Le Cirque du Soleil à réinventer

Et maintenant quoi ? La vente annoncée du Cirque du Soleil (CDS) à un syndicat d’actionnaires comprenant un Fonds d’investissement américain (TPG Capital, majoritaire) et un autre chinois (Fosun Capital, minoritaire) stimule les questions sur l’avenir de la compagnie montréalaise fondée en 1984.

La transaction. Guy Laliberté, cofondateur et propriétaire du CDS, a envoyé mercredi une note à ses quelque 4000 employés après l’annonce médiatique de la conclusion des négociations sur la vente de son entreprise. Il y affirme qu’aucune entente n’est conclue tout en ajoutant : « Je ne vous cacherai pas qu’il y a beaucoup de discussions en cours. » Il promet à ses ouailles de les informer en priorité sitôt les « nouveaux partenaires » connus. Radio-Canada dit que la transaction devrait être bouclée la semaine prochaine.

Les partenaires. TPG est un fonds américain possédant des actifs de 70 milliards. Fosun est le plus gros portefeuille d’investissement chinois. Guy Laliberté lui-même conserverait 10 % des parts, par rapport à 90 % actuellement. La Caisse de dépôt et placement du Québec s’impliquerait aussi pour 10 %. Ce qui fait que le cinquième (20 %) du CDS serait encore sous contrôle québécois.

Le prix. Guy Laliberté aurait espéré tirer 2 milliards de la vente. La compagnie serait finalement acquise pour 1,5 milliard, selon diverses sources citées par des médias. M. Laliberté était déjà milliardaire avant cette transaction. Pendant les années de vaches grasses du géant de la piste, ses nombreux spectacles lui rapportaient plusieurs centaines de millions par année. Son seul train de vie personnel annuel a été estimé à environ 100 millions de dollars. M. Laliberté termine l’aménagement d’un atoll privé dans le Pacifique. Il s’est mis récemment à collectionner l’art contemporain.

Le contrôle. Québec ne s’est pas mêlé des négociations, sauf pour implorer le fondateur d’exiger des nouveaux propriétaires qu’ils conservent à Montréal le siège social de la compagnie de création où travaillent environ 1500 personnes. Le Nouveau Parti démocratique croit au contraire que la prise de contrôle par une société étrangère doit faire l’objet d’un examen public. « La transaction est soumise à la Loi Investissement Canada et le gouvernement conservateur a le devoir de s’assurer que cette prise de contrôle étrangère se soldera à un avantage net pour le Canada », écrit Pierre Nantel, porte-parole du NPD en matière de patrimoine, dans un communiqué. La législation prévoit qu’un examen soit enclenché pour l’acquisition d’une entreprise culturelle canadienne d’une valeur dépassant 5 millions de dollars.

La direction. La haute direction actuelle va-t-elle résister à la prise de contrôle ? Daniel Lamarre est devenu président du CDS en 2001, après une carrière dans les médias et en relations publiques. Il a mené l’entreprise pendant des années fastes puis à travers les difficultés récentes, toujours dans un esprit de croissance, en prenant des risques. Jusqu’à l’éparpillement, jusqu’à diluer l’esprit d’innovation, disent ses détracteurs. On en verra encore les effets dans les prochains mois, avec l’ouverture d’un restaurant-cirque à Ibiza, des émissions de télé avec Fox et un parc d’attractions au Mexique. Le Globe and Mail affirme que l’homme d’affaires montréalais Mitch Garber, ami de Guy Laliberté, fait des démarches pour prendre la direction de l’entreprise.