Un premier colloque à l’extérieur du Québec

Martine Letarte Collaboration spéciale
<em>« Les contacts humains sont importants dans un événement comme celui-là, </em>souligne le maire de la petite ville de Dieppe au Nouveau-Brunswick, Yvon Lapierre. <em>On apprend des succès des autres, mais aussi des difficultés qu’ils ont traversées. Parce que développer le secteur culturel et artistique dans les villes reste un défi. »</em>
Photo: CACD « Les contacts humains sont importants dans un événement comme celui-là, souligne le maire de la petite ville de Dieppe au Nouveau-Brunswick, Yvon Lapierre. On apprend des succès des autres, mais aussi des difficultés qu’ils ont traversées. Parce que développer le secteur culturel et artistique dans les villes reste un défi. »

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Un 28e colloque pour Les Arts et la Ville, un premier tenu hors Québec. L’élue : Dieppe, au Nouveau-Brunswick, la plus grande ville acadienne. La culture, thème de l’événement annuel, a été ciblée comme axe de positionnement important depuis une dizaine d’années dans cette ville constamment en croissance.

Les arts et la culture ne pesaient pas lourd dans le rayonnement de Dieppe il y a une dizaine d’années, même si la région acadienne est réputée pour ses nombreux artistes, notamment sur la scène musicale. Puis, la ville, surtout reconnue traditionnellement pour ses infrastructures sportives et récréatives, a décidé de se repositionner en accordant une plus grande place au secteur culturel. Une occasion s’est présentée avec la possibilité de reprendre le bâtiment d’un conservatoire de musique privé en proie à des difficultés financières. La Ville l’a acquis, puis elle a décidé de transformer l’ancienne caserne de pompiers voisine en salle de spectacles comprenant un peu plus de 200 sièges. Adjacent à la caserne, il y avait l’ancien hôtel de ville. Avec tous ces espaces, on a créé le Centre des arts et de la culture de Dieppe (CACD).

« Les deux bâtiments ont été reliés par une structure vitrée qu’on utilise maintenant comme hall d’exposition ou pour l’organisation de différentes réceptions », indique Yvon Lapierre, le maire de Dieppe, fier de recevoir le colloque Les Arts et la Ville.

Le CACD joue aussi un rôle important notamment pour éveiller les enfants aux arts et à la culture.

« Tous les jeunes du coin viennent passer du temps au Centre pour faire toutes sortes d’activités, de la poterie au dessin, indique le maire. Des spectacles s’y tiennent aussi sur une base régulière. »

Moncton, ville voisine d’environ 70 000 habitants, a la salle régionale du Théâtre Capitol avec ses 800 sièges, mais Dieppe tenait à avoir sa petite salle à elle.

« L’acoustique est extraordinaire, c’est un lieu unique, affirme Yvon Lapierre. Puis, nous sommes une ville francophone qui offre des services bilingues, alors nous voulons prendre notre place du côté de la francophonie. »

Échanger pour mieux avancer

La tenue à Dieppe du colloque Les Arts et la Ville est rendue possible en grande partie grâce à l’Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick (AAAPNB), qui a appuyé la candidature de la ville avec ferveur.

« Nous sommes membres de l’association Les Arts et la Ville depuis seulement trois ans et nous sommes heureux d’avoir réussi à y faire notre place aussi rapidement, affirme Yvon Lapierre. La tenue du colloque s’inscrit tout à fait dans le repositionnement de la ville en matière de développement de la culture. »

Pour le maire de Dieppe, cet événement est un lieu de prédilection pour cheminer en matière de développement culturel et artistique.

« Particulièrement pour une ville comme la nôtre, où on en est à nos premiers pas dans le domaine, c’est important d’entendre parler des réalisations d’autres villes dans les arts et la culture », indique M. Lapierre, Montréalais d’origine, né dans le quartier Saint-Henri.

Il donne d’ailleurs l’exemple de sa rencontre avec Jean Fortin, le maire de Baie-Saint-Paul.

« De grandes réalisations y ont été faites et c’est une petite communauté, se réjouit Yvon Lapierre. L’échange d’expériences vécues, les contacts humains sont importants dans un événement comme celui-là. On apprend des succès des autres, mais aussi des difficultés qu’ils ont traversées. Parce que développer le secteur culturel et artistique dans les villes reste un défi. Ce n’est pas facile avec la réalité économique. Il y en a toujours qui nous demandent pourquoi on investit là-dedans. »

La tenue du colloque a aussi incité certaines villes du coin à travailler sur leur volet culturel.

« Avec l’AAAPNB, nous avons encouragé les villes à développer des politiques culturelles et quelques-unes l’ont fait dans les derniers mois », affirme M. Lapierre.

Plus de 200 participants se sont inscrits au colloque au Nouveau-Brunswick.

« En plus de faire découvrir Dieppe aux participants, nous les amènerons bien sûr au Pays de la Sagouine, à Bouctouche, puis à Shediac, où on fera une sortie en bateau pour montrer notamment comment on pêche le homard », indique Yvon Lapierre.

Attraction de francophones et francophiles

L’Acadie a une relation privilégiée avec le Québec. Lors de la belle saison, de nombreux vacanciers québécois prennent la route des Maritimes pour profiter des plages. De nombreux Québécois et Canadiens francophones vont aussi étudier à l’Université de Moncton. D’autres adoptent la région pour des raisons professionnelles, comme le maire, arrivé au Nouveau-Brunswick en 1971, puis installé à Dieppe en 1977.

« La ville a toujours réussi à attirer de nombreux francophones et francophiles, remarque-t-il. Lorsque je suis arrivé, nous étions 8500 dans la ville et nous sommes maintenant 25 000, mais la proportion est toujours d’environ 75 % de francophones et de 25 % d’anglophones. »

Ils travaillent dans des secteurs d’activité diversifiés.

« Bien des gens sont venus faire carrière dans le secteur médical, avec le Centre hospitalier universitaire Dr-Georges-L-Dumont, à Moncton, qui est francophone, puis des chercheurs sont venus à l’Institut atlantique de recherche sur le cancer, remarque le maire de Dieppe. Nous avons aussi de grandes entreprises, comme Assomption Vie, dans le domaine de l’assurance, et Irving. La région est surtout un centre logistique pour tout l’Atlantique. De plus, on est à 10 kilomètres de la côte, alors on retrouve aussi des activités de pêche et de transformation. »

Yvon Lapierre a été conseiller municipal de 1986 à 1992, puis il est devenu maire pour une première fois en 1998, avant de démissionner parce que son emploi l’amenait aux États-Unis, puis à Montréal. C’est à sa retraite, en 2012, qu’il a effectué un retour à la mairie.