La «démone du midi» n’est plus

Suzanne Lapointe avait entrepris sa carrière à la télévision en 1959.
Photo: Télé-Québec Suzanne Lapointe avait entrepris sa carrière à la télévision en 1959.

Son rire tout en cascade et en gloussements a marqué l’imaginaire québécois. Décédée vendredi à l’âge de 80 ans des suites d’un cancer des ganglions, Suzanne Lapointe laisse le souvenir d’une femme heureuse et, aux dires de plusieurs, douée pour le bonheur. Après une carrière à la télévision s’étant étalée sur 40 ans, entre autres à la barre de l’émission Les démons du midi, avec son complice Gilles Latulippe, elle s’était retirée à la campagne. Depuis quelques années, elle souffrait de la maladie d’Alzheimer.

Deuxième d’une famille de six enfants, Suzanne Lapointe vient au monde à Montréal le 16 mai 1934 et reçoit une excellente éducation auprès des soeurs du couvent Notre-Dame-des-Anges. Pendant son cours classique au collège Basile-Moreau, elle est nommée présidente des Jeunesses étudiantes catholiques de l’établissement. Elle dira plus tard avoir aimé la vie de pensionnaire.

Nièce de la chanteuse Marthe Lapointe, elle nourrit elle aussi des velléités lyriques et étudie le chant à cette fin, d’abord auprès de sa tante, puis au Conservatoire de musique de Montréal. Sa formation à peine terminée, elle décroche son premier engagement : un second rôle dans Le bourgeois gentilhomme que la Comédie française présente en tournée nord-américaine. Ces débuts prestigieux lui font parcourir le Canada et les États-Unis. Sitôt après, en 1960, le Conseil des arts du Canada lui accorde une bourse afin qu’elle puisse aller perfectionner son chant à New York. Par la suite, elle tient la vedette dans The Boyfriend au Mountain Playhouse, et dans Little Mary Sunshine, à la Comédie canadienne.

Dans l’intervalle, elle est hôtesse à la populaire émission de télévision La poule aux oeufs d’or, animée par Roger Baulu, entre 1959 et 1963.

La jeune femme ne se doute alors pas qu’une longue et fructueuse carrière d’animatrice l’attend.

La recette du succès

 

Ainsi, de 1963 à 1965, elle coanime Dix sur dix avec Réal Giguère. Entre 1968 et 1971, elle est chroniqueuse à l’émission Les 5 à 6 en compagnie de Fernand Gignac et Gilles Latulippe, avec qui elle endisque La course au mariage, en 1973. À la même époque, elle commence à publier des livres de recette qui remportent un vif succès, avec des titres tels La cuisine de maman Lapointe, L’art d’apprêter les restes, ou encore Plaisir de recevoir. Elle en écrira une douzaine.

Au milieu des années 1970, elle renoue avec les planches, le chant et les variétés, délaissant du coup le petit écran. Elle y revient en force en 1978. Tête d’affiche du magazine féminin Votre amie Suzanne, qui tient l’antenne jusqu’en 1983, elle aborde maints sujets, de l’étiquette à table aux trucs de décoration, en passant, bien sûr, par la cuisine.

« J’aime la vie, j’aime les gens ; j’aime sentir que j’aide les gens à vivre un peu mieux », confiera-t-elle des années plus tard à Christiane Charette.

Or, le meilleur reste à venir. En effet, en 1987, elle refait équipe avec Gilles Latulippe pour une émission de variétés intitulée Les démons du midi, qui devient rapidement l’une des plus regardées de la télévision d’État. Lors du numéro quotidien qui ouvre chaque émission, Suzanne Lapointe est fréquemment prise d’un fou rire incontrôlable devant les facéties de son partenaire. Le public en redemande. L’aventure se poursuivra jusqu’en 1993.

Attention c’est chaud !, sa dernière émission, qu’elle coanime avec le chef Daniel Vézina entre 1996 et 1999, lui permet de clore sa carrière en s’adonnant à sa passion : la cuisine.

Une personnalité attachante

 

Reconnue pour sa bonhomie contagieuse, l’animatrice subit néanmoins son lot d’épreuves, d’abord avec la perte de son conjoint Pierre Larin, à qui elle aura été mariée 35 ans, puis avec un diagnostic de cancer du sein, au tournant des années 1990. Venue à bout de la maladie, elle deviendra, à la demande du ministère de la Santé, porte-parole d’un programme de prévention du cancer du sein. En 2008, elle est décorée de l’Ordre du Canada.

En entrevue à la chaîne RDI, Olivier Latulippe, le fils de Gilles Latulippe, décédé le 23 septembre, a évoqué le respect qu’éprouvait son père pour Suzanne Lapointe. « Mon père admirait Suzanne, son raffinement. C’était une femme qui rendait tout ce qu’elle touchait beau », a-t-il précisé.

« Elle avait une façon d’accepter la vie et de nous la faire accepter aussi », a pour sa part résumé la comédienne Béatrice Picard.

Bien qu’elle se soit faite très rare ces dernières années, Suzanne Lapointe demeurait une personnalité médiatique aussi attachante qu’appréciée, en a vite rendu compte une pléthore de témoignages spontanés sur les réseaux sociaux.

Sur Twitter, le maire de Montréal, Denis Coderre, a écrit : « Il y a maintenant deux démons du midi au Paradis. »

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