Les Cowboys qui plantaient des arbres

Dès sa formation, le groupe Les Cowboys Fringants, formé de Marie-Annick Lépine, de Karl Tremblay, de Jean-François Pauzé et de Jérôme Dupras, a penché pour la cause verte.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Dès sa formation, le groupe Les Cowboys Fringants, formé de Marie-Annick Lépine, de Karl Tremblay, de Jean-François Pauzé et de Jérôme Dupras, a penché pour la cause verte.

Ils sont jeunes. Ils sont fringants. Ils reverdissent Montréal de leur générosité et de leur engagement. Pour le 375e anniversaire de Montréal, en 2017, ils se sont donné pour mission d’y replanter 375 000 arbres. Et bientôt, une forêt de 10 000 arbres poussera à Laval grâce à leurs efforts.

Dès sa formation, le groupe Les Cowboys Fringants, formé de Marie-Annick Lépine, de Karl Tremblay, de Jean-François Pauzé et de Jérôme Dupras, a penché pour la cause verte. « On s’intéressait à l’environnement », raconte la violoniste Marie-Annick Lépine. La première chanson engagée du groupe, Le gars de la compagnie, écrite par Jean-François Pauzé et qui dénonce les coupes à blanc, mettait la table : « Pendant des années y’ont coupé comme des défoncés / La demande est trop grande pour ce que la forêt peut donner / Mais c’est pas ben grave / Y’ont des chums au gouvernement / Fa’qu’y sont rmontés au nord / continuer la coupe à blanc. »

C’est quelques heures avant l’an 2000, après avoir écouté le film sur la déforestation L’erreur boréale, de Richard Desjardins et Robert Monderie, que les paroles de cette chanson sont venues à Jean-François Pauzé.

« J’en avais les jambes sciées. Ce film a vraiment marqué ma vie. En tant que jeune auteur, je voulais écrire quelque chose sur le sujet, mais j’étais ambivalent : attaquer à ce sujet après qu’il l’a été de si belle façon, et par Desjardins en plus ! », racontera ensuite Pauzé, dont c’est l’une des chansons préférées.

Pour Les Cowboys Fringants, la voie était tracée. On causerait vert où on ne causerait pas. « Quand le groupe a commencé à être un peu plus engagé, on recevait beaucoup de demandes » pour s’engager dans différentes causes, raconte Karl Tremblay. « Dès l’an 2000, on a commencé à viser l’environnement comme cheval de bataille, ajoute Marie-Annick. Au début, on voulait protéger le territoire, on se disait: avec notre argent, on va acheter des terres et les faire zoner vert, raconte-t-elle. On s’est informés et on s’est dit que ça n’était peut-être pas la meilleure idée. »

Le groupe, qui ne roulait pourtant pas sur l’or, a commencé par remettre une partie des revenus de ses spectacles et de ses ventes de disques à des organismes comme Action boréale ou Eau secours. Un ou deux dollars sur chaque billet vendu, 50 sous par disque. « On s’est associé à plusieurs projets de conservation de la nature en leur donnant des sous pour boucler, raconte Marie-Annick. Ce sont souvent des projets de millions de dollars, et ça n’est pas nécessairement ce qu’on avait dans la caisse. » Mais quelques milliers de dollars pouvaient avoir de l’importance.

Création d’une fondation

Avec le temps, l’engagement s’est précisé. Le groupe crée la Fondation Cowboys Fringants, qui lui permet désormais de collecter des fonds même lorsqu’il n’est pas producteur de ses spectacles. Jérôme Dupras, le bassiste, termine une maîtrise en biochimie, puis un doctorat en économie de l’environnement. Il étudie l’impact des milieux humides sur la qualité de vie, d’un point de vue économique. Il donne des conférences partout dans le monde et enseigne à l’Université du Québec en Outaouais. C’est l’éminence verte du groupe. Grâce à lui, la crédibilité de la Fondation est assurée. Dès qu’il y a suffisamment d’argent pour donner naissance à un nouveau projet, la Fondation fait un appel d’offres et les soumissions sont évaluées par un comité d’experts scientifiques.

On détermine si le projet est souhaitable, si les essences d’arbres à planter sont les bonnes. L’automne dernier, grâce à un spectacle donné au Centre Bell, 60 000 arbres ont déjà été plantés à Terrebonne, à Verdun, à Châteauguay et le long de la rivière Richelieu. Le 26 avril, le groupe donnera un concert gratuit, Un arbre pour tous, au Centre de la nature de Laval. « C’est un levier de sensibilisation populaire. Ça nous donne accès à un réseau de gens qui ont un impact sur le terrain. On se sert de l’argumentation scientifique et de la visibilité des Cowboys », explique Jérôme Dupras. Les Cowboys ne sont pas les seuls artistes à mettre leur visibilité au service de la cause environnementale. À la suite de Richard Desjardins, le comédien Roy Dupuis est connu pour son engagement auprès de la Fondation Rivières, qui veut protéger les rivières menacées. Le chanteur Louis-Jean Cormier a été porte-parole de la journée En ville sans ma voiture et a milité contre le projet de mine Arnaud à Sept-Îles. Le réalisateur Dominic Champagne milite contre l’exploitation du gaz de schiste et celle du pétrole sur l’île d’Anticosti. Il pose d’ailleurs sur sa page Facebook avec un « Non à l’oléoduc » tatoué dans la main…

Avoir un impact

Mais la cause de l‘environnement est semée d’embûches et de souches, voire de désillusions. Une autre chanson de Jean-François Pauzé chantée par Les Cowboys Fringants, La manifestation, raconte avec ironie la débandade d’une manifestation contre la déforestation devant la compagnie Domtar, qui tourne en freak show entre une poignée de hippies et des policiers.

« À la manifestation ! / C’est vrai qu’on n’a rien changé / On a causé un bouchon d’circulation / Ça fait toujours bien ça d’gagné… ».

Mais ce que Les Cowboys Fringants veulent, c’est avoir un impact, changer les choses. « La musique, ça nous donne une belle portée, dit Marie-Annick, les gens peuvent être touchés. Mais s’il n’y avait pas de portée, s’il y avait juste des paroles, on trouverait que ça n’est pas assez concret. » Ce projet de planter 375 000 arbres grâce à un mouvement de la base vers les décideurs, c’est une première dans le monde, soutien Karl Tremblay. Et le monde, Les Cowboys veulent le changer. Ils voulaient le changer à vingt ans, avant même d’avoir des enfants. Ils le veulent encore à 35, alors que des petits sont nés, comme, bientôt, celui qui pousse dans le ventre de Marie-Annick. Comme les arbres sur les terrains ensemencés par les idées folles du groupe.

Dès sa formation, le groupe Les Cowboys Fringants, formé de Marie-Annick Lépine, Karl Tremblay, Jean-François Pauzé et Jérôme Dupras, a penché pour la cause verte.