour en faire, avec les premières, du théâtre pour adultes et, avec le second, du théâtre pour enfants. Les deux spectacles ont fait l’objet d’une tournée. Ainsi, nous devenons, avec ces spectacles, aussi des producteurs culturels. » Le restaurant, quant à lui, a développé un concept de soirée-spectacle.

Au fond, le développement proposé par Daniel Caissie repose sur une idée simple mais forte. « En s’inspirant des éléments culturels et théâtraux qui font le succès du site récréotouristique et en s’appuyant sur eux, il y a moyen de faire rayonner le Pays de la Sagouine au-delà du site physique. »