Métamorphose muséale

La directrice du Musée d'art de Joliette, Annie Gauthier
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir La directrice du Musée d'art de Joliette, Annie Gauthier

Fermé depuis 2013, le Musée d’art de Joliette (MAJ) s’apprête à rouvrir, tout beau, tout neuf. Mais est-ce vraiment la même institution ? Deux ans de chantier et 14 millions plus tard, c’est une véritable métamorphose qui a pris forme à l’entrée de la capitale lanaudoise. Même les plus fidèles visiteurs ne s’y reconnaîtront pas.

Du haut de sa terrasse, en cours d’aménagement, le MAJ offrira une magnifique vue sur la rivière L’Assomption. C’est une nouveauté qui a toute son importance, car l’établissement fondé par la congrégation des Clercs de Saint-Viateur vise à se rapprocher des gens qui l’entourent. Selon sa directrice, qui recevait les représentants des médias mercredi, le musée sera un endroit plus ouvert, plus accessible, plus accueillant, où il fera bon s’éterniser.

« L’art est une fenêtre sur le monde, mais le musée doit être une antenne pour la région. L’ancrage local est indispensable », dit Annie Gauthier, sur cette terrasse qui serait déjà convoitée pour de futurs 5 à 7.

Fini le bunker en béton conçu dans les années 1970 par le père Wilfrid Corbeil. Voici un musée lumineux, porté par une façade vitrée. Finie, la masse presque uniforme. Voici un édifice moins rigide, avec deux excroissances bien visibles, l’une devant son entrée principale, l’autre sous forme d’une tourelle signalétique. Le nouveau MAJ, conçu par l’architecte Éric Gauthier de la firme montréalaise FABG, a une silhouette bien à elle.

« Le bâtiment d’origine n’a pas été défiguré, rectifie Annie Gauthier. On a juste agrandi sur le devant, vers la rivière, et en hauteur. Mais on n’a pas plus de superficie d’exposition, on a surtout plus d’espace de vie, pour tous. »

Celle qui est aux commandes de l’établissement joliettain depuis trois ans — elle se qualifie elle-même de « nouvelle directrice » — ne cachait pas son excitation. L’inauguration officielle n’est prévue qu’en septembre, mais à la mi-juin, il y aura un « grand week-end de préouverture ». Il urge de présenter le bijou.

« On a mis en place une ouverture progressive,explique d’emblée Mme Gauthier, parce qu’on voulait redonner le bâtiment au fur et à mesure aux citoyens. »

Déjà, la veille de la visite de presse, les activités éducatives avaient repris leurs cours sur la rue du Père-Wilfrid-Corbeil. « L’espace créatif », qui peut accueillir jusqu’à 100 personnes, pourra même servir de salle pour récitals. Avec vue sur la rivière. Jeunes et mélomanes animeront d’ailleurs le musée pendant la saison estivale : camps d’été et concerts du Festival de Lanaudière y ont été programmés.

Les expositions temporaires ne prendront place qu’en octobre, avec des photographies de Geneviève Cadieux, mais dès la fin de la semaine pré-inaugurale, en juin, il sera possible de visiter l’exposition permanente. Intitulée Les îles réunies, celle-ci aura comme mandat de dépoussiérer la supposée incohérence entre les différentes collections du MAJ, en les rassemblant sous différentes thématiques.

« Il y a des gens qui ne venaient pas au musée parce qu’ils pensaient qu’il n’y avait que de l’art religieux, reconnaît sa porte-parole. Or, ce n’est qu’une infirme partie de ce que l’on possède. Les Clercs achetaient aussi de l’art profane. C’est grâce à eux si on a des Borduas, des Emily Carr. »

Le chantier est pratiquement terminé, si on exclut l’aménagement extérieur. Il reste bien quelques couches de peinture à appliquer, quelques planchers à couvrir, et surtout des oeuvres à sortir de leurs caissons. Mais pour Annie Gauthier, qui s’est elle-même chargée de la visite des lieux, il était important de montrer les « dessous du musée », dont la renaissance a nécessité « 52 déménagements ».

La directrice est fière d’avoir provoqué une reconfiguration des espaces intérieurs, dont le principal bénéfice se vivra dans les expositions temporaires. La suppression d’un mur en béton entre deux salles permettra ainsi une meilleure circulation des visiteurs. Annie Gauthier, artiste de la performance dans une autre vie, compte aussi donner une belle place aux arts vivants, notamment à travers une programmation plus souple, attentive à l’actualité, « à ce qui se passe dehors ».

Outre le projet d’ouverture à développer, le chantier du MAJ a été nécessaire pour mettre aux normes le bâtiment. Car « il pleuvait dans les réserves », selon Annie Gauthier, et l’état de moisissure était fort avancé. Le musée sera plus sain, mais aussi moins vétuste, plus pratique : il n’y avait pas de remonte-charge et il a fallu « trois semaines pour creuser un cylindre dans le roc », confie la directrice.

Plus sain, plus pratique, plus accessible. Et plus lumineux, à l’instar de l’oeuvre du 1 % (le programme d’intégration à l’architecture), une sorte de lustre, signé Claudie Gagnon et placé en haut de la tour.

Le financement de ce vaste projet a été soutenu par les différents ordres gouvernementaux. Le ministère de la Culture et des Communications (Québec) a été le principal contributeur, avec une subvention de 10 millions. Patrimoine Canada a versé 1 million et le reste provient à la fois de fonds municipaux, impliquant plusieurs villes de la région, et de sources privées.

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1 commentaire
  • Claudette Gascon - Abonnée 21 mai 2015 17 h 20

    Le Musée d'art de Joliette version 2015

    Bravo et merci au MAJ d'aujourd'hui et à toutes les personnes qui en ont assuré la réalisation.

    À quand la navette Montréal-Joliette?

    Claudette Gascon, abonnée