Marcel Jean sera à la direction de la Cinémathèque québécoise

Marcel Jean
Photo: G. Piel Marcel Jean

La Cinémathèque québécoise, qui traverse des zones de turbulences, aura dès le 4 mai un nouveau directeur à sa barre, Marcel Jean, actuel délégué artistique du Festival du film d’animation d’Annecy. Il avait déjà oeuvré à la Cinémathèque à titre de conservateur du cinéma d’animation et responsable des publications, de 1996 à 1998. En 2002, des chasseurs de têtes l’avaient approché pour diriger la Cinémathèque sans que les étoiles soient alignées en ce sens.

Iolande Cadrin-Rossignol, qui avait été nommée directrice intérimaire en 2011, se félicite de lui passer la main en assurant qu’il était son premier choix et que nul autre ne pouvait réunir autant de compétences et de qualités pour repositionner l’institution. Tous deux travailleront de concert au cours des prochaines semaines afin d’assurer la passation des pouvoirs.

Critique de cinéma au Devoir de 1984 à 1988, coauteur du Dictionnaire du cinéma québécois, chef du studio d’animation du Programme français de l’ONF de 1999 à 2005, longtemps enseignant, Marcel Jean est considéré à la fois comme un gestionnaire et un homme d’action.

Dans le bain

« Je suis né en 1963, la même année que la Cinémathèque, j’en ai toujours été proche, précise-t-il, et je veux qu’elle me survive. Je suis un pédagogue, un communicateur, et comme critique, un vulgarisateur. Je suis aussi un gars qui prêche le cinéma et qui a acquis une somme d’expériences. J’arrive à un moment où il est temps d’influer sur ce que va devenir la Cinémathèque des vingt-cinq et cinquante prochaines années. » Ses spécialisations en cinéma québécois et en animation seront précieuses dans une institution qui en a fait ses fers de lance.

Marcel Jean se promet de communiquer après son entrée en fonction avec le ministère de la Culture ainsi qu’avec Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). Il n’exclut pas une forme de collaboration avec la BAnQ, même si le scénario de fusion est écarté. « Une chose est certaine : la situation actuelle de la Cinémathèque, eu égard à son financement, ne peut se poursuivre, estime-t-il. Il faut arriver à changer le paradigme dans lequel elle se trouve, sans exclure des partenariats efficaces. La BAnQ et la Cinémathèque possèdent chacune des expertises et des outils que l’autre n’a pas. On serait bête de ne pas en profiter. »

Il espère établir une stratégie quinquennale au plus tôt, après s’être mis au parfum des discussions en cours avec l’entreprise privée et avoir évalué les pistes de solution à long terme.

« Il faudra aussi actualiser les communications à la Cinémathèque, poursuit-il. Elle avait été un lieu d’accueil du milieu cinématographique, mais des liens d’hospitalité se sont perdus. Ce milieu est plus vaste et plus complexe qu’autrefois. Et la Cinémathèque doit accueillir autant l’industrie du cinéma que le milieu de l’animation, de la télévision, de la vidéo, en devenant représentative de l’ensemble du milieu audiovisuel. Les conditions ont changé aussi. Pourquoi les gens se déplaceraient-ils en festival ou en salles pour voir un film qu’ils trouvent en ligne ? Il faut créer des événements, brasser les cartes. Je suis conscient que la Cinémathèque a des valeurs à préserver, et je m’y engagerai, mais aussi que les nouvelles technologies changent la donne et qu’on devra les inclure dans notre stratégie. »

Marcel Jean maintiendra ses fonctions au Festival d’Annecy, cette année — le rendez-vous est en juin —, puis entend discuter de la suite des choses avec l’équipe de ce festival français.