Catalyseur du soutien aux artistes

Frédérique Doyon Collaboration spéciale
« Il faut mobiliser, oui, les artistes, mais aussi les secteurs privé et municipal ; pour eux, c’est souvent le seul moment de l’année où il est question d’art et de culture. »
Photo: Jacques Grenier Le Devoir « Il faut mobiliser, oui, les artistes, mais aussi les secteurs privé et municipal ; pour eux, c’est souvent le seul moment de l’année où il est question d’art et de culture. »

Ce texte fait partie du cahier spécial Conseil des arts

C’est le plus jeune et le plus modeste de nos conseils des arts. Le plus proche de ses milieux aussi. Des traits qui permettent au Conseil des arts de Montréal (CAM) de jouer les défricheurs — les rampes d’essai puis les leviers — et de maximiser son impact auprès des populations d’artistes qu’il dessert.

Relève, diversité culturelle, liens arts-affaires. Depuis cinq années déjà, le CAM multiplie les programmes, les politiques, les initiatives dans ces trois champs, qui continuent aujourd’hui d’être prioritaires. Un exemple ? Il a répandu l’initiative de speed dating entre gens d’affaires et des arts, Go C.A., lancé par l’Espace Go. Un autre ?

« Les musiques du monde étaient peu reconnues par le Conseil, rapporte Nathalie Maillé, qui, en 15 ans, a gravi tous les échelons jusqu’au poste de directrice générale, qu’elle occupe depuis 2013. Aujourd’hui, non seulement des artistes d’origines diverses reçoivent du soutien, mais il y a une reconnaissance sur le plan esthétique aussi. » Plusieurs autres organismes lui ont emboîté le pas et mettent cette diversité au coeur de leurs préoccupations. « Le Conseil québécois du théâtre va faire de la diversité le chantier principal de son prochain congrès. »

Fort de sa hausse de budget de 500 000 $ en décembre dernier, le CAM oeuvre maintenant à arrimer ces trois grands enjeux stratégiques à l’ensemble de son action et à mieux les ancrer sur le territoire qu’il dessert — et parfois au-delà. Ce qui lui a permis d’actualiser sa mission, qui consiste non plus seulement à soutenir et à reconnaître l’excellence artistique, mais aussi à la repérer et à l’accompagner.

« Depuis mon arrivée [en 2013] et celle de Jan-Fryderyk Pleszczynski [le président du CAM], on travaille à consolider notre action dans l’ensemble de nos programmes. On a posé plusieurs gestes majeurs, mais moins connus, avec de nouveaux partenaires. » Plus de 80 partenariats ont ainsi été conclus. Et les plus importants l’ont été dans la dernière année, avec des joueurs comme Culture Montréal, Espace pour la vie ou le Conseil des arts et des lettres du Québec, pour une valeur globale de 2,7 millions de dollars.

Mme Maillé cite, à titre d’exemple, la résidence Regard sur Montréal, lancée en 2014 avec l’Office national du film (ONF) et la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC). Celle-ci permet à un artiste issu de la diversité culturelle de déposer une seule demande au CAM lui ouvrant la porte à un financement conjoint des trois partenaires — une première collaboration des trois ordres de gouvernement ! — de 75 000 $. La première lauréate, Nadine Gomez, pourra ainsi concevoir, réaliser et diffuser un court métrage sur le métro de Montréal.

« Il y a une concertation de tous les bailleurs de fonds pour choisir l’élu qui bénéficiera de l’ensemble de son financement, dit la directrice. Cette approche collaborative, de proximité, c’est ce qui prime. De plus en plus, on veut faciliter la vie des artistes, alléger les processus. » Cette action concertée répond à la réalité du fractionnement et du saupoudrage des enveloppes, dont la communauté artistique se plaint depuis des années.

Le CAM assouplit ses règles et ses façons de travailler. L’aide aux projets artistiques peut désormais s’échelonner sur deux ans et s’adresse aux collectifs, en plus des compagnies. L’entrée au CAM d’un artiste ne passe plus uniquement par l’octroi d’une subvention disciplinaire (en danse, théâtre, etc.). Elle peut aussi se faire par l’entremise des autres programmes du CAM. Un artiste retenu pour un programme dédié à la relève peut ainsi être favorisé pour le CAM en tournée (programme de diffusion sur tout le territoire montréalais) ou accéder à l’un des programmes de résidence.

« Décloisonner les programmes a été le mot-clé de 2014, dit la directrice. Au final, au lieu de s’éparpiller, on fait le choix de soutenir un peu moins d’artistes, mais mieux. »

Une vingtaine de résidences visent désormais à faire participer les citoyens au processus de création de l’artiste lauréat. Des auteurs habitent non plus seulement les bibliothèques publiques, mais ils viennent aussi s’installer dans des librairies pour écrire. Une cinéaste cherche à documenter la vie des immigrants nord-africains pour son prochain film ? Qu’à cela ne tienne, le CAM orchestre des résidences dans des groupes communautaires.

« Beaucoup de créateurs ont envie de travailler dans le monde, pas isolé dans un studio », note Nathalie Maillé. La plus récente de ces résidences, intitulée Empreintes, a été orchestrée avec le Musée des beaux-arts de Montréal, qui vient d’accueillir sa première lauréate, Naghmeh Sharifi, invitée à dialoguer avec la collection de l’établissement.

C’est dans cet esprit consistant à jeter des ponts avec de nouveaux partenaires que le CAM prépare aussi le 375e anniversaire de Montréal. « On développe des liens et des projets avec les villes de la communauté métropolitaine de Montréal, explique la directrice. Pour que les artistes soient présents dans ces villes et vice-versa. On veut des actions à portée métropolitaine, alors on unit nos forces pour ramer tous dans le même sens. »

De telles actions s’ajoutent à celles du CAM qui sont plus visibles et plus connues, soit son soutien donné aux organismes artistiques par l’entremise de bourses et de subventions, son programme « Le CAM en tournée » et ses Grands Prix, qui fêtent cette année leurs 30 ans. À cette occasion, la cérémonie de remise des prix s’est déroulée au Palais des congrès, pour faire une plus grande place aux artistes. Quelque 650 invités s’y sont rassemblés. Le concours « 30 billets pour 30 ans d’excellence artistique » a permis à 30 organismes et collectifs culturels déjà soutenus par le CAM d’y participer, en plus des huit finalistes.

« C’est important d’asseoir tout le monde autour de la table, souligne Mme Maillé. Il faut mobiliser, oui, les artistes, mais aussi les secteurs privé et municipal ; pour eux, c’est souvent le seul moment de l’année où il est question d’art et de culture. Donc, oui, célébrer les artistes, mais pas juste “ entre nous ”. Il faut que les autres secteurs soient conscients des enjeux qui les touchent et de l’importance de les souligner. »

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