De belles leçons pour le Québec

Claude Lafleur Collaboration spéciale
<em>« Dans les faits, on a créé des passeurs et des ambassadeurs culturels parmi les profs, les directions d’école, dans les conseils d’éducation, au ministère, etc. »</em>, rapporte Carmen Gibbs, de l’Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick.
Photo: Ville d’Edmundston « Dans les faits, on a créé des passeurs et des ambassadeurs culturels parmi les profs, les directions d’école, dans les conseils d’éducation, au ministère, etc. », rapporte Carmen Gibbs, de l’Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

« On s’est rendu compte que, lorsqu’on rassemble tout le monde autour d’une table et qu’on valorise le point de vue de chacun, on crée alors un engagement et une adhésion qui ne se démentent plus par la suite ! »

Carmen Gibbs ne se gène pas pour le dire : les Acadiens ont de quoi nous apprendre. Femme d’action — d’actions communautaires et sociales depuis 40 ans — elle dirige depuis 14 ans l’Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick (AAAPNB).

« On travaille pour faire en sorte que la situation socio-économique de nos artistes s’améliore », dit-elle.Son association milite pour faire briller la culture et les arts acadiens non seulement en Atlantique mais à travers le monde. Et, comme elle le constate : « Je dirais qu’en Acadie du Nouveau-Brunswick ça va très bien ! »

« Je vous dirai qu’au Nouveau-Brunswick le français se porte bien, même si l’assimilation est un danger constant », confirme Frédérick Dion, directeur général de l’Association francophone des municipalités du Nouveau-Brunswick (AFMNB). Celle-ci rassemble 53 des 106 municipalités de la province. « On a tout de même une quarantaine de municipalités qui se définissent comme francophone et une douzaine qui se définissent comme bilingue », dit-il avec satisfaction.

Tous deux animeront le groupe de discussion Une Acadie complice !, dans le cadre du colloque Les Arts et la Ville qui se tiendra à Dieppe du 2 au 4 juin. « Ce sera l’occasion pour nous de souligner les liens qui unissent l’Acadie et le Québec », indique M. Dion.

« L’une des raisons d’être des arts et de la culture, poursuit-il, c’est de promouvoir notre fierté d’être francophone, ainsi que de donner une offre stimulante permettant à la population de s’épanouir dans sa langue. »

Quand on travaille tous ensemble

En 2004, l’Association acadienne des artistes a reçu le mandat de la communauté acadienne d’organiser des états généraux sur les arts et la culture, rapporte Carmen Gibbs. « La culture, c’est le coeur de notre nation, déclare-t-elle, et si elle est faible, la nation acadienne l’est aussi ! »

De 2005 à 2007, son association a, par conséquent, regroupé de 1000 à 2000 personnes au sein de comités afin de réfléchir à la contribution que les arts et la culture apportent au développement de l’Acadie.

Toutefois, précise l’organisatrice, au lieu de ne réunir que les artistes et le milieu de la culture, « nous avons décidé d’en faire un projet de société et donc de convoquer… les jeunes, les femmes, les aînés, le monde économique, les municipalités, le milieu de l’éducation, etc. Tout le monde s’est donc retrouvé autour de la table. »

« C’était risqué, poursuit-elle, puisqu’on aurait pu aboutir à n’importe quoi. Cependant, on s’est rendu compte que, lorsqu’on rassemble tout le monde autour d’une même table et qu’on valorise le point de vue de chacun, on crée alors un engagement et une adhésion qui ne se démentent plus par la suite. »

Ces états généraux ont scruté toute la chaîne des arts et de la culture — de l’artiste créateur jusqu’au rayonnement hors Acadie, en passant par la diffusion, la promotion, la place des arts dans les municipalités jusqu’au public consommateur de culture. « Tous les maillons de la chaîne ont été examinés afin de repérer les plus faibles, indique Mme Gibbs. Et on s’est ensuite demandé comment on pourrait faire pour que tous soient aussi forts les uns que les autres. On a travaillé là-dessus jusqu’en 2007. »

Cette année-là, 600 personnes se sont réunies à l’occasion d’un second grand rassemblement, d’où sont ressorties 58 recommandations. « Mais nous risquions alors que nos 58 recommandations se retrouvent vite sur une tablette !, de lancer Carmen Gibbs. Pour éviter cela, on a remis tout le monde à la tâche. Durant deux ans, on a travaillé à développer une stratégie : la Stratégie globale d’intégration des arts et de la culture acadienne. »

L’art comme vecteur de cohésion sociale

« Nous sommes à présent à mi-parcours et c’est extraordinaire tout ce que nous sommes en train de récolter, lance la directrice générale de l’Association acadienne des artistes professionnel.le.s. Les objectifs qu’on s’était fixés ont été quintuplés, parfois même décuplés ! Par exemple, nous avons développé une stratégie d’intégration des arts et de la culture dans le milieu scolaire, afin qu’il y ait un meilleur enseignement par les arts et pour une présence accrue des artistes en milieu scolaire. » Or, en l’espace de cinq ans, le nombre d’artistes présents dans les écoles est passé de 102 à… 1711 ! « Dans les faits, explique Mme Gibbs, on a créé des passeurs et des ambassadeurs culturels parmi les profs, les directions d’école, dans les conseils d’éducation, au ministère, etc. Tous reconnaissent à présent l’apport des arts et de la culture dans la réussite scolaire et pour une identité culturelle forte en Acadie. »

De plus, le gouvernement du Nouveau-Brunswick a mis en place une politique du livre qui reconnaît l’importance de la lecture dans le développement critique, pour l’imaginaire, pour la réussite des élèves, etc. « Cette politique appuie les maisons d’édition, les librairies, les auteurs et le milieu afin qu’il y ait un meilleur accès aux livres partout au Nouveau-Brunswick », résume Carmen Gibbs.

« Je crois que nous avons des pratiques exemplaires, qui pourraient être bénéfiques pour le Québec, poursuit-elle. Je vais même me permettre un commentaire : nous, les Acadiens, connaissons beaucoup mieux le Québec et les Québécois — vos enjeux, vos réalités et vos besoins — que vous, vous connaissez notre réalité ! Et c’est un beau moment pour apprendre à se connaître et pour faire des partenariats. »

« Le colloque Les Arts et la Ville est justement une belle occasion de souligner les liens qui unissent l’Acadie et le Québec, renchérit Frédérick Dion, de l’Association des municipalités. Nous avons une frontière commune et on a des liens étroits et d’importantes collaborations, et je pense qu’il est important de nous le rappeler. »

« Et le colloque Les Arts et la Ville qui se tient chez nous cette année n’est pas une fin en soi, enchaîne Carmen Gibbs, mais c’est le début de quelque chose… Et c’est pour ça qu’on appelle ça l’Acadie complice… ! Complice avec vous ! »