La lauréate, une maman qui concilie travail et famille avec succès

Jérôme Delgado Collaboration spéciale
Élisabeth Côté
Photo: Claire Miville Élisabeth Côté

Ce texte fait partie du cahier spécial Musées - Novembre 2014

Entre Marco Polo et Passe-Partout, il n’y a pas qu’un monde. Ce sont des mondes, des siècles, et même des années-lumière (de culture) qui les séparent. C’est pourtant sur des sujets aussi disparates qu’Élisabeth Côté travaille depuis son entrée dans le métier de la muséologie. Et c’est pour cette capacité à toucher à tout, à l’hier lointain comme proche, à la grande histoire universelle comme au petit écran local, que la Société des musées québécois (SMQ) lui a remis le Prix Relève 2014 lors de son congrès annuel, au début du mois d’octobre.

Prix pour la relève, mais une relève, si l’on se fie aux commentaires du jury de cette année, bien rodée. « Les défis qui ont jalonné son parcours étaient imposants, lit-on dans le communiqué de presse de la SMQ à propos de la lauréate, et elle a su faire la démonstration qu’elle pouvait les relever avec ce qu’il faut de passion, de rigueur et de créativité pour en assurer le succès. »

Élisabeth Côté a commencé sa carrière de manière éclatante, en 2007, avec l’exposition Le phénomène Passe-Partout. Ce gros succès du Musée québécois de culture populaire, à Trois-Rivières, avec ses88 000 visiteurs, n’a été dépassé, sur le plan de la fréquentation, que par La petite vie, qui a pris fin en septembre 2014 avec 107 000 entrées au compteur.

Le phénomène Passe-Partout, Élisabeth Côté l’a monté de A à Z, avec une amie, Catherine Dubois. Il fallait, selon elle, avoir du front tout autour de la tête pour penser qu’une institution prendrait le temps d’écouter deux jeunes inconnues sans expérience.

« On a monté un dossier. Peut-être que le jury [du Prix Relève] a été impressionné par l’audace qu’on a eue d’appeler un musée. Et le projet a eu un écho important. Quelque chose comme vingt médias ont assisté à la conférence de presse, ce qui est rare », se rappelle-t-elle, au bout du fil.

Depuis ces débuts en fanfare, Élisabeth Côté a atterri à Pointe-à-Callière, musée d’archéologie et d’histoire de Montréal. C’est là que sa palette a pris toutes ses couleurs. En tant que chargée de projets, elle a coordonné la mise en place d’expositions phares (Les routes du thé et Marco Polo, le fabuleux voyage) et travaillé à l’aménagement d’un pavillon tout neuf, la Maison-des-Marins. Elle a aussi développé l’atelier Archéo-aventure, qui consiste en des simulations de fouilles pour les familles, ainsi que le concept de l’expo permanente Pirates ou corsaires ?

Passe-Partout, Marco Polo, bateaux de pirates ou tasses de thé ; Élisabeth Côté, elle s’y connaît. Et depuis sept mois, elle développe aussi l’expertise de… maman. L’anecdote a son importance : la principale intéressée voit dans le fait d’être primée pendant son congé de maternité un signe de reconnaissance d’une réalité trop souvent méprisée dans les milieux professionnels.

« Je suis touchée que mon profil ait été reconnu. Je suis touchée parce qu’on a choisi une femme qui n’a pas fait le choix entre la carrière et la famille. On peut être mère et professionnelle », dit celle qui ne distingue pas les deux rôles. Son prix souligne, quelque part, la vie telle qu’elle devrait l’être. « On n’est pas monopassionné, on s’intéresse à plusieurs choses. On a juste à trouver un équilibre », croit avec philosophie la diplômée de l’Université de Montréal.

Dans ses souvenirs d’enfance, Élisabeth Côté se voit, toute petite, visiter le Palais des civilisations, à l’île Notre-Dame. « J’avais l’âge de la parole et je marchais », précise-t-elle. Construit pour être le pavillon de la France lors de l’Expo 67, et avant de devenir au tournant des années 1990 un casino, le bâtiment avait accueilli des expositions internationales. Celles sur Ramsès II (1985) et sur le cinéma et la ville (Cités-Cinés, 1989-1990) ont été pour la jeune Élisabeth des « moments marquants ». C’est son expérience, quelques années plus tard, comme guide-animatrice au Musée de la civilisation, à Québec, qui lui donnera véritablement le goût de travailler dans ce champ particulier de la muséologie.

« L’histoire et le patrimoine sont des éléments fondamentaux d’une vie, estime-t-elle. Le musée rend cette culture accessible au plus grand nombre. Mais ce que j’aime avant tout dans un musée, c’est qu’on invite les gens à se plonger dans un savoir en trois dimensions, dans un univers précis. Tout ne leur est pas donné cependant. Ils doivent faire un bout du chemin. »

Dans l’avenir, même proche, Élisabeth Côté ne sait quels thèmes elle traitera, quels objets elle manipulera. Pas carriériste pour un sou, elle prendra ce qu’on lui offrira. Son projet actuel demeure celui de s’occuper de son jeune fils. En janvier, à son retour au bureau, elle en saura plus. Si elle s’attend à travailler dans les prochains mois autour du 375e anniversaire de la fondation de Montréal, elle n’a aucune autre ambition que celle de « faire du travail de qualité ». Et si on se fie au jury du Prix Relève, elle ne manque ni de passion, ni de rigueur, ni de créativité.

Le jury 2014 était composé de Martine Bernier, muséologue à Espace pour la vie, Valérie Bourgeois, directrice de Boréalis, centre d’histoire de l’industrie papetière à Trois-Rivières, Cécile Gélinas, directrice du Musée des beaux-arts de Sherbrooke, Carl Johnson, consultant en arts et muséologie et jadis directeur du Musée régional de Rimouski, ainsi que Richard Pedneault, directeur et conservateur du Musée Laurier, à Victoriaville.

La jeune muséologue a été révélée avec l’exposition « Le phénomène Passe-Partout ».