Les 2000 statues pâtissent de la campagne présidentielle

Buenos Aires — Graffitis, tags politiques, affichage sauvage: les statues de Buenos Aires sont les victimes collatérales de la campagne électorale argentine, selon le directeur des Espaces Verts de Buenos Aires, à quatre mois de la présidentielle.

«En période électorale, notre travail de réparation s’intensifie», témoigne Nicolas Quintana, directeur général des Espaces Verts de Buenos Aires, qui s’occupe de la préservation des 2000 oeuvres d’art (sculptures, monuments et plaques commémoratives) qui ornent Buenos Aires.

«En Argentine, des années comme celle-ci, les mouvements de rue pour des questions politiques se multiplient. Ces manifestations abîment souvent les statues et le mobilier urbain. L’affichage sauvage et les tags politiques sont les autres causes de dégradation des statues», précise-t-il.

Vingt-cinq artistes et restaurateurs sont employés par la ville de Buenos Aires au sein du dénommé Hôpital des statues, pour remédier à ces dégradations, mais aussi pour restaurer les sculptures usées par le temps.

«Toutes ces statues sont nos enfants. Je regrette que tout le monde ne se rende pas compte que le patrimoine est tellement beau, que ça a demandé autant de travail à faire tout ça, et que ces oeuvres sont cassées pour rien...», regrette Jorge Zakkour, qui coordonne les employés de l’Hôpital des statues.

Dans cet immense atelier, véritable caverne d’Ali Baba en plein coeur d’un parc de Buenos Aires, une centaine de statues attendent patiemment de retrouver leur intégrité. Un Christophe Colomb en bronze, agenouillé, semble presque supplier qu’on lui rende le pied qu’on lui a dérobé.

«On se base sur des archives photographiques et sur des photos d’autres oeuvres pour coller à l’oeuvre originale au moment de la restauration», a explique à l’AFP Gabriel Ramirez, sculpteur et restaurateur.

«C’est un musée ouvert à l’air libre. Les gens qui travaillent ici sont passionnés par ce qu’ils font. Ce travail, c’est de la culture, de l’histoire, du patrimoine, et surtout, de l’amour», s’exalte Jorge Zakkour.

Le vol de bronze est aussi une des raisons de la dégradation des statues, sa valeur faisant que des voleurs profitent de l’obscurité pour en casser des morceaux, afin de les fondre puis les vendre.

Fin octobre 2014, la raquette de l’ex-joueuse de tennis Gabriela Sabatini avait été volée quelques semaines seulement après l’installation d’une statue à son effigie.

Depuis sa création en 1953, tous les monuments de Buenos Aires sont déjà passés sur le billard de l’Hôpital des statues, selon Nicolas Quintana, pour une réparation ou un simple entretien de routine.