Des funérailles à l’image de l’acteur et metteur en scène Paul Buissonneau

Urne peu commune pour l’homme de théâtre Paul Buissonneau : une ancienne boîte de maquillage, sobrement rehaussée d’une plaque de laiton à sa mémoire
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Urne peu commune pour l’homme de théâtre Paul Buissonneau : une ancienne boîte de maquillage, sobrement rehaussée d’une plaque de laiton à sa mémoire

« Tourbillon » et « tornade » ont été les mots de choix pour décrire l’homme de théâtre à multiples chapeaux qu’a été Paul Buissonneau, ainsi que son passage dans le monde culturel québécois, lors de ses obsèques, lundi à Montréal. Metteur en scène créatif et avant-gardiste, l’artiste n’a pu résister à l’envie de choisir lui-même le décor et la musique de ses funérailles, qui ont été célébrées à la Basilique Notre-Dame à 16 h.

Faisant un clin d’oeil à sa carrière d’acteur, ses cendres reposent désormais dans une urne toute spéciale, soit un coffret à maquillage noir.

Dès midi, le public a commencé à défiler dans la chapelle adjacente à la basilique afin de saluer une dernière fois l’homme de théâtre.

L’acteur et metteur en scène québécois d’origine française est mort à la fin du mois dernier à l’âge de 87 ans, à la suite d’une longue maladie.

L’une de ses citations accueille les visiteurs : « Ne comptez jamais sur rien, ne restez ni sur un échec ni sur un succès. Commencez toujours autre chose, c’est la suite qui compte », se plaisait à dire l’homme qui a connu une brillante carrière sur la scène, tout comme au petit et au grand écran.

Disposées dans la chapelle, des photos le montrent tour à tour jeune, vers la fin de sa vie et en costume de Picolo, le personnage coloré qu’il a incarné notamment dans l’émission jeunesse La boîte à surprise de 1956 à 1972. Des gens s’y recueillaient dès l’ouverture de la chapelle, certains à genoux devant les photos placées près de l’autel.

Arrivé au Québec avec les Compagnons de la chanson et Édith Piaf, l’homme y est resté.

Il était un passionné de la culture québécoise, pour laquelle il avait une grande fascination, a déclaré le metteur en scène Yves Desgagnés, en face de la chapelle, qui a décrit son ami Paul comme un mentor. « C’est un des rares Français arrivés ici à la fin des années 1940, début des années 1950, chez qui, jamais, jamais, jamais, on ne sentait l’hégémonisme français, ou l’impérialisme français ou l’esprit colonisateur qui venait révéler la bonne nouvelle aux artistes canadiens », a-t-il dit.

« C’est rare, parce qu’il y en avait eu toute une batch qui venaient comme Louis XIV en colonie. »

Mais pas Paul Buissonneau, « qui était sur le plancher des vaches, comme nous tous », a ajouté M. Desgagnés.

Et il était un maître, un grand pédagogue, qui a formé des générations d’acteurs.

« Tous ceux qui font de la mise en scène aujourd’hui, des plus jeunes aux plus vieux, nous sommes tous redevables à Paul Buissonneau », a dit M. Desgagnés.

Imagination libre

Dans la chapelle, un registre est mis à la disposition de ceux qui veulent laisser un message, et des crayons de couleur et des autocollants les incitent à laisser aller leur imagination, car Paul Buissonneau « adorait dessiner », est-il écrit.

« Il voulait une cérémonie dans cette chapelle, a précisé sa veuve, Monik Barbeau. Il aimait beaucoup ce que Charles Daudelin avait fait. Le sculpteur, son ami, a réalisé une oeuvre magistrale qui orne le mur de la chapelle. Et il a insisté pour que des chants grégoriens accompagnent les célébrations », a-t-elle précisé.

Quant aux funérailles, Mme Barbeau, la gorge nouée, a dit « qu’il le méritait ».

« Je ne suis pas certaine qu’il aurait voulu autant de monde, mais il fallait que ce soit beau. C’est un metteur en scène. Je pense qu’il va l’aimer, la mise en scène », a-t-elle dit avec un petit clin d’oeil.

« Paul avait plusieurs facettes. Une facette culturelle, mais dans ses autres facettes, il avait la même spontanéité, le même souci d’exactitude, de vrai. Il était incapable de dire quelque chose qu’il ne pensait pas vraiment », a-t-elle relaté, accompagnée des membres de leur famille.

Bref, un homme trop complexe pour être résumé, croit-elle, admettant avec un sourire être un peu partiale.

Le maire de Montréal, Denis Coderre, a pris la parole lors de la cérémonie. Les Petits Chanteurs du Mont-Royal, Valérie Blais, Yves Desgagnés, Éric Jean, Andrée Lachapelle, Clémence Desrochers et d’autres artistes y participaient également.

Une réception intime était prévue en soirée au Théâtre de Quat’Sous, qu’il a fondé en 1965 avec ses comparses Yvon Deschamps, Louise Latraverse, Claude Léveillée et Jean-Louis Millette.

2 commentaires
  • Claire Dufour - Abonnée 16 décembre 2014 07 h 59

    Piccolo au parfum

    C'était vers les années 1980. J'étais à Ottawa pour travail. J'entre dans une parfumerie et qui vois-je me suivant: mon Piccolo. Eh oui! se sont des rencontres qui ne s'oublent pas! Il s'y trouvait pour choisir un parfum à sa conjointe et m'a conseillée le même. Nous avons donc porté, elle et moi, le même parfum de Piccolo.

    Merci pour ce souvenir et sois heureux où tu es mon merveilleux parfumier.

    Claire D.

  • Patrick Blackburn - Inscrit 16 décembre 2014 10 h 03

    Un autographe svp!

    La scène se passe en juin 1988, à l'auberge La Goéliche à Ste-Pétronille, sur l'île d'Orléans. Jeune serveur, j'eus la surprise d'accueillir Félix Leclerc et Paul Buissonneau pour un dîner. À la fin du repas, je demande un autographe à Félix Leclerc... et Paul Buissonneau de s'emparer du stylo, en s'exclamant: "Ha, mais je veux signer moi aussi!", tout en m'adressant un clin d'oeil... Plus grand que nature!