Un événement solidement ancré à Montréal

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Jan-Fryderyk Pleszczynski a pris la tête du Conseil des arts depuis un an.
Photo: Conseil des arts de Montréal Jan-Fryderyk Pleszczynski a pris la tête du Conseil des arts depuis un an.

Ce texte fait partie du cahier spécial Conseil des arts

À la tête du Conseil des arts depuis tout juste un an, Jan-Fryderyk Pleszczynski n’a qu’un mot à la bouche : la relève. Ou plutôt, les relèves. L’artistique, qu’il faut à tout prix soutenir afin qu’elle se développe et vole de ses propres ailes, et la philanthropique, sans qui la vitalité culturelle de Montréal ne pourrait survivre. Le Devoir s’est entretenu avec lui à la veille de la remise de son trentième Grand Prix.

« C’est essentiel pour une société qui a une âme d’avoir une vitalité artistique, estime celui qui fait partie du conseil d’administration du Conseil des arts de Montréal depuis cinq ans et qui en est devenu officiellement le président le 28 mars dernier. La philanthropie est majeure, puisque la capacité des organisations culturelles à obtenir du financement privé est directement liée à leur situation financière. Les premiers coups de pouce, souvent institutionnels, créent un cercle vertueux. Il y a alors un effet boule de neige. Elles sont ensuite susceptibles d’aller chercher des sommes privées. On n’imagine pas le poids transformationnel que cela a. Une petite bourse qui permet à un quatuor de tourner en Europe ou le soutien inconditionnel d’un mécène à un artiste pendant quelques années, ça fait toute la différence pour les mettre au monde ou les aider à peaufiner leurs réalisations artistiques et aller chercher un appui de la part de fidèles acheteurs ou spectateurs. On a encore du travail à faire de ce point de vue, mais les signes sont encourageants. »

Car si, traditionnellement, le mécénat en général et le mécénat artistique en particulier sont plutôt le fait des anglophones, de plus en plus de professionnels francophones se lancent dans cette pratique. Le succès du programme Art-affaires et l’engagement de plus en plus grand, en temps comme en argent, de jeunes gens d’affaires au Conseil des arts en sont la preuve.

« Nous avons encore beaucoup à apprendre de ce qui se passe du côté des anglophones, reconnaît le plus jeune président que le Conseil des arts ait connu. Mais il faut arrêter de constamment se comparer. Il commence à y avoir des fondations, des collectifs, des regroupements. Surtout, on voit les jeunes faire leur part. Nous collaborons notamment de près avec les Jeunes Mécènes pour les arts, qui depuis deux ans remettent 20 000 dollars en bourses à des créateurs en émergence. Cette organisation a su rallier la relève d’affaires pour octroyer des sommes privées, qui ne sont pas négligeables. L’expertise du Conseil est simplement venue l’aider pour sélectionner les récipiendaires. Je vous parle de celle-ci, mais il y en a d’autres. »

L’une d’elle soutient depuis l’an dernier des artistes dans le domaine du jazz, une autre verra le jour cette année et viendra en aide au court métrage. Elles proviennent souvent de l’initiative d’un mécène, passionné par telle ou telle forme d’art, et qui vient chercher l’expertise du Conseil des arts.

« On ne voyait pas ça de cette façon il y a encore quelques années, affirme M. Pleszczynski. Depuis cinq ans environ, de plus en plus de jeunes investissent le milieu culturel et financent les arts. »

Aujourd’hui, le Conseil des arts dispose d’un budget de 13,5 millions de dollars, qui lui permet de soutenir près de 400 organismes. Du plus grand au plus petit et avec des subventions qui varient sensiblement en fonction de la taille, de la réputation et des besoins de chacun.

« Mais, quelle que soit l’enveloppe attribuée, on observe que cela a un effet d’entraînement pour les organisations qui la reçoivent, assure-t-il. Parce que nous avons des comités d’évaluation composés de gens qui sont sur le terrain et qui connaissent très bien la scène culturelle montréalaise. Parce que ça fait bientôt 60 ans que le Conseil des arts existe, 30 ans cette année que nous remettons le Grand Prix, et qu’en cela nous célébrons le talent montréalais. C’est un événement solidement ancré dans le calendrier, crédible, et qui a toute sa pertinence. Sinon, il n’aurait pas perduré. »

Trente ans donc, en 1985, qu’une compagnie de marionnettes géantes, le Théâtre Sans Fil, a reçu le premier Grand Prix pour son adaptation de l’oeuvre de Tolkien, Le seigneur des anneaux. Depuis, le Cirque du Soleil, l’Orchestre symphonique de Montréal, les Grands Ballets canadiens, le festival TransAmériques ou encore le Cirque Éloize, pour n’en citer que quelques-uns, ont reçu cet honneur et la bourse qui vient avec lui.

« Sans parler des finalistes, eux aussi toujours très prestigieux, précise le président du Conseil des arts. C’est toujours très difficile pour le comité d’arrêter un choix. Pour y parvenir, les membres se concentrent sur la production de l’année. Les récipiendaires ne sont d’ailleurs pas toujours de gros joueurs. Prenons le Cirque du Soleil, qui a reçu le Grand Prix en 1987… Ça n’avait rien à voir avec ce que c’est devenu aujourd’hui. Il commençait à bien tourner, mais le prix lui a ouvert les portes des États-Unis. C’est un jalon majeur dans son histoire. »

Pour souligner les 30 ans du Grand Prix, une exposition de photos en forme de mur-hommage aux 29 lauréats est visible actuellement au restaurant Accords – Le Bistro, rue Sainte-Catherine.

« C’est un clin d’oeil, raconte Jan-Fryderyk Pleszczynski. On retrouve en plein Quartier des spectacles une belle mosaïque qui donne une très bonne idée de ce qui s’est passé dans les trois dernières décennies sur la scène artistique montréalaise. Il y a des gagnants très prestigieux ou qui sont devenus des organisations très prestigieuses. Franchement, je crois vraiment qu’on peut tous être très fiers ! »

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