«Un tourbillon à travers nos vies»

Urne peu commune pour l’homme de théâtre Paul Buissonneau: une ancienne boite de maquillage, sobrement rehaussée d’une plaque de laiton à sa mémoire.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Urne peu commune pour l’homme de théâtre Paul Buissonneau: une ancienne boite de maquillage, sobrement rehaussée d’une plaque de laiton à sa mémoire.

Les cendres du comédien et metteur en scène Paul Buissonneau reposent désormais dans une boite à maquillage noire d’époque. Une plaque de laiton dorée apposée sur cette urne peu commune indique ceci: «Paul Buissoneau et Picolo, ensemble pour l’éternité 1926-2014».

Les funérailles sont célébrées à la Basilique Notre-Dame à Montréal. L’artiste québécois est mort au dernier jour de novembre à l’âge de 87 ans, à la suite d’une longue maladie. Plus tôt en journée, les gens venus lui rendre hommage pouvaient lire une citation de l’homme de théâtre qui donne un peu la nature de sa vigueur: «Ne comptez jamais sur rien, ne restez ni sur un échec, ni sur un succès. Commencez toujours autre chose, c’est la suite qui compte».  
 

Le public s’était déplacé pour lui rendre un dernier hommage à compter de midi, à la chapelle Notre-Dame-du-Sacré-Coeur de Montréal, adjacente à la Basilique. Les citoyens ont pu signer, écrire ou dessiner dans un registre qui sera remis à la famille du défunt. Dans cette chapelle, des photos le montrent à tout âge, notamment dans son célèbre costume de «Picolo», ce personnage rondouillard et joyeux qu’il a incarné pour le plus grand plaisir des tout petits dans l’émission télévisée La boîte à surprise, diffusée de 1956 à 1972. Des gens s’y recueillaient dès l’ouverture de la chapelle, certains à genoux devant les photos placées près de l’autel.

Arrivé au Québec avec les Compagnons de la chanson et Édith Piaf, l'homme y est resté. «Pour notre plus grand bonheur», a souligné la comédienne Andrée Lachapelle lors de la cérémonie.

«Tu disais que la mise en scène ce n'était que du vent, a-t-elle rappelé. Mais avec toi, ça devenait une tornade.»

L'auteur Michel Tremblay a écrit un texte hommage, lu à la Basilique par le comédien Gilles Renaud.

L'écrivain a dit de Paul Buissonneau qu'il avait été «un tourbillon à travers nos vies qui charriait des merveilles qu'on n'avait jamais vues». Citant bon nombre de ses personnages et de ses créations, Michel Tremblay a dit qu'il avait donné naissance «à tant d'autres beautés qui nous aidaient à vivre».

Clémence Desrochers, que M. Buissonneau appelait Cléo, a rappelé ses débuts avec lui «dans la roulotte», un théâtre ambulant en plein air qu'il promenait à travers les parcs de Montréal dans les années 50 et qui lui a permis de donner un premier boulot à bon nombre de jeunes comédiens qui commençaient leur carrière. Ils sont plusieurs à avoir souligné comment il leur avait donné une première ou une deuxième chance.

«Son passage dans nos vies a été comme une tornade», a conclu la comédienne et humoriste dans son texte.

Fort en gueule, coloré avec toujours un mot d'esprit coup-de-poing, il a changé la façon de faire du théâtre, a dit le metteur en scène René Richard Cyr.

«Il a représenté une liberté, une révolte constante, un refus des choses établies, a-t-il dit sur le parvis de la Basilique. Il avait cette révolte si essentielle à la création.»

Le parolier Luc Plamondon l'a qualifié de «personnage». «Il était enragé de mourir, a-t-il souligné. Il aurait voulu vivre plus vieux.»

Une réception intime était prévue en soirée au Théâtre de Quat’Sous, dont il est un des cofondateurs avec Yvon Deschamps, Louise Latraverse, Claude Léveillée et Jean-Louis Millette.

Orphelin à l’âge de 13 ans, Paul Buissoneau s’est joint aux Compagnons de la chanson et s’est trouvé sur scène avec Édith Piaf avant d’arriver au Québec. En 1955, Buissonneau fonde une troupe de théâtre itinérante, le Théâtre de Quat’Sous. Son théâtre s’installera finalement à demeure dans une ancienne synagogue. C’est là qu’en 1968 Paul Buissonneau met en scène l’Osstidcho qui lance en quelque sorte la carrière de Robert Charlebois. En 2012, le tonitruant personnage digne d’une fable vivante avait mis en scène ses propres funérailles dans la nouvelle incarnation de son vieux théâtre.

Metteur en scène, comédien, décorateur et costumier doté d’une énergie peu commune, Paul Buissonneau a été au théâtre et à la télévision un monument. Son imagination débridée autant que sa fougue contagieuse ont fait de lui l’une des figures majeures de la culture québécoise au XXe siècle.