Sony annule la sortie de «L’interview qui tue!» aux États-Unis

 Sony Pictures a annoncé mercredi qu’il renonçait à sortir aux États-Unis son film «L’interview qui tue!» après les menaces brandies par des pirates informatiques qui ont dérobé de nombreuses informations à ce studio poids lourd d’Hollywood.

Le film, une parodie sur un complot fictif de la CIA pour assassiner le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un, devait sortir le jour de Noël et l’annulation de sa mise en salles a déclenché une tempête de critiques, les acteurs regrettant notamment que Sony ait capitulé devant les pirates informatiques.

«Au regard de la décision prise par une majorité de cinémas de ne pas présenter le film 'L’interview qui tue', nous avons décidé de ne pas le sortir en salles», a indiqué Sony dans un communiqué.

La décision de Sony Pictures Entertainment (SPE) fait suite à l’annonce plus tôt dans la journée par les plus grandes chaînes de cinéma américaines qu’elles ne diffuseraient pas le film controversé.

«Nous respectons et comprenons la décision de nos partenaires et bien sûr nous partageons complètement leur priorité, qui est la sécurité de leurs employés et des spectateurs», a ajouté SPE.

Regal, la plus grosse chaîne de cinémas du pays, tout comme AMC, Bow Tie, Carmike, Cinemark ou Arclight avaient toutes renoncer à projeter le film, face aux menaces glaçantes des pirates informatiques qui ont attaqué le réseau de SPE. Cineplex, une des plus grandes chaînes de cinémas du Canada, leur avait emboîté le pas.

Il y a environ 40 000 salles de cinéma aux États-Unis. Regal, la première chaîne du pays, en compte 7300, AMC 4999 et Carmike 2917.

D’après Jeff Bock, analyste spécialiste du box-office pour Exhibitor Relations, la sortie de «L’interview qui tue!» était calibrée à l’origine sur environ 2500 salles.

L’avant-première du film au cinéma Landmark Sunshine avait déjà été annulée à New York, à la suite des menaces, tandis que les stars du film Seth Rogen et James Franco ont annulé toutes leurs apparitions publiques pour la promotion le film.

«Wow, tout le monde s’est couché. Les pirates ont gagné. Ils remportent une victoire éclatante», a réagi sur Twitter l’acteur Rob Lowe, très remonté. Celui-ci fait une apparition dans le film.

«J’ai vu Seth Rogen à (l’aéroport) JFK. Aucun de nous n’avait jamais vu ou entendu chose pareille. Hollywood a rendu Neville Chamberlain très fier aujourd’hui», a-t-il ajouté en référence au dirigeant britannique qui avait joué l’apaisement avec Hitler avant la Seconde Guerre mondiale.

Les pirates informatiques ont menacé mardi les spectateurs qui désiraient aller voir le film «L’interview qui tue!», un film au budget de 42 millions de dollars.

«Bientôt le monde verra quel mauvais film Sony Pictures Entertainment (SPE) a fait. Le monde sera plein de craintes», ont ajouté les pirates de GOP dans un mauvais anglais.

«Rappelez-vous le 11 septembre 2001. (...) Tout ce qui va se passer dans les prochains jours sera dû à la cupidité de SPE. Le monde entier dénoncera Sony», ont-ils conclu, dans un message sur le site Pastebin.com.

«Il n’y a pas de menace crédible pour le moment», avait toutefois tempéré la porte-parole du département d’État américain.


La Corée du Nord, très irritée par ce film qui met en scène son leader, a nié être à l’origine de l’attaque tout en louant ceux qui l’avaient commise. Les pirates ont mis en ligne de nombreux documents, emails, adresses et même numéros de sécurité sociale de 47 000 employés. Il s’agit d’une des plus importantes attaques informatiques ayant jamais touché une entreprise.

SPE n’a pas précisé s’il souhaitait sortir le film dans d’autres pays. La sortie en France est prévue le 11 février.

L’impact financier global pour Sony Pictures de cette attaque informatique sophistiquée, ayant utilisé un système conçu spécifiquement pour entrer dans le réseau de Sony et le torpiller, aura un impact financier jugé majeur par un expert en sécurité informatique de la firme Symantec, mais reste difficilement quantifiable à ce stade.