Des technologies et des hommes

«The Blind Robot», ce sont des mains robotisées qui explorent délicatement le corps, et plus spécialement le visage, d’une manière rappelant celle des non-voyants.
Photo: Louis-Philippe Demers «The Blind Robot», ce sont des mains robotisées qui explorent délicatement le corps, et plus spécialement le visage, d’une manière rappelant celle des non-voyants.

Au Japon, le gouvernement tente de pallier la baisse de natalité et la pénurie d’infirmiers en produisant des robots-soignants chargés d’assurer les soins des aînés. Doués d’ubiquité, polyvalents, puissants, les robots sont-ils capables d’empathie ? C’est la réflexion à laquelle nous convie Louis-Philippe Demers avec son installation The Blind Robot, présentée à Québec dans le cadre du Mois Multi, un festival d’arts multidisciplinaires et électroniques, qui se déploie jusqu’au 28 février.

The Blind Robot, ce sont des mains robotisées devant lesquelles les visiteurs s’installent et qui explorent délicatement « le corps et plus spécialement le visage du visiteur d’une manière qui rappelle celle utilisée par les non-voyants pour identifier une personne ou un objet ».

Par cette installation, Louis-Philippe Demers, qui vit maintenant à Singapour, pose la question : « Sur le plan émotionnel, quels sont les degrés d’engagement qu’un automate peut générer ? » Elle se pose au coeur de ce festival qui fait la place belle aux arts numériques.

Expériences immersives

Sa directrice, Viviane Paradis, insiste par ailleurs sur la volonté du festival de créer la rencontre avec les spectateurs via des expériences immersives. Et quelle expérience est plus immersive que le séjour dans le ventre de la mère ?

L’installation La couvée, d’Alexis O’Hara, propose en effet de s’engouffrer au coeur du cycle d’ovulation d’une femme. Rien de moins. Le public est ainsi invité à entrer dans un gigantesque cocon d’oeufs lumineux et à partager une méditation sonore et visuelle.

Le tout propose une « métaphore de l’appareil reproducteur féminin ». Bel endroit pour passer l’hiver…

Un ensemble harmonique

Une fois expulsés de ce cocon rassurant, les visiteurs seront conviés, à partir du 14 février, à mesurer la force du vent à travers quatre sculptures monumentales sonores, « à la fois girouettes et cornes de brume », qui forment l’installation Eotone, d’Herman Kolgen et de David Letellier.

Les deux artistes, originaires respectivement de Montréal et de France, utilisent d’ailleurs les données éoliennes captées à la fois à Montréal, à Québec, à Rennes et à Nantes pour créer un ensemble harmonique.

Créé il y a 16 ans par les productions Recto-Verso, le festival du Mois Multi regroupe cette année une centaine d’artistes venus « de France, de Singapour, d’Autriche, des Pays-Bas, du Royaume-Uni, du Canada, du Québec et de la ville de Québec ».

En 2015, la place de l’autre et de soi, mais aussi la place de l’identité individuelle et de l’intimité dans les arts hybrides, sont largement abordées dans la programmation. « Comment établir une relation avec l’autre à l’âge des communications numériques ? », demande-t-on.

Alors que l’accès à ces installations est gratuit, le Festival international d’arts multidisciplinaires et électroniques présente aussi toute une programmation de spectacles, de performances et de cabarets.

Cette semaine, Jocelyn Pelletier y présentait en première Radical K-O, qui utilise l’image du ring de boxe pour « révéler et questionner un appel à la violence et aux extrêmes ». À partir d’aujourd’hui, le Théâtre de la Pire Espèce présente son projet Villes, collection particulière, au Studio d’essai. Un homme, conférencier, projette avec sa caméra des villes qu’il décrit, commente, explique.

« Le collectionneur est une personne qui a des difficultés relationnelles », dit-il dans la bande-annonce du projet.

Le fait est qu’à côté de toutes ces installations qui témoignent de la puissance magnifiée de la technologie, douée d’ubiquité, de la capacité de faire plusieurs choses à la fois et parfois mieux que lui, l’homme se trouve comme amoindri, hors d’échelle, petit, de plus en plus petit…