Peaux de banane et burlesque subtil

Le spectacle est fait d’un burlesque coquin, un peu «trash», mais jamais grossier.
Photo: Patrick Beaudry Le spectacle est fait d’un burlesque coquin, un peu «trash», mais jamais grossier.

Vous ne regarderez plus jamais une banane de la même façon, promettait le programme d’Empire, le spectacle de cirque new-yorkais produit par l’Australien Spiegelworld qui vient de planter son chapiteau à l’angle de Bleury et René-Lévesque.

Il faut dire que le numéro de jonglerie buccale avec des morceaux de banane à laquelle s’adonnent Oscar et Fanny, alias Jonathan Taylor et Anne Goldman, des États-Unis, le couple de clowns du spectacle, a de quoi marquer les esprits. Je vous mets au défi de jongler ainsi avec deux morceaux de banane avec la seule force de votre langue…

Dans ce spectacle qui se dit pour adultes, le sexe est davantage matière à rire qu’à choquer, et l’humour ne sacrifie en rien à la subtilité. Ce qui est peut-être en soi un tour de force…

Car c’est bien le burlesque coquin qui démarque ce spectacle, lancé pour la première fois en 2012 à New York, de spectacles comme ceux du Cirque du Soleil par exemple. Burlesque un peu trash, mais jamais grossier.

La performance technique est d’ailleurs aussi au rendez-vous. Il faut s’incliner devant le numéro époustouflant du Montréalais d’origine turque Melmet Bilgin Rigolo, surnommé le 3D graffiti Guy, qui clôt le spectacle.

L’homme fait reposer une plume en équilibre sur un échafaudage de 13 branches de palmiers, avant de le faire tourner sur sa tête, puis de le faire tomber d’un seul souffle sur la plume. L’exploit, conçu par Madïr Eugster, avait été présenté par sa fille dans le spectacle Analuna du Cirque du Soleil.

Les numéros d’Empire sont portés par la voix de Miss Purple, qui entonne différents succès, de Cake à Leonard Cohen, en compagnie de son guitariste Moondog.

Le charme intime d’Empire réside aussi beaucoup dans son chapiteau, la Spiegeltent, une création antique art déco décorée de miroirs aux contours biseautés. Les 700 sièges qui entourent la scène permettent un sentiment de proximité avec les artistes, dont on suit les mouvements en retenant son souffle. La scène gagnerait cependant à être un peu plus élevée pour assurer une meilleure vision.

Le producteur du spectacle, Ross Mollison, n’a pas caché qu’il aimerait bien présenter son spectacle en alternance avec un spectacle du Cirque du Soleil, qui monte son chapiteau dans le Vieux-Port tous les deux ans. Dans ce contexte, toute la famille serait servie, puisqu’Empire n’ouvre ses portes qu’aux 15 ans ou plus.