Les vies d'Hochelaga

Une famille des années 1950, devant le marché Maisonneuve. À l’époque, la ville de Maisonneuve est une enclave prospère, où les nombreuses usines fournissent des emplois stables. Leur délocalisation, quelques années plus tard, frappera durement le quartier.
Photo: Collection Atelier d’histoire Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, don de Mireille Dufort Une famille des années 1950, devant le marché Maisonneuve. À l’époque, la ville de Maisonneuve est une enclave prospère, où les nombreuses usines fournissent des emplois stables. Leur délocalisation, quelques années plus tard, frappera durement le quartier.
On lui colle encore toute une série de clichés peu reluisants malgré l’embourgeoisement accéléré des dernières années. Mais pour comprendre vraiment Hochelaga-Maisonneuve, il faut prendre le temps de se plonger dans l’histoire du quartier. C’est ce que propose l’Atelier d’histoire Mercier–Hochelaga-Maisonneuve dans le cadre d’une exposition présentée au musée Dufresne-Nincheri, Les années citoyennes 1950-1990.


Les condos ont poussé un peu partout, et ce, en moins d’une décennie. Même chose pour les restaurants et les commerces desservant les nouveaux résidants venus s’installer dans « HoMa », l’acronyme inventé pour donner un caractère branché au quartier montréalais Hochelaga-Maisonneuve.

Cette transformation profonde ne doit toutefois pas faire oublier que le secteur a été, pendant plus d’un siècle, essentiellement ouvrier. L’histoire remonte d’ailleurs à l’époque de la cité de Maisonneuve, une ville indépendante de Montréal jusqu’en 1918.

En 1910, elle était même la cinquième ville industrielle au pays. Et si les ouvriers vivaient alors dans la misère, le patrimoine architectural, lui, témoigne encore aujourd’hui de l’ambition parfois démesurée des dirigeants politiques d’antan, grisés par des rêves de grandeur. Sur le site de l’actuel parc Maisonneuve, l’administration de l’époque souhaitait même implanter un projet d’aménagement grandiose où serait organisée rien de moins qu’une Exposition universelle.

De la prospérité au déclin

Il faut dire que les usines sont alors très nombreuses dans le secteur. Même que rien ne laisse présager que la prospérité de celles-ci pourrait un jour se tarir. L’âge d’or durera quelques décennies. L’exposition Les années citoyennes 1950-1990 s’ouvre d’ailleurs au moment où se termine la Seconde Guerre mondiale.

L’Amérique, victorieuse, s’engage alors dans une période de grande prospérité. Au Québec, la consommation augmente, favorisée par le crédit disponible aux Canadiens français auprès des caisses populaires. Hochelaga, par exemple, en compte pas moins d’une douzaine dans les années 50. La vie de quartier, dynamique, témoigne d’une société qui a foi en l’avenir.

Le développement centré sur la voiture entraîne cependant dans son sillage des décisions pour le moins nuisibles pour la vitalité du quartier. L’exposition élaborée par l’Atelier d’histoire nous apprend ainsi qu’au nom de la construction de l’autoroute est-ouest, le gouvernement Bourassa autorise, au début des années 1970, la destruction du secteur résidentiel qui longeait à l’époque la rue Notre-Dame. Des édifices centenaires sont rasés. L’âme du quartier est en bonne partie sacrifiée.

« Plus de 1300 familles sont alors évincées et plus de 500 bâtiments sont démolis. Mais, finalement, l’autoroute ne sera jamais construite », rappelle aussi le directeur adjoint de l’Atelier d’histoire, Louis-Antoine Blanchette.

À la même époque, Hochelaga-Maisonneuve est frappé de plein fouet par les fermetures d’usines, qui sont délocalisées, selon les principes de la libéralisation de l’économie capitaliste. Plus de 5000 emplois disparaissent en une décennie. Le déclin du secteur ne tardera pas à suivre. C’est à ce moment que la pauvreté, puis la criminalité frapperont durement, et pendant des années. La population chute radicalement.

« Les travailleurs sont laissés pour compte, souligne l’historien Paul-André Linteau. Cette désindustrialisation est une véritable tragédie sociale. » L’ancienne députée péquiste du secteur, Louise Harel, fait le même constat, tout comme l’ancien chef bloquiste Gilles Duceppe, qui a grandi dans Hochelaga.

Cette profonde crise sociale a toutefois eu pour effet de stimuler l’entraide et la solidarité dans le quartier, devenu une véritable pépinière pour les groupes communautaires et le développement de l’économie sociale. Les exemples sont nombreux, et plusieurs existent toujours. C’est le cas, par exemple, du Chic Resto Pop.

« C’est l’émergence de ces groupes et de projets d’économie sociale qui a permis de jeter les bases de la relance du quartier, notamment de l’entrepreneuriat local. Tout cela a directement contribué à la renaissance du Hochelaga qu’on connaît aujourd’hui », insiste M. Blanchette.

Une renaissance qui amène aussi son lot d’horreurs urbaines que sont les condos construits à la hâte, sans souci pour la trame urbaine. Et cette réflexion, à laquelle l’exposition nous invite : les descendants des familles ayant vécu la désindustrialisation et qui habitent toujours Hochelaga auront-ils encore droit de cité dans « HoMa » ?


* Le titre de cet article a été modifié après sa publication.

2 commentaires
  • Denis Hébert - Inscrit 13 février 2015 05 h 18

    HoMa?

    Cette appellation n'est que pour les parvenus, c'est un crachat aux visages de ceux qui ont bâti l'histoire de Hochelaga-Maisonneuve.

  • Yvon Marcel - Inscrit 13 février 2015 15 h 55

    Ho-Ma

    C'est bien! Au contraire; c'est un clin d'oeil aux multiples quartiers spécialisés de New-York, par exemple. J'ai déjà vécu fréquenté ce quartier au riche potentiel. Montréal change, il s'agit de planifié correctement ce que nous voulons établir à Montréal, comme sur l'ïle dans son ensemble.

    Planifié un développement, ça prend une vision claire de l'avenir, un projet à long terme de développement urbain.